‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 65 sur 326 · ACTE I, SCÈNE I. loi · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I. loi

Britannicus la tienne entre mon fils et moi ^

ALBINE

Quel dessein!

AGRIPPINE

Je m'assure un port dans la tempête.

Néron m'échappera, si ce frein ne l'arrête .

ALBINE

Mais prendre contre un fils tant de soins superflus?

AGRIPPINE

Je le craindrais bientôt s'il ne me craignait plus.

ALBINE

Une Juste frayeur vous alarme peut-être.

Mais si Néron pour vous n'est plus ce qu'il doit être ,

Du moins son changement ne vient pas jusqu'à nous ,

Et ce sont des secrets entre César et vous.

Quelques titres nouveaux que Rome lui défère ,

Néron n'en reçoit point qu'il ne donne à sa mère.

Sa prodigue amitié ne se réserve rien :

Votre nom est dans Rome aussi saint que le sien ;

A peine parle-lK)n de la triste Octavie.

Auguste votre aïeul honora moins Livie :

Néron devant sa mère a permis le premier

Qu'on port&t les faisceaux couronnés de laurier.

Quels effets voulez-vous de sa reconnaissance " ?

' Le sens de ces deux vers n'est pas bien net : on entend parfaitement mmA Agrippine tient la balance entre Néron et Britannicus ; mais on n'entend pas sibien comment Britannicus, quelqttejour, tiendra la balance tw Néron et sa mère. Néron , couronné par sa mère , peut craindre 'elle ne fosse un jour pour Britannicus ce qu*elle a fait pour son fils ; mais Agrippine doit savoir que si Britannicus reprenait jamais la puis- ^^<u^) ce ne pourrait être quepour se venger. (G.)

TiWre s'opposa toujours aux honneurs qu'on voulait rendre à sa «ère. Vwci comment s'exprime Tacite : « Multa patrum et in Augustam « adulatio : alii parentem , alii matrem patriœ appellandam ; plerique , «ut nomini Cœsaris adscriberetur^ Juli» filius, censebant. lUe mode-

AfimiFPINE.

Un peu moins de respect^ et plus de confiance.

Tous ces présents, Albine , irritent mon dépit :

Je vois mes honneurs croître , et tomber mon crédit.

Non , non , le temps n'est plus que Néron, jeune encore * ,

Me renvoyait les vœux d'une cour qui Tadore ;

Lorsqu'il se reposait sur moi de tout l'État,

Que mon ordre au palais assemblait le sénat.

Et que derrière un voile, invisible et présente,

J'étais de ce grand corps Tàme toute-puissante*.

Des volontés de Rome alors mal assuré,

Néron de sa grandeur n'était point enivré •

« randos feminarum honores dictitansy eadamqoe se tamperistia nsurum « in bis qusD sibi tribuerentur ; ceterum anxius invidia , et muliebre <« fastigium in deminutionem soi accipiens, ne lictorem quidem ei d&- « oemi passas est; aramque adoptianis; et alia hujuscemodi probi- « buit. » — « Augusta détint Tobjet des adulations dn sénat. Les uns voulaient qu*on lui donnât le nom de protectrice; les autres, de mère de la patrie; la plupart, qu^on ajoutât au titre de César celui dla Ûls de Julie. Mais Tibère répétait qu'il ne fallait point prodiguer les honneurs aux femmes, et que lui-même userait de modération dans ceux qui lui seraient décernés. Rongé par Tenvie , il voyait son abaissement dans rélévation d'une femme « et ne permit pas même qn*an lieteur marchât deyant sa mère : il refusa Tautel de radoption^ et plusieurs distinctions pareilles. » ( Annal, , 1. 1, c. 14. )

' Le temps n'est plu$ gue, etc., ne saurait se construire par la grammaire gttiérale : c'est un véritable gallicisme , c'estrè-dire un tour de phrase particulier à la langue française, et qu'il est bon de conserver, surtout en vers, la paiïticule oU, qui est régulière dans cette phrase, n'étant pas toujours favorable à l'oreille. (L.) — Que est moi» un gallicisme que où: c'est une conjonction qui, en mainte oocasioa, peut remplacer avec élégance presque toutes les autres.

* cr Inpalatittm obid vocabantur (patres) ut adstaret abditisa tergo (( foribus vélo discrète , quod visum arceret , audvtum omi adimeret. » — et On assemblait le «énat dans le palais, afin qu'Agrippine pût y assister. Placée dans l'embrasure d'une porte secrète, derrière un voile qui la dérobait à la vue» mais sans l'empécber d'entendre. » (Tacit., Annal., Ub. XIII , cap. 5. )

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