‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 45 sur 77 · A M. ARNAULT · texte numérisé non relu

A M. ARNAULT

Au temps des Villon , des Ronsard , Quand la France galante encor vierge à cet art Du siècle de Louis étonnante merveille , Ne pouvait deviner les Boileau, les Corneille,

Et les Racine et les Rousseau,

L'auteur de quelque plat rondeau ,

Celui d'une idylle bien fade ,

Même dune froide ballade , Comme un rare génie était par-tout cité ; Cher à la capitale , en honneur aux provinces ,

Et des belles l'enfant gâté ,

Il était caressé des princes ; Du Louvre , qui s'ouvrait au seul bruit de son nom , Les grâces chaque jour lui pleuvaient par centaine : C'étaient des sources d'or que les flots d'Hippocrène (3o):

Plus d'une mauvaise chanson

Valut alors mm bon domaine.

Pour le poëte, bêlas! comme pour le héros, Le premier des talents est «le oaltre à propos. I tepuis que sous Les doigts de modernes ( Irphées La lyre sut dresser d'harmonieux trophées-,

Que d'Apollon les chastes sœurs, I )c Leurs amants nombreux encourageant l'audace ,

Livrèrent sans choix leurs faveurs

Sous les frais berceaux du Parnasse ; Celui qui prétendit à leurs doctes amours

Ne dut point prétendre aux richesses; S'il obtint quelquefois un sourire des cours,

Il n'eut point part à leurs largesses.

Des Muses si du moins les disciples nouveaux Pouvaient sauver leur nom de l'oubli des tombeaux

Mais qui vivra dans la mémoire?

Pour qui naîtront encor tes immortels lauriers ,

O Pinde ! D heureux devanciers Nous ferment sans pitié les chemins de la gloire. Malheureux Pompignan , où cours-tu la chercher ! Pégase en vain te porte au fleuve pindarique; L'invincible Piousseau tient la lyre héroïque

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Et te défend de la toucher.

Toi qui , fier des essais de ta tragique veine,

De Belloy, braves les hasards

Aux jeux sanglants de Melpoméne,

Tu t'armes de faibles poignards

Pour sortir vainqueur de l'arène ; Tremble; là sont debout, athlètes vigoureux , Trois rivaux qui d'accord repoussent de la scène

Tout concurrent présomptueux

Qui prétend lutter avec eux.

Es-tu plus fortuné, courtisan de Thalie?

Il est vrai , grâce à sa folie ,

Plus d'un amant ingénieux A joui dans ses bras d'un doux moment d'ivresse;

Mais les baisers de la déesse

Du seul Molière ont fait un dieu.

Émule galant de Ghaulieu, Qu'as-tu gagné , Bernis , à marcher sur ses traces?

Un sourire aimable des Grâces ;

Tandis que, sans presque y songer, Voltaire, devenu leurs plus chères délices, Amant toujours heureux, quoique toujours léger.

ÉF4TRE&. .:»

En obtint cent faveurs pour prix <!<■ eenrt caprices, Voltaire, akàde <!<-s beaux- -arts,

Quel poétique champ, 6 sublime conqucir ■

N'ont point embrassé tes regards !

Quel laurier n'orna point ta tête !

Désespoir de tes successeurs ,

Tu dévoras leur héritage;

L'Hélicon dépouillé de fleurs

N'est qu'une aride et triste plage Où tes nombreux exploits portèrent le ravage :

De notre Ésope cependant

Tu n'as pu franchir le bocage.

Au détour de ce lieu riant,

D'où le bon homme , inexpugnable ,

Garde le sceptre de la fable ,

On découvre un charmant coteau

Qui, toujours resté sans culture, Au soc qui va l'ouvrir offre un espoir nouveau ; Mais pour le cultiver il faut une main pure. De ce trésor, Arnault, vous faites votre bien; Dans vos goûts , dans vos mœurs , semblable à La Fontaine . Il vous appartenait , en respectant le sien ,

.76 ÉPÏTRES.

De vous créer auprès un immortel domaine (*'). Comme cet homme unique , et courageux , et doux , Vous sauriez d'un Fouquet consoler la disgrâce (32) , Comme cet homme unique , en vivant au Parnasse , Bon Arnault, vous n'aurez ni rivaux ni jaloux.

ÉFITRE& i77

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