‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 67 sur 326 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

AGRIPPINE, BURRHU9, ALBINE.

BUBIIHUS.

Haxlame^ Au nom de Fempereur j'allais vous informer D'un ordre qui d'abord a pu vous alarmer^ Hais qui n'est que l'effet d'une sage conduite^ Dont César a voulu que vous soyez instruite.

AGRIPPINE

Puisqu'il le veut, entrons : il m'en instruira mieux.

BURAHUS.

César pour quelque temps s'est soustrait à nos yeux. Déjà par une porte au public moins connue L'un et l'autre consul vous avaient prévenue. Madame. Mais souffrez que je retourne exprès...

AGRIPPINE

Non, je ne trouble point ses augustes secrets; Cependant voulez-vous qu'avec moins de contrainte Lun et l'autre une fois nous nous parlions sans feinte?

BURRHUS

Burrhus pour le mensonge eut toujours trop d'horreur * .

AGRIPPINE

Prétendez-vous longtemps me cacher l'empereur? Ne le verrai-je plus qu'à titre d'importune? Ai-je donc élevé si haut votre fortune Pour mettre une barrière entre mon fils et moi? Ne l'osez-vous laisser un moment sur sa foi?

* Si la phrase était absohie, Texpression ne serait pas juste; car on ne peut jamais avoir trop d'horreur peur le mensonge, La phrase est eOiptiqae, et Pellipse se rapporte à ce qui précède. Voulez-vous que nous parlions sans feinte? — Je hais trop le mensonge pour rien feindre. (L. )

Entre Sénèque et vous disputez-vous la gloire A qui m'effacera plus tôt de sa mémoire ^ ? Vous l'ai-je confié pour en faire un ingrat^ Pour étre^ sous son nom^ les maîtres de l'État*? Certes, plus je médite, et moins je me figure Que vous m'osiez compter pour votre créature , Vous dont j'ai pu laisser vieillir l'ambition Dans les honneurs obscurs dé quelque légion ^ Et moi qui sur le trône ai suivi mes ancêtres^ Moi, fille, femme, sœur et mère de vos maîtres * !

' Cette construction est remarqiiable. La grammaire demanderait : ùispwtei^vous à qui m'effacera,.. La glaire est de trop pour la règle, ou bien il faudrait la gloire de m*effacer. Mais, comme la phrase est suspendue par rintervalle d'un vers à un autre, le poète a trouvé moyen de mettre une idée de plus' à la faveur d'une espèce d'ellipse qu'il laisse remplir à l'imagination : IHsjnUez-tow la ghire , en disputent à ^«i..., et la darte et la plénitude du sens font oublier l'irrégularité. Mais on ne saurait trop redire que ces sortes de hardiesses ne doivent être risquées que par le telent assez sûr de lui-même pour juger ce qu'on peut hasarder contre la grammaire en la faisant oublier, c'est-à-dire sans blesser l'oreille et la raisoa, qui oe manquent jamais de réclamer la règle dès que l'irrégularite se fait sentir. L'art de Racine consiste à la dérober, et cet art n'appartient qu'au génie. (L. )

^ Pour être : la clarté exigerait que l'on dit en prose pour que vous soyez , et non pas pour être. On dirait bien : Vous ai-je confié mon fils pour être votre esclate? Mais on ne pourrait pas dire : Vma ai-^e confie mon fils pour être son tyran ? ( G.)

* Burrhus n'éteit que tribun lorsque Agrippine le choisit pour être gouverneur de Néron et préfet des cohortes prétoriennes. Voici ce que dit Tacite : « Burriuun Afranium egregias mîliteris famae, gnarum tamen « cujus sponte prsBûceretur. » — « La préfecture avait été donnée à Burrhus Afiranius , guerrier d'une haute renommée, mais qui n'ignorait pas à queDe volonté il devait cette élévation. »

* Et moi qui, eAc. Le désordre de cette construction peint le trouble qui agite Agrippine : c'est un effet de l'art. Racine a très-heureusement imité ce tour de Vir^ (^neti., Vb. J, 50 et SI ) :

« Alt «00 , qem divan îxmxéo m^a, Jovisqne «EtiororetaïQHK**

Agrippine fut la sœur de l'empereur Caïus Caligula , la femme de

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