A UN DÉPUTÉ
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1 1 impitoyable Mort , qui rompt votre hyménée , Rompt ces tendres liens qu'on ne remplace pas.
A la fleur des ans moissonnée , Une épouse chérie expire entre vos bras ;
Que je plains votre destinée !
Il est si douloureux de perdre sans retour L'objet de tant de soins , l'objet de tant d'amour ! La douleur qui flétrit le printemps de votre âge Augmente en l'affligeant ma fidèle amitié ; A vos justes regrets mon cœur associé , Depuis que vous souffrez , vous aime davantage : La tendresse s'accroît encor de la pitié.
Cependant d un cruel veuvage
Tremblez de prolonger les maux ; Les pleurs , où de vos nuits vous perdez le repos ,
ii2 ÉLÉGIES.
Vous raviront bientôt la force et le courage. Si vous aviez le droit de languir isolé ,
Je n'oserais sécher vos larmes :
Je sais que les chagrins ont quelquefois des charmes, Que souvent notre cœur craint d'être consolé.
Mais votre devoir vous envie
Ce soulagement au malheur ;
Des droits du peuple défenseur,
Donnez-lui toute votre vie.
Sacrifiez votre douleur Aux importants travaux que son choix vous impose : Le temps où vous pleurez est perdu pour sa cause. Songez d'ailleurs, songez, pour calmer votre ennui, Que le ciel rigoureux , qui vous frappe aujourd'hui, Clément, du moins pour vous , même dans sa colère , Vous sauva du destin de tant d'infortunés Qui virent leurs amis près d'eux assassinés.
L épouse à votre amour si chère Ne tendit point sa tête au fer des échafauds ; Son sang ne coula point sous la main des bourreaux :
Une foule ivre de crimes Ne la poursuivit point de ces cris insultants ,
Seuls adieux qu'obtenaient tanl d'illustres victimes;
Là seule hymne funèbre accordée an v mourants.
Paisible, elle recul en perdanl la Lumière D'une main qu'elle aimait les plus touchants secours, D'un époux recueillit les consolants discours, El sa mère éplorée a fermé sa paupière.
I leureuse, au bout de sa carrière ,
Do vous avoir vu déli\ ré Des deux sanglants décrets qui vous ont illustré ('9) ,
De son corps son ame exhalée S'est dans le sein de Dieu doucement envolée : Elle y repose en paix , et vos malheurs un jour Auraient peut-être encore alarmé son amour.
Du poste où Thonneur vous enchaîne Tous les périls encor ne sont pas écartés : Que de troubles nouveaux nous prépare la haine Des esprits turbulents aux discordes portés ! Combattez-les; entrez plus vaillant dans l'arène : Au lieu de déplorer toujours votre malheur,
Sachez en tirer avantage ,
Et de la perte du bonheur
Qu'un beau laurier vous dédommage.
r 1 4 ÉLÉGIES.