‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 18 sur 77 · LES SERMENTS · texte numérisé non relu

LES SERMENTS

Lasse à la fin d'un si long esclavage Et d'un amour si mal récompensé, J'avais juré d'oublier qui m'outrage ; J'avais juré que de mon cœur blessé J'effacerais une trop chère image.

J'avais juré que le nom du volage Par moi jamais ne serait prononcé.

J'avais juré, forte de son absence, Que, si le sort l'offrait devant mes yeux , Je soutiendrais sans trouble sa présence : J'en défiais le charme impérieux.

Dans mon dépit , ardente à la vengeance , J'osais former le souhait dangereux De voir l'ingrat m'offrir encor ses vœux ; J'en accueillais l'incertaine espérance.

J'avais juré qu'un souris dédaigneux

Saurait alors punir son inconstance.

O d'un regard invincible ascendant!

Qu'est devenu mon courage imprudent ?

A peine , hélas ! ma voix à son approche

Balbutia quelques mots de reproche ;

Je pâlissais, rougissais tour-à-tour.

Je lui disais : Non, je n'ai plus d'amour;

Mais je laissais sa main presser la mienne ;

Mais malgré moi ma main pressait la sienne ;

Mais des soupirs étouffés à demi

Livraient mon aine à ce cher ennemi :

Mais je laissais ses lèvres suppliantes

Se rapprocher de mes lèvres tremblantes :

Ma bouche en vain opposait des refus ;

Le sein rempli du feu qui me dévore ,

En lui jurant que je ne l'aimais plus

Je lui prouvais que je l'aimais encore.

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