L'ANNIVERSAIRE
Ce jour amène votre fête ; Il fut, je m'en souviens , un de mes plus beaux jours , A cet âge où , rêvant de fidèles amours ,
Et vaine de votre conquête , Je crus que nos liens devaient durer toujours. Jamais , m'aviez-vous dit , aucune amante encore Ne vous avait chanté dans ce jour cher au cœur. Dieux! avec quel plaisir' j'en saluai l'aurore ! Qu'il est délicieux à l'objet qu'on adore
De donner un nouveau bonheur !
Ma main , à vous plaire empressée , Vous offrit un bouquet, emblème de mes feux ;
7o ÉLÉGIES.
Ce bouquet se forma d'une seule pensée
Et d'un chiffre de mes cheveux.
Oh ! comment retracer l'ivresse Que je vis éclater dans vos regards charmants !
Combien ce gage de tendresse
Me valut d'aimables serments !
Ah ! promettons tous deux que cet anniversaire , Me disiez-vous le cœur et tous les sens émus , Nous reverra toujours nous aimer et nous plaire. Il revient; je vous aime, et vous ne m'aimez plus !
A UJNK AMIE.
Quels soins nouveaux et chers mont ravi votre vue - Et de nos entretiens interrompent le cours?
J'aurai demain compté huit jours Depuis que , solitaire , inquiète , abattue , Contre le noir poison qui lentement me tue
J'appelle en vain votre secours.
Ma douleur, toujours plus cruelle,
N'a d'asile que votre foi.
Amie indulgente et fidèle ,
Accourez me sauver de moi ;
Ayez pitié d'une insensée Qui , malgré soi cédant au dieu qui la poursuit, Tant que dure le jour, tant que dure la nuit ,
S'abyme en la même pensée.
De mon fatal amour comment puis-je guérir?
Que me servira mon courage ?
Alors que d'un ingrat je cherche à m 'affranchir Je serre encor les nœuds de mon fol esclavage; Tout vient me rappeler mes doux plaisirs perdus.
Hélas ! et contre moi conspire Même mon tendre luth , que n'encouragent plus
Les nobles accords de sa lyre.
Mais sont-ils à jamais rompus
Ces nœuds divins qu'avaient tissus
L'amitié, l'amour, et la gloire?
Un bonheur si parfait, tant de soins assidus
Ne laissent-ils nulle mémoire ?
Serais-je veuve de son cœur?
Celle dont l'adroite imposture
Médita gaîment mon malheur Vaut-elle qu'il immole une flamme si pure ! Ah ! dites-moi que , las de ses charmes trompeurs , Il reviendra bientôt, honteux de son parjure ,
Payer ma constance et mes pleurs ; Et sur-tout n'allez pas , trop vive à mon injure , Du récit de ses torts aggraver mon ennui : Je peux lui pardonner les tourments que j'endure, Non pardonner le mal qu'on me dirait de lui.