‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 61 sur 326 · ÉPITRE DÉDICATOIRE · texte numérisé non relu

ÉPITRE DÉDICATOIRE

avec quelle pénétration d'esprit il jugea de Téconomie de la pièce, et combien l'idée qu'il s'est formée d'une excellente tragédie est au delà de tout ce que j'en ai pu concevoir.

Ne craignez pas , Monseigneur, que je m'engage plus avant , et que , n'osant le louer en face , je m'adresse à vous pour le louer avec plus de liberté. Je sais qu'il serait dangereux de le fatiguer de ses louanges; et j'ose dire que cette même modestie , qui vous est commune avec lui , n'est pas un des moindres liens qui vous attachent l'un à l'autre.

La modération n'est qu'une vertu ordinaire quand elle ne se rencontre qu'avec des qualités ordinaires. Mais qu'avec toutes les qualités et du cœur et de l'esprit, qu'avec un jugement qui , ce semble , ne devrait être le fruit que de l'expérience de plusieurs années, qu'avec mille belles connaissances que vous ne sauriez cacher à vos amis particuliers, vous, ayez encore cette sage retenue que tout le monde admire en vous, c'est sans doute une vertu rare en un siècle où l'on fait vanité des moindres choses. Mais je me laisse emporter insensiblement à la tentation de parler de vous ; il faut qu'elle soit bien vicdente , puisque je n'ai pu y résister dans une lettre où je n'avais autre dessein que de vous témoigner avec combien de respect je suis ,

Monseigneur ,

Votre très^-huinble, très-obéissant, et très-fidèle serviteur,

De tous les ouvrages que j'ai donnés au public, il n'y en a point qui m'ait attiré plus d'applaudissements ni plus de cen~ seofs que celui-K^i. Quelque soin que j'aie pris pour travailler cette tragédie , il semble qu'autant que je me suis efforcé de la rendre Ixume, autaat de certaines gens se sont efforcés de la décrier ' : il n'y a point de cabale qu'ils n'aient faite, point de critique dcHit'ils ne se soient avisés. Il y en a qui ont pris même k parti de Néron contre moi : ils ont dit que je le faisais trop cruel. Pour moi, je croyais que le nom seul de Néron faisait entendre quelque chose de plus que cruel. Mais peutêtre qu'ils raffinent sur son histoire , et veulent dirent qu'il était honnête honmie dans ses premières années : il ne faut qu'avoir lu Tacite pour savoir que, s'il a été quelque temps ou bon empereur, il a toujours été un très-méchant homme, n ne s'agit point dans nm tragédie des affaires du dehors : Néron est ici dans son particulier et dans sa famille; et ils me dispenseront de leur rapporter tous les passages qui pourraient aisément leur prouver que je n'ai point de réparation à lui faire.

D'autres ont dit, au contraire, que je l'avais fmt trop bon. J'avoue que je ne m'étais pas formé l'idée d'un bon homme en la personne de Néron : je l'ai toujours regardé comme un numstre. Mais c'est ici un monstre naissant. Il n'a pas encore mis le feu à Rome ; il n'a pas encore tué sa mère, sa femme, ses gOHvemeurs : à cela près , il me semble qu'il lui échappe assez de cruautés pour empêcher que personne ne le méconnaisse. Quelques-uns ont pris l'intérêt de Narcisse , et se sont plaints que j'en eusse fait un très^méchant homme, et le confident de Néron. Il suffit d'un passage pour leur répondre. » Néron ,

« dit Tacite, porta impatiemment la mort de Narcisse, parce

' Qui ne pardonnerait cet ^lan de ^indignation au génie outragé par nnjustiee du public? Toutes les fois que Racine a fait deux préfaces, il a donné la première au ressentiment ; la seconde est pour la réflexion. (G.)

s<> PREMIERE PREFACE.

