LA PALME ACADÉMIQUE
Il s'ouvre enfin pour moi l'asile des neuf sœurs :
L'implacable Vénus m'en défendait l'entrée;
Mais undicu plus humain sèche aujourd'hui mes pleurs.
Attachez à mon front la couronne sacrée,
La couronne autrefois pour Sapho préparée ;
Mes droits à ses droits sont égaux ; Muses, comme elle aussi j'ai vaincu mes rivaux ! Succès inattendu, délices enivrantes !
Bientôt avec honneur cité Mon nom retentira sous les voûtes savantes Où , dans ces temps trop courts de ma félicité,
i?.8 ÉLÉGIES.
Mon ame, moins vaine qu'aimante, Dans le volage objet de ma flamme constante D'un triomphe plus cher goûta la volupté.
0 souvenir rempli de charmes, Le temps n'a point détruit ton ascendant vainqueur,
Tant de souffrances , tant de larmes ,
N'ont pu t'effacer de mon cœur.
Incessamment Elmandre occupe ma mémoire.
Je le vois beau d'amour, de jeunesse, de gloire, Avec un tendre orgueil tomber à mes genoux , Y déposer le prix de sa chaste victoire, Et de ma flamme encore attendre un prix plus doux.
Heureuse et fatale journée ,
Seule elle a fait ma destinée.
C'est alors qu'empressée à conquérir pour lui, Et de doctes amis et d'éclatants suffrages , Il m'enlevait son cœur, m'arrachait son appui ; Une autre recueillait le prix de tant d'hommages !
Après un funeste abandon ,
Dans ma douleur toujours nouvelle, Errante jour et nuit, autour de l'Hélicon , Sans le rejoindre hélas ! je cherchais l'infidèle.
ÉLÉGIES. iog
Lasse d'aimer et de souffrir,
De mon chagrin j'allais mourir.
Quand la muse aux amours si chère Eul pitié de mon deuil et flatta ma misère : Sa Lyre a quelquefois gémi sur mes malheurs,
Avec moins d'amertume alors coulaient mes pleurs. Un soir qu'au sein des bois qu'arrose le Permesse,
Les soupirs d'Érato caressaient ma tristesse,
M apparut le dieu de ces bords : De pas trop bien connus il m'enseigna les traces ; Elmandre reposait entre les bras des Grâces , De sa lyre à ses pieds expiraient les accords. Jai tressailli , mon sein et palpite et s'enflamme , Un désir orgueilleux s'empare de mon ame ; J'y cède : un dieu lui-même inspire mes transports. Tu voudrais m'arracher à mon noble délire ,
Amour, tu viens de me sourire !. ..
J'ai deviné ta ruse, et j'échappe à ses traits.
Au culte immortel de la lyre
Je me consacre désormais.
Ainsi que toi , souvent les muses infidèles
Donnent peu de moments heureux ;
i3o ÉLÉGIES.
Elmandre, accoutumé de vaincre des rebelles,
Les soumet lui seul à ses vœux.
N'importe, maintenant leur palme est ma conquête ; A ses regards surpris elle ornera ma tête , Et peut-être ce cœur qui m'a manqué de foi Pourra se repentir et battre encor pour moi !
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