LE DESIR
Qui me consolera dans ma douleur profonde ? Qui pourra désormais m'attacher à ce monde , Où je marche sans but, sans espoir, sans appui '
Charme unique de ma pensée , Dernière illusion que j'ai tant caressée,
Ah! sans retour vous avez fui?
J'en ai fait l'épreuve pénible, L'homme n'est inconstant ni cruel à demi.
C'est à tort que l'on croit possible Dans l'amant que l'on perd de gagner un ami.
Mes soins , ma douce complaisance ,
Mon infatigable indulgence , N'ont pu me conserver quelque part en son cœur Jalouse seulement de son propre bonheur, Je lui sacrifiai jusqu'à mon amour même. J'ai fait plus; j'essayai d'aimer celle qu'il aime.
Souvent en tiers à leurs côtés , Témoin de leurs débats , j'apaisai leur colère. De l'une j'excusais les soupçons emportés ,
Et de l'autre l'humeur légère.
Ainsi mes efforts généreux Du raccommodement leur préparaient les charmes ; Et moi , qui redoutais de les voir trop heureux , J'allais dans le secret m'abreuver de mes larmes. Dévoûment plus qu'humain ! Qu'en ai-je recueilli? Des souvenirs amers , le dédain et l'oubli !
Un jour, un seul jour l'infidèle , Fatigué d'être en butte à d'insolents rivaux , Et d'essuyer toujours querelle sur querelle , Vint chercher près de moi l'amour et le repos. J'en crus son repentir et sur-tout son ivresse. Hélas ! dans son dépit, il trompait ma tendresse!... Depuis ce jour, en proie à de nouveaux tourments, Je ne peux apaiser le feu qui me dévore. M'abandonneras-tu , déesse des amants !
O toi que l'univers adore ,
Vénus ! ô Vénus , je t'implore !
Descends des cieux, viens mettre un termeàmon chagrin; Fais qu'un semblable jour pour moi renaisse encore, Et que je meure à son déclin.