‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 21 sur 77 · LES SOUVENIRS · texte numérisé non relu

LES SOUVENIRS

Je les revois ces lieux chers à mon cœur,

Ces lieux tout pleins de l'ingrat que j'adore ,

Où s'alluma le feu qui me dévore ,

Où je reçus, je donnai le bonheur;

Je les revois; seule j'occupe encore

Ce siège heureux où , dans nos plus beaux jours ,

A mes côtés il se plaçait toujours :

Voici l'endroit où sa voix si touchante

M'a tant de fois nommée avec transport

Et sa plus chère et sa dernière amante.

Là, devenu l'arbitre de mon sort,

Sa chaste ardeur justifia ma flamme ;

Là dans son doigt ma main passa l'anneau ,

Gage sacré de cet hymen de l'ame

Qui nous devait unir même au tombeau.

Ce cabinet paisible et solitaire

L'a vu, brùhini des plus nobles désirs, Loin d'un vain monde ei de ses lau\ plaisirs.

Goûter dues arts l'ivresse tutélanre.

Je soutenais ses courageux efforts; Je lui montrais un illustre salaire :

Il souriait à mes tendres accords; J'en sentais mieux le charme de lui plaire. Moments divins d'un angélique amour, Qui me rendra vos voluptés si pures?

Qui de mon cœur fermera les blessures ? Bonheur céleste, as-tu fui sans retour?

Qu'il dura peu! Deux printemps on! à peine Embaumé l'air du doux parfum des fleurs Depuis ces temps de plaisirs , de douleurs , Où se forma , se brisa notre chaîne.

0 souvenir et touchant et cruel !

A quels serments désormais faut-il croire ? Lui , mon seul bien , ô regret éternel ! Lui, d'un parjure il a souillé sa gloire ! Il m'a trompée , il m'abandonne , moi ! Moi qui voulais lui consacrer ma vie ! Moi qui, crédule, et fière de sa foi ,

L'aimais en sœur, en amante, en amie '.

Tandis qu'en proie à de stériles vœux

Dans ce séjour, désert par son absence ,

Mes yeux en vain appellent sa présence ,

Au cher objet de ses indignes feux ,

A ma rivale il vante sa constance.

Matin et soir c'est avec elle , hélas !

Qu'il cherche l'ombre , et foule la verdure ;

Matin et soir il vole sur ses pas

Chanter l'amour, admirer la nature ;

Les bois, les prés, les vallons, les coteaux ,

Tout favorise une ardeur qui m'outrage.

Quand , désolé , mon luth plaint seul mes mau x ,

Que jour et nuit je pleure le volage ,

Près d'elle assis sous de riants berceaux...

Mais éloignons ce penser qui m'accable ,

N'ajoutons pas moi-même à mon tourment.

Ces lieux, séjour d'un infidèle amant,

Ces lieux du moins ne l'ont pas vu coupable ;

Une rivale , insultant à mon deuil ,

De ses plaisirs n'y porta point l'orgueil.

D'un pur amour ils gardent plus d'un gage .

Là tout encor m'entretient de sa foi ; J'y veux en paix, seule avec son image, Quelques instants le croire encore à moi.

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