‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 27 sur 77 · A MA LYRE · texte numérisé non relu

A MA LYRE

Éloigne-toi de mes yeux , ô ma lyre !

Ta vue ajoute aux peines de mon cœur : Ce cœur trop tendre , usé par la douleur, Ne nourrit plus un orgueilleux délire ; Les arts n'ont plus de charme qui in attire ; Je ne crois plus à leur espoir trompeur : Éloigne-toi de mes yeux , ô ma lyre !

Eh ! que me sert , amante d'Apollon , D'avoir déjà consommé tant de veilles A méditer ses pompeuses merveilles !

Ai-je attaché quelque gloire à mon nom? A mes amis en ai-je été plus chère ?

Et, quand du sort j'éprouve la rigueur, Mes vers heureux des maîtres de la terre Ont-ils fixé le regard protecteur?

Sinforme-t-on sous quel toit je respire? Ta vue ajoute aux peines de mon cœur ;

Éloigne-toi «le mes yeux , <» tua lyre!

Où sont les biens, les magiques présents Dont tant de fois lu me fis la promesse? Ce dieu chéri dune folle jeunesse , L'Amour, objet de mes plus doux accents, L'Amour, flatté de mon constant hommage , Chanté par moi, devint-il moins volage?

Un seul instant il essuya mes pleurs ; Un seul instant je l'ai vu me sourire. Tu ne peux plus chanter que mes malheurs ; Éloigne-toi de mes yeux , ô ma lyre !

Le temps n'est plus où tes accords touchants

Savaient et peindre et bannir mes alarmes ;

L'ingrat, hélas! dont j'essuyai les larmes,

Elmandre alors , Elmandre aimait tes chants.

Je ramenais leur plaintive harmonie

A l'unisson de ce cœur désolé ;

Mais , de son deuil par mes soins consolé ,

Il a bientôt délaissé son amie ,

Et tes soupirs l'ont en vain rappelé.

o ÉLÉGIES.

Par quel attrait son amante nouvelle

A-t-elle pu me dérober sa foi?

Elle a compté plus de printemps que moi ;

Elle aime moins ; elle n'est pas plus belle r

Et, si j'en crois nos poètes chéris,

Dans l'art des vers impuissante rivale ,

Elle est bien loin de marcher mon égale.

Mais d'elle enfin le perfide est épris;

Mais ses accords sont les seuls qu'il admire ;

Mais sur les tiens il leur donne le prix :

Éloigne-toi de mes yeux , ô ma lyre !

Eh ! quoi , ma lyre , au mépris de mes vœux , Tu retentis et plus triste et plus tendre , Et sous mes doigts ton accent douloureux Incessamment soupire Elmandre , Elmandre ! Qu'espères-tu de tes efforts nouveaux?

Avec ce nom calmeras-tu mes maux?

Je ne veux plus te l'entendre redire : De mon amour je n'ai pu me guérir ; Je ne veux plus que pleurer et mourir : Éloigne-toi de mes yeux, ô ma lyre!

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