‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 91 sur 326 · NÉRON, BURRHUS · texte numérisé non relu

NÉRON, BURRHUS

BURRHUS

Pallas obéira, seigneur.

NÉRON

Et de quel œil Ma mère a-1relle vu confondre son orgueil?

BURRHUS

Ne doutez point , seigneur, que ce coup ne la frappe ;, Qu^en reproches bientôt sa douleur ne s'échappe. Ses transports dès longtemps commencent d'éclater; A d'inutUes cris puissent-ils s'arrêter!

NÉRON

Quoi! de quelque dessein la croyez-vous capable?

BURRHUS

Agrippine, seigneur, est toujours redoutable : Rome et tous vos soldats révèrent ses aXeux*; Germanicus son père est présent à leurs yeux. Elle sait son pouvoir ; vous savez son courage ; Et ce qui me la fait redouter davantage , Cest que vous appuyez vous-même son courroux , Et que vous lui donnez des armes contre vous.

' Racine, au ocNnniencemeiit de cet acte , supprima , par les conseils de Bofleau , une aoène entre Burrhus et Narcisse. Cette scène est rapportée dans la Vie qm est à la tête de cette édition.

^ Vak. Rome et tous vos soldats honorent ses aïeux.

i44 BRITANNICUS.

NÉRON

Moi, Buprhus?

BURRHUS

Cet amour, seigneur, qui vous possède. . .

NÉRON

Je vous entends, Burrhus. Le mal est sans remède : Mon cœur s'en est plus dit que vous ne m'en direz; Il faut que j'aime enfin.

BURRHUS

Vous vous le figurez.

Seigneur; et, satisfait de quelque résistance. Vous redoutez un mal faible dans sa naissance. Mais si dans son devoir votre cœur affermi * Voulait ne point s'entendre avec son ennemi; Si de vos premiers ans vous consultiez la gloire; Si vous daigniez, seigneur, rappeler la mémoire Des vertus d'Octavie indignes de ce prix ', Et de son chaste amour vainqueur de vos mépris ; Surtout si, de Junie évitant la présence. Vous condamniez vos yeiix à quelques jours d'absence. Croyez-moi , quelque amour qui semble vous charmer, On n'aime point, seigneur, si l'on ne veut aimer *.

Je vous croirai, Burrhus, lorsque dans les alarmes *

> Vàr. Mais al dans sa fierté votre cœur afTermi...

' Nous avons observé , à Toccasion d'un vers de to Thébaîdey qu'iiidigne est un latinisme ; en firançais , indigne se prend toujours en mauvaise part; les Latins , au contraire , lui donnent un autre sens. ( G. ) — Horaoe dit, en parlant de deux frères étroitement unis ( Ép. m, lib. I) : « Vivitis iodigni fratemum nimpere fœdus. i

— « Vous êtes indignes de rompre Tunion fraternelle. » Ce qui veut dire : Vmis avez trop de vertu pour cesser de vous aimer.

3 * Donnez cette scène à traiter à un homme médiocre, Burrhus s^étendra sur la censure de Tamour, et Néron sur ses louanges ; et de là quelle suite de lieux communs! Le poëte a tranché court, parce que

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