‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 19 sur 77 · LA DOULEUR · texte numérisé non relu

LA DOULEUR

C'en est donc fait! tu m'as ravi ton cœur;

Une autre, hélas! une autre a su te plaire.

Tu veux en vain me cacher mon malheur,

Tes yeux m'ont dit ce que tu veux me taire.

Je les ai vus , non sans pâlir d'effroi,

Ces yeux charmants, pleins d'une ardeur fatale,

Je les ai vus livrer à ma rivale

Et ton amour, et ma haine , et ta foi.

J'ai vu ta main , adroitement furtive ,

Pour la presser aller chercher sa main ,

Et s'emparer, moins prudente que vive ,

D'un brin de myrte échappé de son sein.

Toi , qui sais bien qu'un rien de toi me touche ,

Loin d'être ému de mon trouble mortel ,

Devant mes yeux , avec un jeu cruel ,

Tu rapprochas ce myrte de ta bouche.

Que t'importait mon douloureux tourment !

Dans les transports de ta flamme nouvelle ,

De ma rivale occupé seulement,

Tu ne voyais et tu n'entendais qu'elle.

Je crus , grands dieux ! espoir trop séducteur,

Reprendre alors mon cher et doux empire

En redisant les vers que sur ma lyre

Je soupirai dans un jour de bonheur;

Mais de ces vers la cadence amoureuse

Jusqu'à ton cœur ne pouvait parvenir :

De mon repos l'ennemie orgueilleuse

Le défendait contre mon souvenir.

Va, cours jouir des plaisirs que t'apprête

Une coquette en son lien trompeur :

Sa vanité désira ta conquête ;

Un pur amour t'avait livré mon cœur.

Porte à ses pieds tes parjures promesses ;

Fais plus , ingrat ! sans honte, sans pitié ,

Après mavoir dérobé tes caresses Trahis encor, trahis QOtre amitié; Et, sans pudeur, sans remords, infidèle, A ta maîtresse en tout immole-moi.

Ah ! puisses-tu ne jamais craindre délie Cet abandon que je souffre de toi !

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