<ir que cet affranchi avait une conformité merveilleuse avec tes (( vices du prince encore cachés : Cujm abditis adhuc vitiis « mire congruehat '. »

Les autres se sont scandalisés que j'eusse choisi un homme aussi jeune que Britaimicus pour le héros d'une tragédie. Je leur ai déclaFé^ dm» la préface A^ Andromaqîie , le sentiment d' ÂTistote sur le héros de la tragédie ; et que , bien loin d'être parfait y il faut toujours qu'il ait quelque imperfection. Mais je leur dirai encore ici qu'un jeune prmce de dix-sept ans^ qui a beaucoup de coeur, beaucoup d'amour^ beaucoup de franchise et beaucoup de crédulité , qualités ordinaires d'un jeune homme y m'a semblé très-capable d'exciter la compassion. Je n'en veux pas davantage.

ce Mais y diseni-ik y ce prince n'entrait que dans sa quinzième «année lorsqu'il mourut. On le&it vivre ^ lui et Narcisse^ a deux anjsplus qu'ils n'ont vécu. » Je n'aurais point parlé de cette objection y û eBe n'avait été faite avec chaleur par un homme* qui s'est donné la liberté de faire régner vingt ans un empereur qui n'en a régné que huit^ quoique ce changement soit bien plus considérable dans la chronologie^ où l'on suppute les temps par les années des empereurs.

Junie ne manque pas non plus de censeurs : ils disent que d'une vieille coquette nommée Junia Silaaa, j'en ai fait une jeune fille très-^age. Qu'auraient-ils à me répondre y si je leur disais que cette Junie est un personnage inventé^ conune l'Emilie de Cinna, comme la Sabine i^ Horace? Mais j'ai à leur dijreque^ s'ils avaient bien lu l'histoire, ils auraient trouvé une Junia Galvina , de la famille d'Auguste , sosur de Sitanus, à qui Qaudius avait promis Octavie. Cette Junie était jeune, belle, et, comme dit ^nhq^ieyfesUviêsima omnium puellarum ^. Elle aimait tendrement son frère ; et leurs ennemis , dit Tacite, les accusèrent tous deux d'inceste, quoiqu'ils ne fussent coupables

* Tacite ,.ilfiiiaies»liv. Xlli, chap. i.

' Corneille, qui, dans ÇéraclàMf fait Tégm&t vingt m^ remperei^ Phocas , lequel n'en a régné que huit. ( G. ) ' «. La plus enjouée des jeunes filles. »

que d'un peu d'indiscrétion. Si je la présente pins retenue qu'elle n'était ^ je n'ai pas ouï dire qu'il nous fût défendu de rectifier les mœurs d'un personnage, surtout lorsqu'il n'est pas connu.

L'on trouve étrange qu'elle paraisse sur le théâtre après la mort de Bntannicus. Gertainement la délicatesse est grande de ne pas vouloir qu'elle dise en quatre vers assez touchants qu'elle passe chez Octavie. « Mais y disent-ils, cela ne valait pas « la peine de la faire revenir ; un autre l'aurait pu raconter « pour elle. » Ils ne savent pas qu'une des règles dutbéfttre est de ne mettre en récH que les choses qui ne se peuvent passer en action , et que tous les anciens font venir souvent sur la iscène des acteurs qui n'ont autre chose à dire y sinon qu'ils viennent d'un endroit^ et qu'ils s'en retournent en un autre.

a Tout cela est inutile , disent mes c^aseurs : la pièce est « finie au récit de la moil de Britamûcus^ et Yoa ne devrait « point écouter le reste. » On l'écoute pourtant , et même avec autant d'attention qu'aucune Oft de tragédie. Pour moi ^ j'ai toujours compris que la tragédie étant l'imitation d'une action cwnplète , où pinceurs pers(»mes concourent , cette action n'est point finie que l'on ne sache en quelle situation elle laisse ces mêmes personnes. C'est ainsi que Sophocle en use presque partout : c'est ainsi que dans Aniigone il emploie autant de vers à représenter la fureur d'Hémon et la punition de Créon après la mort de cette princesse que j'en ai employé aux imprécations d'Agrippine, à la retraite de Junie, à la punition de Narcisse , et au désespoir de Néron , après la mort de Britannicus.

