‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 41 sur 77 · SUR LA DESTRUCTION DE JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

SUR LA DESTRUCTION DE JÉRUSALEM

ELEGIE QUI A REMPORTE LE PRIX A L ACADEMIE DES JEUX FLORAUX, LE 3 MAI l8l6.

O mes pleurs ! ne tarissez pas , Mouillez jour et nuit ma paupière.

Soleil , à mes regards dérobe ta lumière.

La fille de Sion , Jérusalem , hélas !

Sous un joug odieux courbe sa tête altière. O mes pleurs ! ne tarissez pas , Mouillez jour et nuit ma paupière.

Comment du Chaldéen reçoit-elle des lois , La cité maîtresse du monde ,

Qui naguère imposait le tribut à cent rois ?

0 ma chère patrie ! ô douleur trop profonde ! Tout Israël captif est sans force et sans voix. Comment a succombé l'orgueil de ta puissance ? Comment tant de guerriers armés pour ta défense Laissent-ils échapper le glaive de leur main ? Deviez-vous embrasser une lâche espérance , Coupables habitants des rives du Jourdain ? Pourquoi de nos vengeurs enchaîner la vaillance ? L'ennemi, redoutant leur généreux effort, Criait : la paix ! la paix ! il apporte la mort.

Toi , que Dieu remplissait de sa majesté sainte, Temple, dont Salomon avait tracé l'enceinte, L'airain, le marbre , l'or, qui couvraient tes parvis Par l'indigne vainqueur à mes yeux sont ravis ;

1 a\ pitié n'entre point dans son ame cruelle ;

Il frappe et l'épouse et l'époux; Le débile vieillard , l'enfant à la mamelle , Le lévite lui-même expire sous ses coups. Déplorable héritier du plus illustre trône ,

L'infortuné Sédécias ,

Conduit esclave à Babylone, An fond d'un noir cachol va subir le trépas

ÉLÉGIES i35

Nul .mu n'entendra sa plainte el sa prière, Nul .mu h 'aura soin de son heure dernière. ( ) mes pleura ! ne tarisses pas, Mouillez jour et nuit ma paupière.

Voilà, voilà le fruit de Les iniquités., Siop ! de l'Eternel tu bravas les paroles; Sur l'autel du vrai Dieu tu plaças des idoles;

Tu t'enivras de voluptés :

Ton châtiment est juste, et le Dieu des batailles, Pour l'exemple du monde, a brisé tes remparts :

Tes ennemis de toutes parts

Accourent à tes funérailles.

Sion trahit son Dieu : Dieu punit les ingrats.

Soleil , cache-moi ta lumière; :

O mes pleurs ! ne tarissez pas ,

Mouillez jour et nuit ma paupière.

O coteau d'Engaddi, doux sommet du Carmel, Qui versez à grands flots le vin , l'huile . et le miel , Je ne reverrai plus vos ombrages propices ! La main de l'étranger cueillera vos moissons;

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Le sany rougira ces buissons Où les roses tTÉden entrouvraient leurs calices. Lieux sacrés ! loin de vous on nous entraine , hélas !

Soleil , cache-moi ta lumière :

O mes pleurs ! ne tarissez pas ,

Mouillez jour et nuit ma paupière.

Cependant Dieu la dit (il n'a jamais trompé) : Juda, qu'en ce moment sa colère humilie, Des fers de son vainqueur quelque jour échappé , Verra de Salomon la cité rétablie.

Mais , sous un autre ciel on nous entraîne , hélas ! Soleil , cache-moi ta lumière :

O mes pleurs ! ne tarissez pas , Mouillez jour et nuit ma paupière.

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