UNE NUIT D'EXIL
D'un jour d'exil sonne la dernière heure ; Autour de moi tout , hélas ! dort en paix ; Je veille seule en ma triste demeure , Seule, livrée à d'éternels regrets.
Je pense à toi , bon et généreux père , Dès ton automne au cercueil descendu !
Je pense à vous , ami noble et sincère , Vous, égorgé sous mon œil éperdu (2I)!
Je vois toujours cet échafaud horrible Qu'à la vertu le crime osa dresser ; J'entends toujours l'adieu qu'un cœur sensible Dut tant souffrir de ne point m'adresser !
Depuis ce coup, qui m'eût ôté la vie
Si le chagrin nous ouvrait 1<- tombeau ,
Chaque moment de ma longue ajjonie Me vil ;;éinir sur un révère nouveau.
.lai tout perdu, bonheur, santé , richesse ; Et, quand par eux pouvaient finir mes maux , Il m'a fallu douter de la tendresse De ces amis qui mont dû le repos !
L'aspect d'un fils et l'amour d'une mère Savaient encore au monde m'attacher, Entre leurs bras j'oubliais ma misère ; Mais de leurs bras je me vis arracher.
Loin d'eux j'habite une perfide terre
( )ù d'un époux m'attendaient les malheurs ;
Je vois ses yeux, privés de la lumière ,
Ne plus s'ouvrir que pour verser des pleurs !
De ce tableau , qui par degrés me tue , Je veux en vain m'épargner la douleur; Si quelquefois j'en détourne ma vue,
Je le retrouve aussitôt dans mon cœur.
Matin et soir en tous lieux il m'obsède ; Il vient la nuit en rêve me chercher : A ma souffrance il n'est point de remède , Et je n'ai pas un cœur où l'épancher !
Toi, des mortels l'incorruptible juge, Qui seul connais mes tourments , mes combats , Du malheureux cher et dernier refuge , Dieu de bonté , ne m'abandonne pas !
Prends en pitié mon trouble déplorable ; Dieu , soutiens-moi contre l'adversité ; Ne permets pas qu'un désespoir coupable M'ôte le jour et ton éternité !
O doux effet d'une ardente prière !
J'ai recouvré le calme et la raison ; Un sommeil pur vient clore ma paupière ; Dieu ! je m'endors en bénissant ton nom.