Que faudrait-il faire pour contenter des juges si difficiles? La chose serait aisée , pour peu qu'on voulût trahir le bon sens, n ne faudrait que s'écarter du naturel pour se jeter dans l'extraordiûaire. Au lieu d'une action simple , chargée de peu de matière, teHe que doit être une action qui se passe «a un seul jour, et qui, s'avançant par degrés vers sa fiii, n'est soutenue que par les intérêts , les sentiments et les passions des personnages , il faudrait remplir cette même action de quantité d'incidents qui ne se pourraient passer qu'en un mois ,

d'un grand nombre de jeux de théâtre d'autant plus surprenants qu'ils seraient moins vraisemblables, d'une infinité de déclamations où l'on ferait dire aux acteurs tout le contraire de ce qu'ils devraient dire. Il faudrait , par exemple^ représenter quelque héros ivre , qui se voudrait faire luâr de sa maltresse de gaieté de cœur^ un Lacédémonien grand parleur % un conquérant qui ne débiterait que des maximes d'amour, une femme qui donnerait des leçons de fierté à des conquérants. Voilà sans doute de quoi faire récrier tous ces messieurs. Mais que dirait cependant le petit nombre de gens sages auxquels je m'efforce de plaire? De quel front oserais-je me montrer, pour ainsi dire , auxr yeux de ces grands hommes de l'antiquité que j'ai choisis pour modèles? Car/pour me servir de la pensée d'un ancien, voilà les véritables spectateurs que nous devons nous proposer; et nous devons sans cesse nous demander : Que diraient Homère et Virgile ,* s'ils lisaient ces vers? que dirait Sophocle, s'il voyait représenter cette scène? Quoi qu'il en soit , je n'ai point prétendu empêcher qu'on ne parlât contre mes ouvi*ages; je l'aurais prétendu inutilement : Quid de te alii loquantur ipsi videant , dit Gicéron, sed loquenlur tùtnen *.

Je prie seulement le lecteur de me pardonner cette petite préface, que j'ai faite pour lui rendre raison de ma tragédie. U n'y a rien de plus naturel que de se défendre quand on se croit injustement attaqué. Je vois que Térence même semble n'avoir fait des prologues que pour se justifier contre les cri-

* Racine désigne ici plusieurs tragédies de Corneille , la Mort de Pompée, SertoriitSy AgèêUas; on ne sait quel est ce héros ivre qui veut se faire haïr de sa maîtresse (dans le commentaire de La Harpe il est désigné par Attila), On sent que le succès médiocre de Britannicus et Tachamement des partisans outrés de Corneille avaient mis Racine dans une situation à ne plus rien ménager. Corneille, malgré son âge, n*ayait pas gardé lui-même plus de ménagements, et semblait avoir irrité le jeune poète par une lettre adressée à Saint-Évremond, Tun de ses plus zélés partisans. (G.) Voyez les Œuvres de P, Corneille, tome XII, p. 179; Paris, Lefèvre, 1824.

* « C'est aux autres à voir ce qu'ils diront de toi , mais à coup sûr ils en parleront de quelque manière que ce soit. » ( De Republ.y lib. Vï. )

tiques d'un vieux poète matintentionné, malevoli veteris poetœ, et qui venait briguer des voix contre lui jusqu'aux heures où Ton représentait ses comédies.

« Occœpta est agi :

« Exclamât, etc. '•»

On me pouvait faire une difficulté qu'on ne m'a point faite. Mais ce qui est échappé aux spectateurs pourra être remarqué par les lecteurs. C'est que je fais entrer Junie dans les vestales^ oïl , selon Aulu-Gelle, on ne recevait personne au-dessous de six ans y ni au-dessus de dix. Mais le peuple prend ici Junie sous sa protection; et j'ai cru qu'en considération de sa naissance , de sa vertu et de son malheur^ il pouvait la dispenser de l'âge prescrit par les lois, [comme il a dispensé de l'âge pour le consulat tant de grands hommes qui avaient mérité ce privilège.

