‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 16 sur 77 · LA CONSTANCE · texte numérisé non relu

LA CONSTANCE

Ne crains pas , ô mon bien-aimé !

Ne crains pas que jamais je brise notre chaîne :

De ton amour heureuse et vaine , Je bénis chaque instant le nœud que j'ai formé. Oui , l'on verra plutôt disparaître les ondes De ce vaste Océan, ceinture des deux mondes ,

Les étoiles tomber des deux , Et le soleil privé de ses clartés fécondes , Que de me voir trahir mes serments et tes feux. Eh ! qui pourrait, dis-moi, te ravir ma tendresse?

Quel autre amant pourrais-je aimer ?

Je ne trouve qu'en toi tout ce qui peut charnu *i

Esprit, talent, fleur de jeunesse.

Elève chéri des neuf Sœurs ,

C'est pour toi que ces immortelles

Gardent leurs plus nobles faveurs

El Leurs couronnes Les plus belles.

Ah! truand assis à mou cote,

L'œil toul brillant des feux d'un sublime délire, Par la gloire el L'amour en secret excisé ,

Tu fais entendre sur ta lyre

Ces chants que la postérité

Se plaira toujours à redire,

Mou cœur, qui t'adore et t admire,

Dans sa double félicité

Tour-à-tour palpite, soupire

Et d'orgueil et de volupté :

Si ma main alors de la tienne

A senti le trouble flatteur, Si tu lèves sur moi ton regard enchanteur,

Si ta bouche effleure la mienne , Je me sens expirer d'amour et de bonheur.

Laisse , laisse l'homme ordinaire Troubler par des soupçons ses plaisirs les plus doux ;

Sans doute il peut cesser de plaire , On doit lui pardonner quelques transports jaloux. Mais toi, que de leur miel ont nourri les abeilles ('4),

Toi, dont le berceau radieux

S'entoura des mêmes merveilles

Que le berceau des demi-dieux ; Toi , que font leur égal tes poétiques veilles ,

Tes doutes sont injurieux.

Crois-moi, délices de mon ame, Jouis en paix d'un cœur à tes désirs livré ;

Mon amour est le feu sacré , Et les vierges du Pinde éternisent sa flamme

ÉLÉGIES. 4 fi

LE BOMIKUIl.

Il est auprès de moi; sa main presse ma main ; Sa bouche s'embellit du plus charmant sourire;

Son teint s'anime , je soupire ; Sa tête mollement vient tomber sur mon sein ;

Là je respire son haleine , Son haleine semblable au parfum de la fleur.

De ses bras l'amoureuse chaîne

Rapproche mon cœur de son cœur ;

Bientôt nos baisers se confondent,

Ils sont purs comme nos amours :

Nous demeurons sans voix ; mais nos yeux se répondent ;

Ils se disent: Toujours, toujours!

fi ÉLÉGIES.

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