‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 34 sur 77 · L ANNIVERSAIRE · texte numérisé non relu

L ANNIVERSAIRE

Les ombres de la nuit par degrés disparaissent, Par degrés du matin les premiers feux renaissent; Et rhomme , tourmenté de la soif du bonheur,

Pour calmer les maux qui le pressent , Redemande à ce jour une nouvelle erreur. O toi , que du repos charme encor la douceur, Sophie , ô ma compagne et si tendre et si chère ! Dont l'amitié fidèle adoucit mon malheur, Réveille-toi ; marchons vers le tombeau d'un père ,

Et sur tes pas conduis ta sœur.

Depuis le moment redoutable

Où vint la mort inexorable

Le frapper jusque sur mon cœur, Quatre saisons n'ont point consolé ma douleur ; Par-tout elle me suit, par-tout elle m'accable.

Hélas ! contre mon désespoir

io8 ÉLÉGIES.

Toutes deux vous m'avez constamment défendue : Accourez : non, jamais le besoin de vous voir Ne se fit mieux sentir à mon aine éperdue. Des ornements du deuil les autels sont couverts ;

Les sons de la cloche funèbre , Et de lugubres cris prolongés dans les airs , Ne m'annoncent que trop , par leurs tristes concerts,

La triste fête qu'on célèbre.

Dans la tombe sacrée où dorment mes aïeux

Quel spectacle afflige mes yeux !

Déjà ma mère désolée, Sous de longs crêpes noirs , plaintive , échevelée ,

Vient tomber au pied du cercueil !

Couverte des voiles du deuil , Sur ses pas en pleurant ma sœur marche accablée. Unissons nos regrets à leurs regrets pieux : Pour tromper les tourments d'une absence éternelle, Redemandons mon père à sa tombe cruelle ;

Peut-être elle entendra nos vœux !

Qu'ai-je vu ! Ma sœur et ma mère

S'éloignent d'un pas égaré; Le monument s'ébranle , un son inespéré

Perce le marbre (iiiieruire

D'effroi , de plaisir palpitani ,

Mon cœur a tressailli : celle voix qu'il entend, C'est celle de mon père. Approchons; il m'appelle:

Crois-moi, dit-il, ô mou Adèle!

De tes larmes suspends le cours.

Sur la terre d'exil où sont comptés nos jours , Qui peut nombrer nos maux et même les connaître? L'homme le plus heureux est trahi par le sort;

Ah ! loin de pleurer sur sa mort ,

Il faut pleurer quand il va naître !

Prompt à récompenser comme lent à punir, Dieu reçoit dans son sein les âmes généreuses. Moi, j'y goûte la paix des ombres vertueuses ; Mérite que ce Dieu daigne nous réunir.

Contemple la voûte éternelle ,

Reste à jamais digne de moi.

Sans cesse mon ame immortelle Comme un astre sauveur brillera devant toi. N'en doute pas , mon père , à tes leçons fidèle Je ne quitterai point le sentier de l'honneur;

Ta vertu sera mon modèle :

i,o ÉLÉGIES.

Hélas ! trop peu long-temps je lui dus mon bonheur. Et vous de mes regrets toujours plus attendries , Mes compagnes, venez sur ce tombeau pieux ;

Venez d'un pas religieux Jeter la scabieuse et les roses fleuries :

Et quand je fermerai les yeux , Joignez ici ma cendre à ses cendres chéries.

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