ACTE I, SCÈNE I
Que veut-il? Est-ce haine ^ esirce amour qui l'inspire? Chercbe-tr-il seulement le plaisir de leur nuire;
« bitatis spectalœ, fato quodam , an quia praBvatont illicita, abborrebai , « mefcadïaturque nein stapra feminarum illostrium proramperet, si illa « tibidine prohiberetur.
« Sed Agrippina libertam smulam , nurum ancillam, aliaque eumtf dem in modum miiMdiriter fnm&n. Neque posnitentiam filii » aut « satietatem opperiri; quantoqae fœdiora exprobrabat, acrius acoen- « dere : donec, yi amoris subactus, exueret obsequium in matrem , « seque Senec» permitteret. Ex cujus familiaribus Annsus Serenus , « simalatione amoris adrersus eamdem libertam , primas adolescentis a capidines ydaTerat, prsbneratqiie nomen , ut que prinoeps fùrtim « mnliercul» tribuebat, iUe palam largiretor. Tarn Agrippina, versis m artibiis , per blandimenta javenem aggredi , suum potius' cubiculum a ac sinum offerre , contegendis quœ prima astas et summa fortuna « expeterent. Quin et fatebatur intempestivam severitatem , et suarum « opnm, quae baud procnl imperatoriisaberant, eopias tradabat : ut « nimia nuper coercendo filio, ita ruisum intemperanter demissa. Qui» «< mntatio neque Neronem fefellit, et proximi amicorum metuebant, « orabantque cayere insidias muiieris semper atrods , tum et falsœ. »
« La puissance d'Agrippine déctinait peu à peu depuis que Néron s'était donné à une affranchie nommée Acte... Ses amis même les plus sévères ne s^opposaient pas à ce penchant pour une femme obscure qui asaoïmssait sa lubricité, sans qu'il fit offense à personne. Car, soit par une sorte de fiatalité , sdt par Tattrait si puissant de ce qui est défendu, son épouse Octayie, d*une grande naissance et d^une yertu éiMrouirée, ne lui inspirait que de Ta version ; et il était è craindre, si on le pnyait de son affirancbie, qu'il ne s'emportât jusqu'à outrager les femmes les plus illustres de Rome.
« Mais Agrippine, avec toute l'indiscrétion d'une femme emportée, se récrie sur ce qu'on lui donne pour rivale une affranchie » pour bru une esclave , et tient encore mille discours semblables. Elle ne sait pas attendre que le repentir ou la satiété lui rende son ûls ; plus ses reproches sont sanglants , plus elle irrite sa passion. Enfin , subjugué par la violence de son amour, il se dépouille de tout respect pour sa mère, et se livre k Sénèque. Un des amis de ce dernier, Annsus Serenus, pour voiler la passion naissante du jeune prince , avait feint d'aimer la même affiranchie. Il donnait ouvertement an son nom les présents que Néron offrait secrètement à sa maîtresse. Agrippine change alors de conduite. Elle attaque son. fils par des caresses ; elle va jusqu'à lui offrir son propre appartement ; elle lui ouvre son sein pour cacher des plaisirs
Ou plutôt n'est-ce point que sa malignité Punit sur eux l'appui que je leur ai prêté?
ALBINE
Vous^ leur appui, madame?
• AGRIPPINE
Arrête, chère Albine.
Je sais que j'ai moi seule avancé leur ruine ; Que du trône, où le sang Fa dû faire monter, Britannicus par moi s'est vu précipiter. Par moi seule , éloigné de l'hymen d'Octavie * , Le frère de Junie abandonna la vie , Silanus, sur qui Claude avait jeté les yeux. Et qui comptait Auguste au rang de ses aïeux. Néron jouit de tout : et moi, pour récompense. Il faut qu'entre eux et lui je tienne la balance * , Afin que quelque jour, par une même loi.
que rage et la haute fortune du prince rendent nécessaires : bien plus , elle s*accuse d'une sévérité déplacée, et lui prodigue ses propres richesses, presque égales à celles de Tempereur, aussi outrée dans ses basses complaisances qu'elle Tavait été dans 'ses rigueurs. Ce changement ne put tromper Néron. Ses amis effrayés le conjuraient de se tenir en garde contre les pièges d'une femme toujours cruelle, maintenant perfide. » {Annal, ^ lib. XIII, cap. 12 et 13.)
* Il y a dans ces yers plusieurs consonnances qui nuisent à Tharmonie : Octavie» Junie, la vie. Le second est surtout viâeux , parce que les deux hémistiches riment ensemble. Mais le plus grand défaut de cette période, c*est que les deux derniers vers manquent de darté. Agrippine yeut dire qu'elle fit également périr Silanus. L'expression est vicieuse , et ces mots par moi seule abandonna la tie devraient être reportés après le dernier vers. ( G.)
' Agrippine veut dominer; il faut qu'elle divise : eUe a couronné un méchant et un ingrat ; elle est réduite à le redouter ou à l'intimider sans cesse, et l'on pressent aisément quel doit être le résultat de cette conduite avec un homme tel que Néron. Aussi , comme dans Andromoque l'auteur a fait voir où conduisaient les faiblesses et les égarements de l'amour, il fera voir dans Britannicus où mènent les fureurs de l'orgueil et de l'ambition. (L. )