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d'une captivité que devaient adoucir tant de témoignages d'estime et d'amitié ; elle confia l'expression de ses sentiments à sa lyre fidèle. Il y avait du courage dans la manifestation de ces sentiments , puisque la pension de madame Dufrenoy dépendait du pouvoir; mais elle ne mit jamais de calcul dans sa conduite: elle se laissait aller sans réflexion à ces mouvements du cœur qui n'ont rien de commun avec l'intérêt personnel.
Cependant de nouveaux malheurs la menaçaient; sa santé s'affaiblit, et sa mère, madame Duchauffour , modèle de vertu et de bonté, fut atteinte en même temps d'une maladie grave, qui, malgré les soins assidus de ses filles , et les secours de l'art , la conduisit par degrés au dernier terme de sa vie. Madame Duchauffour était parvenue à un âge avancé; mais sa mort frappa sa famille comme si elle eût été imprévue. Le choc que madame Dufrenoy en reçutfutviolent; et, comme par
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un (liste pressent iinriil de sa destinée, elle
marqua elle-même dans le cimetière du P. Lachaise la place qu elle devait ])ientôt occuper près de sa mère.
Tous les moyens possibles furent employés pour la distraire de sa douleur: ses amis redoublèrent d'attention pour elle; la tendresse de sa sœur et du reste de sa famille l'entoura de soius et de consolations; on s'efforça de diriger son imagination vers les études et les travaux qui avaient eu tant de charmes pour elle, et l'on parvint à adoucir, sinon à calmer entièrement ses regrets; les succès de son fils, heureux dans un mariage bien assorti, et la vue de ses petits-fils la rattachèrent à l'espérance et à la vie.
Madame Dufrenoy vint alors occuper dans la rue des Francs-Bourgeois un joli appartement qui touchait à un petit jardin auquel elle attachait beaucoup de prix. L'une de ses occupations favorites était de l'orner de fleurs
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de toutes les saisons , et de beaux rosiers. Elle attendait avec impatience le retour de la belle saison; mais le printemps ne devait plus renaître pour elle: les fleurs qu'elle avait cultivées ont servi de guirlandes funèbres, et se sont fanées sur un tombeau.
Une indisposition subite qui ne présentait d'abord aucun caractère alarmant surprit madame Dufrenoy vers le milieu du mois de mars 182 5; le froid était encore rigoureux, et une affection de poitrine se déclara si vivement qu'il fut impossible d'en arrêter les progrès. Madame Dufrenoy vit approcher la mort avec fermeté: l'espoir d'une vie future ne l'avait jamais abandonnée; elle mourut avec la conviction quelle allait rejoindre une mère adorée , et qu'elle reverrait un jour les objets de ses plus chères affections.
Cette perte affligea profondément sa famille ; et les amis des lettres françaises partagèrent ses regrets. M. le comte de Ségur paya
«n tribut d'estime à son ancienne amie, e1 M. Tissoi prononça sur sa tombe un discours rempli de ccitc touchante éloquence à laquelle Tari est étranger et qui prend sa source dans lé cœur ('). Madame Dufrcnoy repose auprès de sa mère. Un monument funéraire dune élégante simplicité indique la dernière demeure de, cette femme illustre qui, dans une vie si diversement agitée, s'est acquis des droits légitimes à la gloire.
En lisant avec quelque attention le recueil de ses poésies, on aperçoit facilement les causes du grand succès qu'elles ont obtenu, et le principe de vie qui les fera triompher de l'oubli. Si elle a cherché dans les formes cette sagesse de composition et cette pureté de goût qui distinguent les modèles classiques, dans tout le reste elle s'est montrée originale et créatrice. L'expression de ses sentiments, re-
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levée par une délicieuse harmonie , est si naïve, quelle touche et émeut comme l'accent réel des passions. La poésie chez elle ne paraît point un art; c'est seulement un langage plus relevé que le langage vulgaire, et plus propre à rendre des impressions exaltées: on voit couler ses larmes; on partage ses alternatives de douleur et d'espérance. Ceux qui ont éprouvé les peines du cœur, et le nombre en est considérable, retrouvent en elle l'interprète fidèle de leurs émotions: nulle recherche ambitieuse dans les pensées, nulle superfluité d'ornements; tout y est simple et pénétrant comme la vérité.
Nous ajouterons comme l'une des causes principales des effets que produisent ces poésies l'élévation des sentiments et le reflet d'un noble caractère. Tout ce qui est grand et héroïque enflammait l'imagination de madame Dufrenoy: elle pleura sur les malheurs de son pays avec autant d'amertume que sur une
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amitié trahie ; ses vers portent l'empreinte de L'époque où ils furent composés. Elle fut sensible aux grandeurs de la France comme à ses revers, et la vue de l'étranger lui inspira des chants mélancoliques qui ont agrandi le domaine de l'élégie. Supérieure sous tous les rapports à madame Deshoulières, mais ne devant peut-être cette supériorité qu'à l'influence des grands spectacles dont elle fut témoin, et dont elle reçut les impressions, elle a conquis une palme immortelle , et son nom chéri des contemporains vivra autant que la littérature française, dans l'estime de la postérité.