LE CHANGEMENT
Vous le voulez , l'amitié la plus tendre
Va succéder aux plus tendres amours.
Ce n'est plus vous qui me ferez entendre
Ces doux serments de m'adorer toujours;
Ce n'est plus moi qui peux d'une caresse
Calmer vos maux, enivrer tous vos sens ;
Il m'est ravi ce titre de maîtresse
Dont votre amour m'embellit quelque temps :
Qu'il m'était cher ! hélas ! dans ma faiblesse :
Mon cœur, fidèle à ses premiers penchants ,
Tient à regret sa dernière promesse.
Ce cœur du moins , discret dans son malheur,
En soi renferme une plainte importune ,
Et du récit de ma longue infortune
il ne veut point troubler votre bonheur.
Ah ! quel que soit le chagrin qui me tue ,
Oui, je saurai vous le radier toujours;
Je tâcherai de prendre à votre vue
(Vt air serein de mes plus heureux jours.
Je contraindrai mes regards à vous taire
Tout le plaisir que je sens près de vous ;
Vous vanterez celle qui sait vous plaire
Sans que mon cœur en paraisse jaloux :
.le la verrai sans montrer de colère.
J éviterai de chercher votre main;
Je m'armerai d'un maintien plus austère;
Si je me trouble auprès de vous , soudain
Je songerai qu'une autre vous est chère.
A vos côtés , dans un doux entretien ,
J'étudîrai mes yeux et mon langage.
Loin de blâmer votre humeur trop volage ,
Pour excuser votre nouveau lien
Je vous dirai qu'un autre amour m'engage :
Je le dirai ; mais vous , n'en croyez rien.