LA DOULEUR
C'en est donc fait! tu m'as ravi ton cœur;
Une autre, hélas! une autre a su te plaire.
Tu veux en vain me cacher mon malheur,
Tes yeux m'ont dit ce que tu veux me taire.
Je les ai vus , non sans pâlir d'effroi,
Ces yeux charmants, pleins d'une ardeur fatale,
Je les ai vus livrer à ma rivale
Et ton amour, et ma haine , et ta foi.
J'ai vu ta main , adroitement furtive ,
Pour la presser aller chercher sa main ,
Et s'emparer, moins prudente que vive ,
D'un brin de myrte échappé de son sein.
Toi , qui sais bien qu'un rien de toi me touche ,
Loin d'être ému de mon trouble mortel ,
Devant mes yeux , avec un jeu cruel ,
Tu rapprochas ce myrte de ta bouche.
Que t'importait mon douloureux tourment !
Dans les transports de ta flamme nouvelle ,
De ma rivale occupé seulement,
Tu ne voyais et tu n'entendais qu'elle.
Je crus , grands dieux ! espoir trop séducteur,
Reprendre alors mon cher et doux empire
En redisant les vers que sur ma lyre
Je soupirai dans un jour de bonheur;
Mais de ces vers la cadence amoureuse
Jusqu'à ton cœur ne pouvait parvenir :
De mon repos l'ennemie orgueilleuse
Le défendait contre mon souvenir.
Va, cours jouir des plaisirs que t'apprête
Une coquette en son lien trompeur :
Sa vanité désira ta conquête ;
Un pur amour t'avait livré mon cœur.
Porte à ses pieds tes parjures promesses ;
Fais plus , ingrat ! sans honte, sans pitié ,
Après mavoir dérobé tes caresses Trahis encor, trahis QOtre amitié; Et, sans pudeur, sans remords, infidèle, A ta maîtresse en tout immole-moi.
Ah ! puisses-tu ne jamais craindre délie Cet abandon que je souffre de toi !