LES SOUHAITS
Si les dieux plus cléments exauçaient mes désirs , On ne me verrait pas ceindre le diadème ;
La majesté du rang suprême Intimide les Ris , les Grâces , les Plaisirs. Fils de la Liberté , nourri par le Mystère , L'Amour fuit des palais le magnifique ennui , Pour aller se jouer sous un toit solitaire :
Un seul roi fut aimé pour lui.
On ne me verrait pas une richesse immense ; J'appris à dédaigner sa vulgaire influence. Et d'ailleurs trop d'argent mène à trop de soucis.
Une paresseuse opulence
Me plaît moins qu'une active aisance.
L'essaim de vils flatteurs , à ses festins assis ,
Ne vient pas de sa complaisance
Chaque jour mendier le prix.
ÉLÉGIESi 63
Biens, dignités, grandeurs, je redoute vos chaînes,
Va le poids envié des fortunes humaines,
Plus pesanl à porter que le poids du malheur.
Un plus noble besoin fait palpiter mon cœur.
Je voudrais, de mon sexe aimable et doux modèle,
De l'esprit, des talents, posséder les trésors;
Je voudrais sous mes doigts , de la lyre immortelle
Trouver les plus touchants accords ; Et dans Paris charmé de mes heureux efforts ,
Des belles être la plus belle.
Je voudrais... Mais pourquoi formerais-je des vœux? Tous ces dons enchanteurs , et la gloire elle-même Ne pourraient adoucir mon destin rigoureux ;
Une autre plaît à ce que j'aime.