‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 46 sur 77 · DANS TOUTKS LES SITUATIONS DE LA VIE · texte numérisé non relu

DANS TOUTKS LES SITUATIONS DE LA VIE

A l'étude attaché , rien ne peut vous ravir Le bonheur de penser, le bonheur de sentir. La Harpe.

Oui , j'oserai chanter le bonheur de l'étude : Venez , accourez tous peupler ma solitude , Occuper mes loisirs , animer mes tableaux , Morts fameux qui toujours vivez dans vos travaux; Et pour m'inspirer mieux quittez votre Elysée.

O doux enchantement de mon ame abusée ! J'écoute, je l'entends, cet orateur fougueux, Défier de sa voix les flots tumultueux ; Tonner contre Philippe et terrasser Eschine ; Son nom d'Athène en deuil protège la ruine.

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Il m apparaît aussi, je le vois son rival

Qui de Gatilina rompt le dessein fatal ,

Qui sauve son pays , illustre la tribune ,

Où l'infâme Lena... fuis, image importune!

Viens- tu m'en consoler, fier et nobie Longin?

Hélas ! rêvant encore à son affreux destin ,

Des maux que nous souffrons trop véridique organe : Soit, dit-il, que le sort au trône te condamne, Soit que favorisé de Mars ou de Thémis Tu doives ou défendre ou régir ton pays; Soitqu'un modeste champ,clos d'un mur de feuillage, De modestes ayeux t'offre l'humble héritage, Mortel, que le malheur presse de toutes parts , Contre lui de l'étude élève les remparts. L'étude a des plaisirs , des goûts pour tous les âges , Pour chaque état divers. Chaste amante des sages , Tu parles, le jeune homme a maîtrisé ses sens ; Le vieillard ranimé par tes doctes accents , Se console avec toi d'être oublié du monde. Des trésors de l'esprit source pure et féconde, Digne leçon des rois , leur guide le plus sur, Tu changes en grand homme un citoyen obscur,

ÉPITRES. i;<)

» El <l<- rabaissement relèves la initère.

« Dans la prospérité , compagne plus sévère,

« Tu sais nous garantir des piégée de l'orgueil.

« Conduis la vanité sur les bords du cercueil.

« Aux princes altérés de la soif des conquêtes,

« Montre des flots de sang retombant sur leurs têtes ;

« Aux rois ensevelis dans un lâche sommeil ,

« Des peuples abusés le terrible réveil ;

« Au vice triomphant le burin de l'histoire ;

« A la vertu proscrite une éternelle gloire. »

Il a dit. Une femme au bras audacieux,

A la taille imposante , au souris gracieux ,

Et dont l'air noble annonce une haute origine ,

Par trois fois le regarde et par trois fois s'incline ;

De son œil pour lui plaire elle adoucit l'éclat.

C'est là fille des rois , l'épouse d'Odenat ,

L'illustre Zénobie , intrépide héroïne ,

Qui , seul appui de Rome au bord de sa ruine ,

Força tout l'Orient à respecter ses lois.

Son éloquence mâle et ses mâles exploits ,

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Sa force inébranlable et sur-tout sa clémence,

I loux présents de l'étude, élevaient sa puissance.

Palmyre a vu le Parthe et le Persan altic :rs ,

Et l'orgueilleux Romain saluer ses lauriers ;

Et quand, après douze ans d'un règne magnanime» ,

Des coups de la fortune éclatante victime,

Reine esclave, et traînée au char d'Auréhen,

Du plus vaste royaume il ne lui restait rien ,

L'étude lui donna de nouvelles richesses.

Eh ! quel bien peut valoir ses leçons, ses promesses J

Au trône des Césars Marc-Auréle porté,

A gémi d'un honneur de sa paix acheté ;

Platon est son refuge ; et la philosophie

Oppose à ses regards , pour consoler sa vie ,

A l'ennui des grandeurs la douceur des bienfaits.

