‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 37 sur 77 · SUR SON DEPART PTOR BARCELONE · texte numérisé non relu

SUR SON DEPART PTOR BARCELONE

Digne objet des vœux dune amie , Vous dont le commerce enchanteur

Éclairait mon esprit et consolait mon cœur Des infortunes de ma vie , Je vous perds ! Un tendre devoir

Sur les pas d'un époux loin de moi vous entraîne. Ah ! si pour adoucir ma peine

Je pouvais du retour nourrir le doux espoir !

Dans ce vaste Paris , où , par-tout recherchée , Pour satisfaire à tant de vœux , Vous étiez présente en cent lieux, Moi, vivant obscure et cachée ,

i2o ÉLÉGIES.

Vous désirant matin et soir,

Lorsque je n'avais pu vous voir

Du moins je vous avais cherchée ;

Votre image du moins toujours De mon cœur abattu relevait la constance ,

Et j'appelais à mon secours

Le charme de votre présence.

Comment remplirai-je mes jours ,

Et le vide de votre absence ?

Relirai-je ces vers exquis, Dignes d'Anacréon , presque dignes d'Horace , Ces vers pleins d'abandon , de finesse , et de grâce , Et qu'on retient d'abord sans les avoir appris ?

Rien de vous ne me dédommage ;

Vos vers accroîtraient ma douleur :

Je ne verrais dans votre ouvrage Qu'une raison de plus d'en regretter l'auteur.

Ah ! ce départ que je déteste

Rappelle à mes sens éperdus

L'adieu si cher et si funeste

D'amis que je n'ai point revus !

Comme eux peut-être, hélas! ne vous verrai-je plus (*0)!

ÉLÉGIES. iai

Peut-être, lorsqu'un sort prospère

Vous ramènera dans Paris ,

Les Alpes et le tnonl ( !enis Entre la France; et moi poseront leur barrière ! Sous un ciel ennemi reléguée à mon tour, Peut-être alors , plaintive , solitaire ,

Loin de ma sœur, loin de ma mère,

Loin d'un fils mon dernier amour,

Je verrai.finir ma carrière !

Pardonnez si mon cœur d'un douloureux tableau

Afflige votre ame sensible ;

Puis-je voir l'avenir en beau

Quand le présent est si pénible !

Croyez du moins , croyez , quel que soit mon destin, Qu'à vous aimer toujours je placerai ma gloire, Et que vos traits chéris vivront dans ma mémoire Tant que le moindre souffle animera mon sein.

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