NÉRON, BURRHUS
BURRHUS
Pallas obéira, seigneur.
NÉRON
Et de quel œil Ma mère a-1relle vu confondre son orgueil?
BURRHUS
Ne doutez point , seigneur, que ce coup ne la frappe ;, Qu^en reproches bientôt sa douleur ne s'échappe. Ses transports dès longtemps commencent d'éclater; A d'inutUes cris puissent-ils s'arrêter!
NÉRON
Quoi! de quelque dessein la croyez-vous capable?
BURRHUS
Agrippine, seigneur, est toujours redoutable : Rome et tous vos soldats révèrent ses aXeux*; Germanicus son père est présent à leurs yeux. Elle sait son pouvoir ; vous savez son courage ; Et ce qui me la fait redouter davantage , Cest que vous appuyez vous-même son courroux , Et que vous lui donnez des armes contre vous.
' Racine, au ocNnniencemeiit de cet acte , supprima , par les conseils de Bofleau , une aoène entre Burrhus et Narcisse. Cette scène est rapportée dans la Vie qm est à la tête de cette édition.
^ Vak. Rome et tous vos soldats honorent ses aïeux.
i44 BRITANNICUS.
NÉRON
Moi, Buprhus?
BURRHUS
Cet amour, seigneur, qui vous possède. . .
NÉRON
Je vous entends, Burrhus. Le mal est sans remède : Mon cœur s'en est plus dit que vous ne m'en direz; Il faut que j'aime enfin.
BURRHUS
Vous vous le figurez.
Seigneur; et, satisfait de quelque résistance. Vous redoutez un mal faible dans sa naissance. Mais si dans son devoir votre cœur affermi * Voulait ne point s'entendre avec son ennemi; Si de vos premiers ans vous consultiez la gloire; Si vous daigniez, seigneur, rappeler la mémoire Des vertus d'Octavie indignes de ce prix ', Et de son chaste amour vainqueur de vos mépris ; Surtout si, de Junie évitant la présence. Vous condamniez vos yeiix à quelques jours d'absence. Croyez-moi , quelque amour qui semble vous charmer, On n'aime point, seigneur, si l'on ne veut aimer *.
Je vous croirai, Burrhus, lorsque dans les alarmes *
> Vàr. Mais al dans sa fierté votre cœur afTermi...
' Nous avons observé , à Toccasion d'un vers de to Thébaîdey qu'iiidigne est un latinisme ; en firançais , indigne se prend toujours en mauvaise part; les Latins , au contraire , lui donnent un autre sens. ( G. ) — Horaoe dit, en parlant de deux frères étroitement unis ( Ép. m, lib. I) : « Vivitis iodigni fratemum nimpere fœdus. i
— « Vous êtes indignes de rompre Tunion fraternelle. » Ce qui veut dire : Vmis avez trop de vertu pour cesser de vous aimer.
3 * Donnez cette scène à traiter à un homme médiocre, Burrhus s^étendra sur la censure de Tamour, et Néron sur ses louanges ; et de là quelle suite de lieux communs! Le poëte a tranché court, parce que