ACTE I, SCÈNE I
Il la g^ouverne en père. Enfin Néron naissant A toutes les vertus d'Auguste vieillissant * .
AGRIPPINE
Non^ non^ mon intérêt ne me rend point injuste : U commence^ il est vrai^ par où finit Auguste; Hais crains que^ Tavenir détruisant le passé , U ne finisse ainsi qu'Auguste a commencé. U se déguise en vain : je lis sur son visage I>es fiers Domitius l'humeur triste et sauvage; 11 mêle avec l'orgueil qu'il a pris dans leur sang La fierté des Nérons qu'il puisa dans mon flanc *. Toujours la tyrannie a d'heureuses prémices * : De Rome ^ pour un temps ^ Calus fut les délices *;
Agrippine le temps des consnls comme un temps de prospérité. Cela n*éfait point bon à dire aux empereurs , qui ayaient substitué à Tautorité consulaire un pouvoir monarchique; cela même n'était pas vrai. Rome avait été très-malheureuse sous ses consuls, dans le dernier siècle de la république. (G. )
' « Comparare nemo mansuetudini tuœ audebit divum Âugustum , « etiamsi in certamen juvenilium annorum deduxerit senectutem plus « quam maturam. » — « Qui oserait douter que ta clémence ne remporte sur celle d^ Auguste, quand même il opposerait à tes jeunes années toutes les vertus de sa longue vieillesse? » (De Clément,, lib. I, cap. il.)
* Agrippine était petite-fille de Claudius Drusus Néron, fils deHbérius Claudius Néron etdeLivie. La famille des Claudiens était une des plus andennes et des plus illustres de Rome. ( G. )
' Racine voulait dire que les tyrans commencent toujours leur règne par la vertu. Mais cette idée est^Ile rendue clairement par ces mots : La. tyrannie a d^heureuses prennes ? Les prémices de la tyrannie peuventdles être autre chose que des commencements de mal? Doit-on dire d'un roi dont le règne s'annonce par de bonnes actions que ce sont les prrâoices de la tyrannie, lors même que ce roi serait devenu un tyran ? Louis Racine et Desfontaines veulent que prémices soit ici , par extension , dans le sens de commencemenis. Mais cette explication est loin de justifier Racine ; car toujours la tyrannie a d^heureux commencements ne peut signifier autre chose que ceci : La tyrannie commence par réussir. 11 y a donc ici impropriété d'expression. Et, quant à la pensée, on pourrait même reprendre le mot toujours : il fallait dire souvent.
* Agrippine , suivant Tusage des Romains dans le discQurs familier,
BACiNE. — T. U. 7
9â BRITANNICUS.
Mais, sa feiûte bonté se tournant en fureur,
Les délices de Rome en devinrent l'horreur.
Que m*importe^ après tout, que Néron, plus fidèle,
D'une longue vertu laisse un jour le modèle?
Ai-je mis dans sa main le timon de TÉtat
Pour le conduire au gré du peuple et du sénat?
Ah ! que de la patrie il soit, s'il veut, le père :
Mais qu'il songe un peu plus qu' Agrippine est sa mère ^ .
De quel nom cependant pouvons-nous appeler
L'attentat que le jour vient de nous révéler?
Il sait , car leur amour ne peut être ignorée ,
Que de Britannicus Junie est adorée :
Et ce même Néron, que la vertu conduit.
Fait enlever Junie au milieu de la nuit*!
appelle ici par le prénom de Caïus celui qui dans Thistoire est pins connu sous le nom de CaUgula. Quelques vers plus haut, elle appelle également son fils Domitius , au lieu de Néron. Le discours d*Agrippine est d*une force et d'une précision admirables. Il faudrait s'arrêter sur chaque vers , pour en faire remarquer toutes les beautés.
* Ces vers et ceux qui précèdent montrent Agrippine tout entière, une femme avide de régner à tout prix , celle qui , lorsqu'on lui prédisait que son fils , devenu empereur, la ferait périr, répondit : (kcidat . dum imp9rH; ce qui paraît vouloir dire : QuHl me tue, pourvu qu'il règne, mais ce qui voulait dire en effet : Que je périsse, pourvu que je régne. Mais remarquez qu'ici le caractère perce à tout moment, sans y penser et comme malgré lui , et ne songe jamais à s'annoncer : tout est ambition et politique, et jamais on ne parle ni de politique ni d'ambition. (L.)
* Cet enlèvement est le premier trait de la tyrannie de Néron. Les amours de Britannicus et de Junie, et la jalousie de Néron , sont presque le seul incident que Racine ait ajouté à l'histoire : cet incident est parfaitement analogue au sujet. Néron était avili par la débauche : pour détourner les excès auxquels ses passions pouvaient l'entraîner, ses ministres lui présentaient des affranchies. Tacite nous l'apprend luimême : « Infiraycta paulatim potentia matris, delapso Nerone in amorem « liberté coi vocabulum Acte fuit... Ne severioribus quidem principis « amids adversantibui, muliercula, nulle cujusquam injuria, cupidines « principis explente : quando uxore ab Octavia , nobili quidem , et pro-