‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 68 sur 326 · ACTE ï, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE ï, SCÈNE II

Que prétendez-vous donc? Pensez-vous que ma voix Ait fait un empereur pour m'en imposer trois * ? Néron n'est plus enfant : n'est-il pas temps qu'il règne ? Jusqu'à quand voulez-vous que l'empereur vous craigne ? Ne saurait-il rien voir qu'il n'emprunte vos yeux? Pour se conduire^ enfin y n'a-t-il pas ses aïeux? • Qu'il choisisse^ s'il veut, d'Auguste ou de Tibère; Qu'il imite, s'il peut, Germanicus mon père. Parmi tant de héros je n'ose me placer; Mais il est des vertus que je lui puis tracer : Je puis l'instruire au moins combien sa confidence ' Entre un sujet et lui doit laisser de distance.

BDREHUS.

Je ne m'étais chargé dans cette occasion Que d'excuser César d'une seule action ;

Fempereur Claude, la mère de rempereor Néron. Tacite otMerre qa*Agrippine offrait « un exemple unique jusqu^alors d*anê panoam fille, femme, sœur, et mère d'empereur. » — « Quam imperatoro- genitam, • soraran ejus qui rerum potitus sit , et conjugem et matrem foiase uni- «corn ad hune diem exemplum est. » {AnnaL^ lib. XII« cap. 42. ) Tadte dcmne à Germanicusy père d*Agrippîiie , le titre d'imperator, parce qall Tavait reçu réellement du sénat, sur Tapprobation même de Tibère, lorsqu'il ramena son armée, et reçut le nom d'empereur, après la défaite te Gattes. c Exercitum reduxit, nomenque imperatorU accepit« » (ituL, lib. ], cap. 68). Mais ce titra d'empereur n'arait point le sens que noos attachons aujourd'hui à ce mot : ce n'était qu'un honneur

sangpiiiKttioe.(G.) 'Dans Tacite, les Bretons adressent cû reproche aux Romains: «Que

jidii as n'aTaient qu'un xoi» et que maintenant on leur en imposait <ta. » — - a Singnlos sibi olûn reges fuisse, nunc binos imponi. » (F. iffie.^CHp. 15.)

' Sekm d'Olivet, ia phrase de Racine est incorrecte, parce qu'on ne PWtpas din : Jtfjwis timinàre telle ckose, je puU Viiutruire combien. lUdae la fik a xomarqué que Je puis Vinstruire a le même sens que je iwli /tti apprendre, verbe qui se construit avec combien. Toutes ces <)tev«tions grammaftkates importent peu. H y a évidemment une faute ; nais elle ne choque ni ToreiRe ni le goût , et pourrait même donner à la langue une nouvelle locution.

108 BRITAJMNICliS.

. Mais puisque^ sans vouloir que je le justifie. Vous me rendez garant du reste de sa vie , Je répondrai, madame, avec la liberté D'un soldat qui sait mal farder la vérité.

Vous m'avez de César confié la jeunesse, Je Tavôue; et je dois m^en souvenir sans cesse. Mais vous avais-je fait serment de le trahir. D'en faire un empereur qui ne sût qu'obéir? . Non. Ce n'est plus à vous qu'il faut que j'en réponde : Ce n*est plus votre fils, c'est le maître du monde ^ J'en dois compte, madame, à l'empire romain. Qui croit voir son salut ou sa perte en ma main. Ah! si dans l'ignorance il le fallait instruire*. N'avait-on que Sénèque et moi pour le séduire? Pourquoi de sa conduite éloigner les batteurs '? Fallait-il dans l'exil chercher des corrupteurs? La cour de Claudius, en esclaves fertile,

' Une des grandes beautés de cette scène consiste dans le contraste de la fougue insolente et des emportements d*Agrippine avec la gravité , la sage retenue , et la fermeté noble de Burrbus , qui se respecte toujours lui-môme en respectant Agrippine. Son discours est un modèle de raison et de décence. (G.)

^ Insiruxrt dans Vignorance est une expression aussi juste que hardie. iPourquoi? C'est qu'en effet, lorsqu'on n'élève un prince que pour régner sous son nom, on lui apprend surtout à ignorer tout ce qu'il ddt savoir, à négliger tout ce qu'il doit faire. On lui donne véritablement des leçons d'ignorance ; mais , pour s'exprimer ainsi , il faut saiâir les idées dans tous leurs rapports et dans toute leur étendue : c'est le mérite des écrivains originaux, de Tacite, de Racine, de Bossuet, de Montesquieu , etc. C'est la force de leurs conceptions qui a fait leur style. Une cour en esclaves fertile, vieillir dans une longue enfance» Vhonneur de V avilir, présentent le même genre de beautés. C'est au lecteur à suppléer ce que ces phrases sous-entendent , et à saisir la vérité de ce qui est sous-entendu. (L.)

^ De sa conduite pour de sa personne, figure énergique et fort juste : c'est comme si Racine avait dit éloigner de sa conduiie l'influence des flatteurs, (G. )

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