Enfin, je suis très-persuadé qu'on me peut faire bien d'autres critiques^ sur lesquelles je n'aurais d'autre parti à prendre que celui d'en profiter à l'avenir. Mais je plains fort le malheur d'un homme qui travaille pour le public. Ceux qui voient le mieux nos défauts sont ceux qui les dissimulent le plus volontiers : ils nous pardonnent les endroits qui leur ont déplu ^ en faveur de ceux qui leur ont donné du plaisir. Il n'y a rien^ au contraire y de plus injuste qu'un ignorant : il croit toujours que Tadmiration est le partage des gens qui ne savent rien; il condanme toute ime pièce pour une scène qu'il n'approuve pas ; il s'attaque même aux endroits les plus éclatants, pour faire croire qu'il a de l'esprit ; et pour peu que nous résistions à ses sentiments, il nous traite de présomptueux qui ne veulent croire personne, et ne songe pas qu'il tire quelquefois plus de

• « A peine a-t-on levé la toile, que le voilà qui s'écrie, etc. » (P. Te: KENT., Euntcch., Prolog,)

On ne peut pas douter que Racine n'ait voulu désigner ici le grand Corneille. Au reste', Louis Racine dit que ce passage ne doit point faire soupçonner Corneille d^une basse jalousie, mais ses partisans, qui formaient un parti très-considérable , et employaient toutes sortes do moyens pour nuire aux pièces de son rival.

vanité d^iine critique fort mauvaise que nous n'en tirons d'une assez bonne pièce de théâtre.

« Homine imperito nunquam quidquam injustius * . »

Voici celle de mes tragédies que je puis dire que j'ai le plus travaillée. Cependant j'avoue que le succès ne répondit pas d'abord à mes espérances : à peine elle parut sur le théâtre , qu'il s'éleva quantité de critiques qui semblaient la devoir détruire*. Je crus moi-même que sa destinée serait à l'avenir moins heureuse que celle de mes autres tragédies. Mais enfin il est arrivé de cette pièce ce qui arrivera toujours des ouvrages qui auront quelque bonté : les critiques se sont évanouies , la pièce est demeurée. C'est maintenant celle des miennes que la cour et le public revoient le plus volontiers. Et si j'ai fait quelque chose de solide^ et qui mérite quelque louange^ la plupart des connaisseurs demeurent d'accord que c'est ce même Britannicus.

A la vérité j'avais travaillé sur des modèles qui m'avaient extrêmement soutenu dans la peinture que je voulais faire de la cour d'Agrippine et de Néron. J'avais copié mes personnages d'après le plus grand peintre de l'antiquité ^ je veux dire d'après Tacite, et j'étais alors si rempli de la lecture de cet excellent historien, qu'il n'y a presque pas un trait éclatant dans ma tragédie dont il ne m'ait donné l'idée. J'avais vouhi mettre

Bacine a lui-même traduit très-exactement ce vers , lorsqu'il a dit : « U n'y arien de plus injuste qu'an ignorant. (G.) (TÉftJWCB, iicUsI* ^ïiesy 1,2, 18.)

' Cette pièce si belle , dit Louis Racine, et qui fait faire tant d'utiles réflexions, fut très-mal reçue, parce qu'on ne va point au q^ectade pour réfléchir, et qu'on y'cherche le plaisir du cœur plutôt que cglui de l'es* prit. Pour découvrir toutes les beautés que celle-ci renferme, il faut la niéditer comme on médite Tacite.

dans ce recueil un extrait des plus beaux endroits ' que j'ai tâché d'imiter; mais j'ai trouvé que cet extrait tiendrait presque autant de pla^ que la tragédie. Ainsi le lecteur trouvera bon que je le çenvoie à cet auteur^ qui aussi bien est entre les mains de tout le monde; et je me contenterai de rapporter ici quelques-uns de ses passages sur chacun des personnages que j'introduis sur la scène.

