NÉRON, NARCISSE
NÉRON
Hé bien ! de leur amour tu vois la violence ,
Narcisse : elle a paru jus({ue dans son silence !
Elle aime mon rival, je ne puis Tignorer^
Mais je mettrai ma joie à le désespérer.
Je me fais de sa peine une image charmante ^ ,
Et je Tai vu douter du cœur de son amante.
Je la suis. Mon rival Vattend pour éclater :
Par de nouveaux soupçons, va, cours le tourmenter ;
Et tandis qu'à mes yeux on le pleure , on Fadore ,
Fais-lui payer bien cher un bonheur qu'il ignore*.
NAH€l$SE, M»i.
La fortune t'appelle une seconde fois ,
Narcisse ; voudrais-tu résister à sa voix ?
Suivons jusques au bout ses ordres favorables ;
Et , pour nous rendre heureux , perdons les mis érables ^ .
' V%t image cïianmnU de «a peine est atroce de peoséâ et d^expression. Nôroû devait parler ainsi; mais combien de fois la jalousio a parlé de môme au fond du cœur ! ( L. )
' On peut être étonné que Néron , tout occupé du plaisir d'enfoncer le poignard dans le cœur d'un rival , ne dise rien des secrets que Britannicus vient de révéler, de la conspiration d^Agrippine , du mécontentement de Rome, etc. Néron n'en parle pas, mais il s'en souvient; et bientôt il prouvera qu'il n'a rien perdu de cette conversation. ( G. )
' Si ce vers excite ordinairement des murmures, c'est parce qu'il exprime trop crûment une idée odieuse et basse ; parce que le personnage énonce à froid, seul avec lui-même, ce qu'on pourrait supporter tout au plus dans un mouvement de passion et dans la chaleur du dialogue ; enfin, c'est parce qu'il est malheureux de terminer un acte par un petit Ynonologue si désagréable à entendre. Boileau, qui engagea son ami à sacrifier une scène très-bien écrite , mais inutile, aurait pu lui demander la suppression de ces quatre vers, qui n'était pas un sacrifice. (L. )