‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 62 sur 326 · AGRIPPINE, ALBINE · texte numérisé non relu

AGRIPPINE, ALBINE

ALBINE

Quoi ! tandis que Néron s'abandonne au sommeil , Faut-il que vous veniez attendre son réveil? Qu'errant dans le palais, sans suite et sans escorte , La mère de César veille seule à sa porte ? Madame, retournez dans votre appartements

* Ce vers, qui est delà oonvOTsation ordinaire, serait au-dessous du style tragique , s'il n'était également relevé et parce qui précède, et lïar ce qui suit. Deux vers du ton le plus noble peignent d'abord l'humiliation d'Agrippine :

Errant dans le palais, sans suite et sans es6ûrte , La mdre doGdsar «eitts ieiOi isa porte.

Ces motfi si simples, retounifs doM wXn opportMiail, acquièrent alors de la dignité , et en rendent à Agrippine; et quand elle répond :

Alldne , il ne faut pas 8*éloigner un moment ; Je Teuz l'attendre tôt ,

l'on comprend pourquoi la mère de César est Kor^ àt wa ûppareémail à l'heure où elle devrait y être. Un mauvais poète avait commencé une mauvaise tragédie par ce vers :

Sb ! madame » rentres dans votre appartement. Quand on se moquait de ce début, il se moquait des critiques en leur citant le vers de Racine , et ne doutait pas que ce ne fût la même chose. C'est parce que beaucoup de gens sont capables de pareilles méprises, que le détail où nous sommes entrés peut être bon à les détromper. ( L. )

AGRIPPINE

Âlbine^ il ne faut pas s'éloigner un moment. Je veux Tattendre ici : les chagrins qu'il me cause M'occuperont assez tout le temps qu'il repose. Tout ce que j'ai prédit n'est que trop assuré : Contre Britannicus Néron s'est déclaré.

L'impatient Néron cesse de se contraindre : Las de se faire aimer^ il veut se faire craindre. Britannicus le gène^ Albine; et chaque jour Je sens que je deviens importune à mon tour ^

ALBINE

Quoi ! vous à qui Néron doit le jour qu'il respire ,

Qui l'avez appelé de si loin à Tempire?

Vous qui, déshéritant le fils de Claudius ,

Avez nonuné César l'heureux Domitius?

Tout lui parle, madame, en faveur d'Agrippine :

Il vous doit son amour.

AGRIPPINE

U me le doit, Albine :

Tout, s'il est généreux, lui prescrit cette loi; Mais tout, s'il est ingrat^ lui parle contre moi.

ALBINE

S'il est ingrat, madame? Ah! toute sa conduite Marque dans son devoir une &me trop instruite. Depuis trois ans entiers, qu'a-t-il dit, qu'a-t-il fait Qui ne promette à Rome un empereur parfait? Rome, depuis trois ans, par ses soins gouvernée Au temps de ses consuls croit être retournée ^ :

' Ces deux vers font entendre d'ayance tout ce qui sera détaillé dans la suite. Néron, que gène Britannicus; Agrippine, qui devient importune ^ et une foule d^expressîons du môme genre que nous verrons dans cette pièce , sont du bon style de Thistoire, qui devait id faire partie du style tragique. Mais que de goût et d*art il fallait pour les réunir ! ( L. )

* C'est une indiscrétion d'Albine : elle ne doit point vanter devant

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