‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 28 sur 77 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

A UJN AMANT.

Abj urez l'agréable erreur Qui près de moi loujours malgré moi vous attire, De l'amour abusé j'ai connu le martyre , Et je hais de l'amour jusques à son bonheur.

Vous êtes jeune , aimable et tendre ; On se plait à vous voir, on aime à vous entendre :

Vous m'entourez de soins flatteurs ;

Vous avez des regards célestes :

Mais de semblables soins m'ont été si funestes ! De semblables regards ont été si trompeurs ! Non, non, n'espérez pas qu'à vos vœux je réponde; Je sais trop qu'il n'est plus de fidèles amants :

L'ingrat qui me jurait une ardeur si profonde

M'apprit à douter des serments.

Sur son front comme sur le vôtre

Brillait une douce candeur; Nous avions mêmes goûts , même esprit , même cœur : L'un desirait toujours ce que desirait l'autre ;

Nous brûlions de la même ardeur :

Qui n'eût, hélas ! pensé que c'était pour la vie !

Qui n'eût envié nos amours !

Un soir il me quitta d'une voix attendrie ;

Il me promit de m'adorer toujours :

Le lendemain je fus trahie.

A UNK INSENSIBLE.

Votre cœur, que l'Amour n'a pas instruit encore,

lîlàme l'ivresse des amants;

Sans désirs , sans crainte , il ignore Le prix de leurs plaisirs, le prix de leurs tourments.

Si dans le cercle l'on en cause ,

Vous riez; et du sentiment

Vous parlez aussi froidement

Que vous parleriez d'autre chose.

Lorsque je viens à vous les yeux de pleurs novés ,

Lorsque ma voix vous fait entendre Que mes plus tendres feux de froideur sont payés ,

Par vous mes pleurs sont essuyés ; Mais vous vous étonnez que j'en puisse répandre. Un jour viendra , ce jour peut-être n'est pas loin ,

Où vous sentirez le besoin

D'épancher dans le cœur d'une autre

86 ÉLÉGFES.

Tout ce que maintenant j'épanche dans le vôtre.

Vous saurez alors de quel prix

Sont un mot , un geste , un souris ,

Accordés par l'objet qu'on aime; Vous saurez qu'il fait seul nos plaisirs , notre ennui ; Vous saurez comme on peut renoncer à soi-même

Pour mieux se dévouer à lui ;

Vous saurez qu'on peut être belle

Et craindre de manquer d'appas ; Qu'avec tous ces talents dont le pouvoir appelle

Tant d'adorateurs sur nos pas, Nous pouvons craindre encor de faire un infidèle ; Vous saurez qu'en amour il n'est que trop d'ingrats; Vous apprendrez enfin qu'une ame bien éprise

Est humble et vaine en même temps , Et qu'on peut mépriser les vœux de vingt amants

Pour un amant qui vous méprise.

Page 1