Pourcommencer par Néron; il faut se souvenir qu'il est ici dans les premières années de son règne , qui ont été heureuses, comme Ton sait. Ainsi, il ne m'a pas été permis de le représenter aussi méchant qu'il l'a été d^uis. Je ne le. représente pas non plus comme un hooune vertueux; car il ne l'a jamais été. n n'a pas encore tué sa mère, sa femme, ses gouverneurs; mais il a en lui les semences de tous ces crimes : il commence à vouloir secouer le joug; il les hait les uns et les autres ; il leur cache sa haine sous de fausses caresses, facius naturavelare odium fallaeibus blanditiis^. En un mot, c'est ici un monstre naissant, mab qui n'ose encore se déclarer, et qui cherche des couleurs à ses méchantes actions : Hactenus NeroliçtgiHi» et scelertinâsvelamenta qumsivii^. U ne pouvait çoufifrir Octavie, princesse d'iuie bonté et d'une vertu exeo^ plaires, fato guodam, an quiaprcevalent illicita; metuebatur^ que ne in stuprafemnarymUlustriumprarum^Seret^.

Je lui donne Narcisse pour confident. J'ai suivi en cela Tacite, qui dit que Néron porta impatienunent la mort de Narcisse, parée qm cet afiranchi 9vait une conf<Nrmité merveilleuse avec les vices du prince encore cachés : Cvjus abditù adhMe vitiis mire eongruebat. Ce passage prouve deux choses : il prouve et que Néron était déjà vicieux, mais qiA'il dJssUnu-

' Ces passages de Tacite sa trouyeront au bas des pages et feront partie des notes sur la tragédie.

* Tacit., Annal,, lib. XIV, cap. 56.

' Idem, tMd., lib. XIII , cap. 47.

^ « par une sorte de fatalité» ou peut-être parce qa'on tvouve

plus de charmes à ce qui est défendu; et Ton cr^i{pDkait qu'il ne a'eo^portât jusqu'à outrager les femmes les plus illuslires. » ( Tacit., Annal.» p. XIII, cap. 12.)

lait ses vices, et que Narcisse l'aitretenait dans ses mauvaises inctinations.

J'ai choisi Burrhus pour opposer un honnête homme à cette peste de cour; et je l'ai choisi plutôt que Sénèque; en voici la r^ûson : ils étaient tous deux gouverneurs de la jeunesse de Néron, l'un pour les armes, et l'autre pour les lettres; et ils étaient fameux, Burrhus pour son expérience dans les armes et pour la sévérité' de ses mœurs, militaribus cutis etseveritate morum ; Sénèque pour son éloquence et le tour agréable de son esprit, Seneca prœceptis eloquentiœ et comitate honesta\ Burrhus , après sa mort , fut extrêmement regretté à cause de sa vertu : Civitati grande desiderium ejus mansit, per memoriam virtutis *.

Toute leur peine était de résister à l'orgueil et à la férocité d'Agrippine, quœ, cunctis malœ dominationis cupidinihus flagrans, hahehat in partibus Pallantem ^. Je ne dis que ce mot d'Agrippine ; car il y aurait trop de choses à en dire. C'est elle que je me suis surtout efforcé de bien exprimer, et ma tragédie n'est pas moins la disgrâce d'Agrippine que la mort de Britannicus. Cette mort fut un coup de foudre pour elle; et il parut , dit Tacite , par sa frayeur et par sa consternation , qu'elle était aussi innocente de cette mort qu'Octavie. Agrippine perdait en lui sa dernière espérance, et ce crime lui en faisait craindre un plus grand : Sibi supremum auxilium èreptum,et parricidii exemplum intelligebat^.