Chargé du poids des ans , l'Homère des Anglais ,

Milton, pauvre, oublié, privé de la lumière,

Achève dans l'exil sa pénible carrière;

Mais il sut de l'étude amasser les trésors;

Mais d'une autre Antigone il entend les accords.

De touchants souvenirs , une mâle harmonie ,

Raume d'un cœur souffrant, exaltent son génie.

ÉPITRES. 1 8 r

Quand son (ni csi fermé, les deux lui s«>m ouverts ;

Son luth mélodieux a redit leurs concerts ,

El les premiers amours , et NmIcii , et ses charmes ,

El la première tante , et les premières larmes;

D'Eve il peint la douleur, et ne sent plus. ses maux ;

Quedis-jePil est heureux! Mais quels 'transports nouveaux

S'emparent tout-à-coup de mon ame attendrie?

O joie inespérée! 6 France! o ma patrie!

Les voilà donc enfin , ces ministres , ces rois ,

Arbitres et soutiens et vengeurs de nos droits ;

Ces valeureux guerriers , ces magistrats , ces sages ,

Que d'un long avenir escortent les hommages.

Descartes, Catinat, Pascal, et ce Rosny,

Même après son trépas fidèle au bon Henri ;

Montaigne , dAguesseau , Fénélon , et Turenne ,

Voilà ces favoris des muses de la Seine ;

Et Malherbe , et Corneille , et Racine, et Boileau ,

Et Molière , et Regnard , et Gresset , et Rousseau ;

Et Voltaire , doté de son talent immense ;

Vous , dont mon cœur cherchait et bénit la présence ,

De la tombe et du temps mânes victorieux ,

Lorsqu'ici bas captifs vous pressentiez les cieux ,

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Dites : qui vous aidait à soutenir vos chaînes,

( )u le poids envié des fortunes humaines,

Plus pénible souvent que le poids du malheur?

Tous vous me répondez : L'étude et son bonheur.

Et vous signalez tous à ma reconnaissance

Le plus sage des rois , le sauveur de la France ,

D'un trône chancelant à vingt ans héritier ;

Charles , le fils prudent d'un imprudent guerrier (33) ,

Charles , penseur profond et politique habile ,

Renfermant dans son ame un courage inutile ,

Montrait un front serein à des fers odieux ;

Il restitue aux champs des bras laborieux.

Les haines, fruits amers des discordes civiles,

La famine , ont cessé de dépeupler nos villes ;

1 i s'arme , va combattre , et vaincre et nous venger

Je contemplais ce roi fléau de l'étranger,

Et savant protecteur des muses qu'il vit naître (34) ,

Clio soudain m'indique un asile champêtre :

J'y vois ce L'Hôpital, ministre sous trois rois,

Défenseur intrépide et du trône et des lois ,

Qui , sous l'ombrage assis , sur sa lyre module

Des vers que n'aurait pas désavoués Tibulle.

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Heureux de ses travaux, content de ses loisirs,

Dans son h un il île réduit ouvert au\ \ rais plaisil S,

Chaque jour sous ses yeux lui H eut des Ile m Moderne anacréoD couronne-toi de roses, Chante leurdoux parfumau doux bruit d'unniisseau .

Moi , je vais le chercher l'immortel d'Aguesseau; Combien je le chéris, sur-tout. dans sa disgrâce' A Fresne de ses pas j'aime à suivre la trace. Sage réparateur des fautes de ton roi, Je voudrais ne jamais me séparer de toi!

Mais l'étude m'appelle, et dans son sanctuaire J'ai pénétré. Là, seul occupé de lui plaire, Est ce prince , l'objet de ses soins les plus doux , Allaité de son sein , bercé sur ses genoux ; Qui sous la pourpre même à son culte est fidèle Accomplis tes destins , rival de Marc-Auréle , Ramène son beau siècle , et que la royauté , Plus auguste, fleurisse avec la liberté!

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