‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 20 sur 77 · LE CHANGEMENT · texte numérisé non relu

LE CHANGEMENT

Vous le voulez , l'amitié la plus tendre

Va succéder aux plus tendres amours.

Ce n'est plus vous qui me ferez entendre

Ces doux serments de m'adorer toujours;

Ce n'est plus moi qui peux d'une caresse

Calmer vos maux, enivrer tous vos sens ;

Il m'est ravi ce titre de maîtresse

Dont votre amour m'embellit quelque temps :

Qu'il m'était cher ! hélas ! dans ma faiblesse :

Mon cœur, fidèle à ses premiers penchants ,

Tient à regret sa dernière promesse.

Ce cœur du moins , discret dans son malheur,

En soi renferme une plainte importune ,

Et du récit de ma longue infortune

il ne veut point troubler votre bonheur.

Ah ! quel que soit le chagrin qui me tue ,

Oui, je saurai vous le radier toujours;

Je tâcherai de prendre à votre vue

(Vt air serein de mes plus heureux jours.

Je contraindrai mes regards à vous taire

Tout le plaisir que je sens près de vous ;

Vous vanterez celle qui sait vous plaire

Sans que mon cœur en paraisse jaloux :

.le la verrai sans montrer de colère.

J éviterai de chercher votre main;

Je m'armerai d'un maintien plus austère;

Si je me trouble auprès de vous , soudain

Je songerai qu'une autre vous est chère.

A vos côtés , dans un doux entretien ,

J'étudîrai mes yeux et mon langage.

Loin de blâmer votre humeur trop volage ,

Pour excuser votre nouveau lien

Je vous dirai qu'un autre amour m'engage :

Je le dirai ; mais vous , n'en croyez rien.

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