SUR SON DEPART PTOR BARCELONE
Digne objet des vœux dune amie , Vous dont le commerce enchanteur
Éclairait mon esprit et consolait mon cœur Des infortunes de ma vie , Je vous perds ! Un tendre devoir
Sur les pas d'un époux loin de moi vous entraîne. Ah ! si pour adoucir ma peine
Je pouvais du retour nourrir le doux espoir !
Dans ce vaste Paris , où , par-tout recherchée , Pour satisfaire à tant de vœux , Vous étiez présente en cent lieux, Moi, vivant obscure et cachée ,
i2o ÉLÉGIES.
Vous désirant matin et soir,
Lorsque je n'avais pu vous voir
Du moins je vous avais cherchée ;
Votre image du moins toujours De mon cœur abattu relevait la constance ,
Et j'appelais à mon secours
Le charme de votre présence.
Comment remplirai-je mes jours ,
Et le vide de votre absence ?
Relirai-je ces vers exquis, Dignes d'Anacréon , presque dignes d'Horace , Ces vers pleins d'abandon , de finesse , et de grâce , Et qu'on retient d'abord sans les avoir appris ?
Rien de vous ne me dédommage ;
Vos vers accroîtraient ma douleur :
Je ne verrais dans votre ouvrage Qu'une raison de plus d'en regretter l'auteur.
Ah ! ce départ que je déteste
Rappelle à mes sens éperdus
L'adieu si cher et si funeste
D'amis que je n'ai point revus !
Comme eux peut-être, hélas! ne vous verrai-je plus (*0)!
ÉLÉGIES. iai
Peut-être, lorsqu'un sort prospère
Vous ramènera dans Paris ,
Les Alpes et le tnonl ( !enis Entre la France; et moi poseront leur barrière ! Sous un ciel ennemi reléguée à mon tour, Peut-être alors , plaintive , solitaire ,
Loin de ma sœur, loin de ma mère,
Loin d'un fils mon dernier amour,
Je verrai.finir ma carrière !
Pardonnez si mon cœur d'un douloureux tableau
Afflige votre ame sensible ;
Puis-je voir l'avenir en beau
Quand le présent est si pénible !
Croyez du moins , croyez , quel que soit mon destin, Qu'à vous aimer toujours je placerai ma gloire, Et que vos traits chéris vivront dans ma mémoire Tant que le moindre souffle animera mon sein.