L'âge de Britannicus était si connu, qu'il ne m'a pas été permis de le représenter autrement que comme un jeune prince qui avait beaucoup de cœur, beaucoup d'amour et beaucoup de franchise, qualités ordinaires d'un jeune homme, n avait quinze ans, et on dit qu'il avait beaucoup d'esprit, soit qu'on dise vrai, ou que ses malheurs aient fait croire cela de

' Tacit., Anfud.f lib. XIII, cap. 2.

* Idem, iôid., lib. XIV, cap. 51.

' « Tourmentée du désir extrême d^one injuste domination, elle avait dans son parti Pallas. » (Tacit., Annal.y lib. XIII, cap. 2.)

* « Elle sentait que Néron venait de lui ravir son dernier appui , et d'essayer le parricide. » (Tacit., Annal. y lib. Xin,cap. 16.)

lui, sans qu'il ait pu en donner des marques : Neque segnetn ei fuisse indolent ferunt; sive veruniy s€U,periculiscommendar tus, retinuit famam sine experimento ' .

n ne faut pas s'étonner s'il n'a auprès de lui qu'un aussi méchant homme que Narcisse; car il y avait longtemps qu'on avait donné ordre qu'il n'y eût auprès de Britannicus que des gens qui n'eussent ni foi ni honneur : Nam utproximus quisque Britannica neque fas neque fidem pensi haberet olim provisum erat*.

n me reste à parler de Junie. Il ne la faut pas confondre avec une vieille coquette qui s'appelait Junia Silana, C'est ici une autre Junie, que Tacite appelle Junia Calvina, de la famille d'Auguste^ sœur de 8ilanus, à qui Claudius avait promis Octavie. Cette Junie était jeune, belle^ et, comme dit Sénèque, festivissima (minium puellarum. Son frère et elle s'aimaient tendrement; et leurs ennemis, dit Tacite , les accusèrent t<ms deux d'inceste, quoiqu'ils ne fussent coupables que d'un peu d'indiscrétion. Elle vécut jusqu'au règne de Yespasien.

Je la fais entrer dans les vestales, quoique , selon Aulu- Celle, on n'y reçût jamais personne au-dessous de six ans, ni au-dessus de dix. Mais le peuple prend ici Junie sous sa protection; et j'ai cru qu'en considération de sa naissance, de sa vertu et de son malheur, il pouvait la dispenser de l'âge prescrit par les lois, conmie il a dispensé de l'âge pour le consulat tant de grands honunes qui avaient mérité ce privilège^.

' Taqt., AmuU,, lib. XlUcap. 26.

' Idem, md., lib. XIII, cap. 15.

' Racine confond ici la république avec la monarchie : le peuple n'était rien sous les empereurs ; sa protection était inutile et mâme nuisible ; il ne faisait point de lois , et ne pouvait en donner aucune dispense. Racine ne peut donc pas supposer au peuple le droit de faire entrer Junie dans les vestales malgré les lois. (G. )

PERSONNAGES

NÉRON, empereur, fils d'Agrippine.

BRITANNIGUS, fils de l'empereur Glâudius et de Messaliile.

AGRIPHNE, veuve de Domitius iSnobarbus, père de Néron, et, en secondes noces , veuve de rempéreur Claudius.

JUNIE, amante de Britannicus»

BURRHUS, gouverneur de Néron.

NARCISSE, gouverneur de Britannicus.

ALBINE, confidente d'Agrippine.

Gardes.

Noms des acteurs qui ont joué d'original dans

Britatinicus.

3NÉR0N. Flobidor.

BRITANNICUS. Bbecoubt.

BURRHUS. LAFLEtJR.

AGRIPPINE. Mademoiselle Desckillet.

JUNIE. Mademoiselle d'Ennebâut.

NARCISîSE. BtAUTEHOCHE.

La scèûe est à Rome, dans une chambre du palais de Néron.

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