ACTE m, SCÊNK IV
« PbiloclAon. Oui , mais il ment.
M Bdélycléon. 0 juge plein de bonté, ayez pitié des malheureux! « Ce pauTie Labès ne mange que des têtes de poisson et des arêtes ; <i et, avec cela, il est toujours en mouvement. S(»i camarade, au cona traire, n*est bon qu'à rester à la maison; i) n*en bouge. Si Ton apu porte quelque chose, il en demande sa part ; et si on la lui refuse, il « mord.
u Philocléon. Ah, malheureux que je suis! Comment cela se faiti< il? n me semble que je m'attendris; je me laisse persuader : je suis « perdu.
« Bdélycléon. Allons, mon père, je vous en conjure, écoutez la pi- « tié; ne ruinez pas une famille innocente. Où sont les enfants de l'ac- « cusé? Approchez, infortunés , montez ; et par vos gémissements , vos « prières et vos larmes , tâchez d'émouvoir votre juge.
« Philocléon. A bas, à bas, à bas!
« Bdélycléon. Nous obéissons : quoique plusieurs aient déjà été a dupes de ces cris : A bas, à bas ! cependant je descends.
« Philocléon. Misérable , cela ne vaut rien de manger à ^audience ; « car les lentilles que je viens d'avaler toutes bouillantes me font venir u la larme à l'œil. Si je n'avais rien mangé, ma résolution eût été plus « ferme.
« Bdélycléon. Eh bien, l'accusé sera-t-il absous?
« Philocléon. Cela n'est pas aisé à savoir.
« Bdélycléon. Mon père, laissez-vous fléchir. Tenez, voilà un suite frage ; passez à la seconde urne sans regarder la première , et renvoyez u l'accusé absous.
« Philocléon. Impossible : je ne sais point absoudre.
« Bdélycléon. Venez par ici : je vais vous conduire à l'urne par le « plus court chemin.
« Philocléon. Est-ce là la première urne ?
« Bdélycléon. Oui , c'est la première.
« Philocléon. Je viens d'y jeter mon suffrage.
« Bdélycléon. Bon , il est pris pour dupe : il vient d'absoudre sans « s'en douter.
« Philocléon. Allons, je vais renverser les suffrages. Voyons le rô- « sultat.
« Bdélycléon. Le résultat est clair : Labès est absous. Comaient « avez-vous donc fait, mon père?
« PHILOC1.É0N. Ah , je me meurs ! Vite , de l'eau.
« Bdélycléon. Allons, allons, courage! revenez à vous. . « Philocléon. Est-il bien vr^ qu'il soit absous?
« Bdélycléon. Il n'y a pas de doute.
tt Philocléon. C'en est donc fait de moi !
c( Bd^xycléon. Consolez-vous, ô le meilleur des hommes, et levez- « vous.
« Philocléon. Gomment soutenir le reproche que me fait ma cons- « cience d'avoir absQusun accusé? Mais, ô dieux, pardonnez-moi! je « ne savais ce que je faisais. C'est la première fois que cela m'arrive. »
TRAGEDIE