‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 89 sur 326 · NÉRON, JUNIE, NARCISSE · texte numérisé non relu

NÉRON, JUNIE, NARCISSE

NÉRON

Madame...

JUNIE

Non y seigneur^ je ne puis rien entendre. Vous êtes obéi. Laissez couler du moins Des larmes dont ses yeux ne seront pas témoins.

vont que jusqu'au point où elles sont supportables pour eux et pour le spectateur. Le poète a gardé la mesure en tout , et Teffet de la scène en dépendait. Le rôle de Britannicus y était facûe, celui de Junie excessivement délicat et hasardeux. Néron lui avait commandé au moiiif de la froideur, et tout ce qu'elle dit n'exprime qu'une teneor profonde. Elle est sans cesse occupée à prévenir tout ce qu'il peut y avoir de dangereux pour le prince dans un pareil entretien :

... Jamais Fempereiir n'est absent de ces lieux , etc. Et quand elle ne peut plus soutenir les reproches de Britannicus, die met finà cette douloureuse scène par ce vers si cruel pour lui :

Retirez- vous , seigneur ; rempereor va venir ; mais qui n'est, aux yeux du spectateur, que le dernier terme des forces de Junie. Elle les reprend toutes dans ces mots si heureux qui commencent la scène suivante :

..... Non , seigneur, Je ne pois rien entendre , qui soulagent le spectateur, ainsi qu'elle. Elle a pu se faire un grand effort pour sauver son amant ; mais elle ne permet pas que l'oppresseur jouisse un moment de son infâme triomphe. Junie , d'ailleurs , ne devait éclater contre Néron qu'en le quittant si brusquement : c'est tout ce que toi permettait son caractère établi dans la pièce , et la crainte d'exposer Britannicus. (L.) ' Vab. Après oe coup , Narcisse , à quoi dois-Je m'attendre? Mais comme , dans toutes les éditions faites pendant la vie de l'auteur, on lit ce vers tel qu'il est imprimé ici, on ne peut douter que Racine n'ait mis, à qui iUAs-je m* attendre, et n'ait préféré l'exactitude du sens à celle de la grammaire : cette raison, en y ajoutant même celle de l'euphonie , ne parait cependant pas suffisante pour justifier un solécisme. ( G. )

Page 1