‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 36 sur 77 · LA NAISSANCE DUNE FILLE · texte numérisé non relu

LA NAISSANCE DUNE FILLE

Sur ces tapis de fleurs que le printemps déploie ,

Dans un poétique repos J'endormais les douleurs dont mon ame est la proie ; Un songe , m'entourant d'agréables tableaux ,

Me rend une trompeuse joie :

Un songe est le seul bien qui reste aux malheureux !

Tout-à-coup jusqu'à mon oreille Se prolonge en échos un chant voluptueux

Qui me surprend et me réveille :

J'écoute ; je regarde , et vois sortir du bois Laure , unissant les sons de sa voix virginale

Aux sons du fifre , du hautbois ,

Et de la flûte pastorale.

Vingt beautés du hameau s'empressent sur ses pas ; Le sol fuit effleuré sous leurs pieds délicats. De leurs amants fidèles

Le cortège près «ICI les Vient jjMiiiM'in se rangei •, El pour former lu danse La beÉvène en cadence

S'approche du bercer.

L'œil incertain de la bergère .

Par la crainte el l'espoir animé tour-à-tour, Sans blesser la pudeur austère , Promet des faveurs à l'amour :

Le berger en foulant une fraîche verdure Ressent le trouble du désir :

Un serrement de main a rompu la mesure ;

Mais il unit les cœurs qu'assemble le plaisir.

Non loin, près d'un autel dressé par la nature , Plusieurs groupes d'époux amants Vers les cieux élèvent leurs chants.

— C'est toi seul , ô dieu d'hyménée !

Dont nous célébrons les bienfaits , Toi qui de bonheur et de paix Composes notre destinée !

n6 ÉLÉGEES.

— Oui, reprit un vieillard, de toi nous recevons Les biens qui des mortels consolent la misère :

O saint Hymen ! nous te devons

Le nom d'époux, le nom de père.

Plaignons ceux qui n'ont point éprouvé tes douceurs! Tu doubles nos plaisirs , tu charmes nos malheurs !

— C'est toi seul , ô dieu d'hyménée !

Dont nous célébrons les bienfaits , Toi qui de bonheur et de paix Composes notre destinée !

— Chaste Hymen , ajoute Selmour, Fier de ce premier-né , soutien de sa famille ,

Je viens te consacrer le jour Où tu m'enrichis d'une fille ; L'un sera mon orgueil, et tous deux mon amour.

— C'est toi seul, ô dieu d'hyménée ! Dont nous célébrons les bienfaits , Toi qui de bonheur et de paix Composes notre destinée ! —

Leur front au même instant s<; couronne de fleuri

Mais soudain la joie est troublée:

Une femme paraît, plaintive, échevelée; El ses attraits flétris , ses yeux baignés de pleurs ,

llévélent de longues douleurs :

Elle voit cette pompe ; elle en est accablée.

— Quoi ! ces transports , ces chants , ces guirlandes, ces fleu rs

Voilà donc l'encens que vos cœurs Brûlent sur les autels de la reconnaissance ! Insensés ! qui , dansant autour de leurs berceaux , De vos filles ainsi célébrez la naissance !

Là regardez ces deux tombeaux ; Des chagrins dune mère ils conservent l'histoire : Là dorment à jamais , éteintes tour-à-tour, Mes filles , du hameau l'ornement et la gloire , Jeunes et tendres fleurs que moissonna l'amour! L'une , de sa vertu trop constante victime , Mourut pour taire un feu qu'on nomme illégitime ;

L'autre , sous les lois du devoir,

Goûtait, épouse fortunée, Ces transports amoureux que'permet l'hyménée :

n8 ÉLÉGIES.

Son cœur, plein d'un époux, déjà s'ouvre à l'espoil De doubler une image et si douce et si chère ;

Heureuse bientôt d'être mère,

Déjà ses mains ont préparé Le berceau filial par l'hymen consacré :

Son fils naît; elle expire :

Elle n'a point, hélas! joui de son sourire. —

A ces mots tous ont fui d'un pas silencieux ,

La douleur dans le sein, les larmes dans les yeux.

A MADAME DANTREMONT

(HOURDIC-VIOT),

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