‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 24 sur 77 · L'ANNIVERSAIRE · texte numérisé non relu

L'ANNIVERSAIRE

Ce jour amène votre fête ; Il fut, je m'en souviens , un de mes plus beaux jours , A cet âge où , rêvant de fidèles amours ,

Et vaine de votre conquête , Je crus que nos liens devaient durer toujours. Jamais , m'aviez-vous dit , aucune amante encore Ne vous avait chanté dans ce jour cher au cœur. Dieux! avec quel plaisir' j'en saluai l'aurore ! Qu'il est délicieux à l'objet qu'on adore

De donner un nouveau bonheur !

Ma main , à vous plaire empressée , Vous offrit un bouquet, emblème de mes feux ;

7o ÉLÉGIES.

Ce bouquet se forma d'une seule pensée

Et d'un chiffre de mes cheveux.

Oh ! comment retracer l'ivresse Que je vis éclater dans vos regards charmants !

Combien ce gage de tendresse

Me valut d'aimables serments !

Ah ! promettons tous deux que cet anniversaire , Me disiez-vous le cœur et tous les sens émus , Nous reverra toujours nous aimer et nous plaire. Il revient; je vous aime, et vous ne m'aimez plus !

A UJNK AMIE.

Quels soins nouveaux et chers mont ravi votre vue - Et de nos entretiens interrompent le cours?

J'aurai demain compté huit jours Depuis que , solitaire , inquiète , abattue , Contre le noir poison qui lentement me tue

J'appelle en vain votre secours.

Ma douleur, toujours plus cruelle,

N'a d'asile que votre foi.

Amie indulgente et fidèle ,

Accourez me sauver de moi ;

Ayez pitié d'une insensée Qui , malgré soi cédant au dieu qui la poursuit, Tant que dure le jour, tant que dure la nuit ,

S'abyme en la même pensée.

De mon fatal amour comment puis-je guérir?

Que me servira mon courage ?

Alors que d'un ingrat je cherche à m 'affranchir Je serre encor les nœuds de mon fol esclavage; Tout vient me rappeler mes doux plaisirs perdus.

Hélas ! et contre moi conspire Même mon tendre luth , que n'encouragent plus

Les nobles accords de sa lyre.

Mais sont-ils à jamais rompus

Ces nœuds divins qu'avaient tissus

L'amitié, l'amour, et la gloire?

Un bonheur si parfait, tant de soins assidus

Ne laissent-ils nulle mémoire ?

Serais-je veuve de son cœur?

Celle dont l'adroite imposture

Médita gaîment mon malheur Vaut-elle qu'il immole une flamme si pure ! Ah ! dites-moi que , las de ses charmes trompeurs , Il reviendra bientôt, honteux de son parjure ,

Payer ma constance et mes pleurs ; Et sur-tout n'allez pas , trop vive à mon injure , Du récit de ses torts aggraver mon ennui : Je peux lui pardonner les tourments que j'endure, Non pardonner le mal qu'on me dirait de lui.

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