‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 47 sur 77 · LIVRE NEUVIÈME. ALCÉE · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME. ALCÉE

LIÉGIL HISTORIQUE.

Et te sonantem pleniïu aureo, Alcœe , plectro dura navis , Dura fiujœ mala , dura bclli !

Horat. lib. il. od. i3.

Banni par Pittacus des lieux de sa naissance,

Au-delà des lointaines mers , Dans le creux des rochers , dans le fond des déserts , Ainsi le triste Alcée exprimait sa souffrance : « Mitylène, séjour favorisé des dieux, Que la nature empreint de sa magnificence , Que charment de Sapho les pleurs mélodieux;

Bords sacrés, champs délicieux

Où le sein maternel a nourri mon enfance , Où les mânes de mes aïeux M'armèrent pour l'indépendance , Ne verrai-je plus tes beaux cieux?

« Déjà cinq fois au moins la féconde Pomone Suspendit aux vergers sa brillante couronne, Depuis qu'errant , proscrit , seul avec mes douleurs , Vers toi je tourne en vain mes yeux chargés de pleurs. Vastes et belliqueuses plaines , Tombeau de nos tyrans vaincus (35) , Champs aimés de Gérés , coteaux chers à Bacchus ,

Monts protégés par les Silènes , Vallons peuplés d'échos , ne vous verrai-je plus ?

« Dans vos grottes mystérieuses , Dans vos sentiers à peine ouverts , Que visite souvent la muse des beaux vers , N'irai-je plus rêver, forêts silencieuses?

« Odorants citronniers , myrtes voluptueux , Qui prêtez aux amours votre discret ombrage ,

Gazons, que* ceint en von le mi complaisant feuillage, N accorderez-vous plus on asile à mes feus '

Du noir chagrin qui me consume, Souvenirs enchanteurs, vous doublez l'amertume !

« Tant est changé pour moi , loin du pays natal. Le temps même , le temps n'a plus un vol égal ; Les jours froids de l'hiver prolongent leur durée;

L'été n'a que de longues nuits ; Ma lyre, chaque soir, vainement implorée, Absente comme moi d'une rive inspirée, N'a plus un seul accord pour tromper mes ennuis.

« Dévoré d'une fièvre lente ,

Vous ne me désaltérez plus ,

Sources dont l'onde bienfaisante Sous les murs de Lesbos s'épanche en doux tributs.

« Rendez-moi , dieux puissants , rendez-moi la patrie !

L'exil est le plus grand des maux ; Ne pourrai-je, du sort désarmant la furie, D'un pied libre aborder la terre de Lesbos , Saluer de Sapho l'olympique demeure,

Et, dans le lit accoutumé, Mollement, une nuit, une heure, Dormir près d'un objet aimé ?

« Mais où s'égare ta pensée ?

Tu rêves une amante , ô malheureux Alcée ,

Lorsque chassé de tes foyers ,

Sous des cieux inhospitaliers ,

Poursuivi d'asile en asile ,

Tu n'as pas un abri tranquille !

N'invoque plus l'amour, abjure l'amitié; Oppose à l'abandon un cœur tranquille et ferme ;

Les malheurs qui n'ont point de terme

Fatiguent jusqu'à la pitié.

A l'éclat de ton nom crains de porter atteinte ,

Et, d'un peuple lâche oublié,

Meurs sans exhaler une plainte ; Dans les bras de la mort sauve-toi du dédain. »

A ces mots le rival d'Homère (3(i) Tire un glaive éprouvé ; sa main , Esclave de ses vœux, va finir sa misère.

i:u:<;iks 191

Il S0UIÏ1 ;iii I repas !... rnn;i;;c de s;i uiere Accuse, gémissante, un désir inhumain.

Il croit l'entendre encor cette mare adorée, Lors de l'arrêt fatal, remplir l'air de ses cris;

Il la voit, tremblante, égarée,

Au nom de ses cheveux blanchis , (Ion jurer lous les dieux de veiller sur son fils. Elle a fui les plaisirs offerts à sa jeunesse Pour entourer ce fils des soins d'un pur amour; Ingrat, osera-t-il lui ravir sans retour

L'unique espoir de sa vieillesse !...

« Pourquoi ne suis-je point tombé dans les combats , Quand de la liberté j'avais vengé l'injure ? Dit-il; aux mâles chants d'héroïques soldats,

Ma mère eût lavé ma blessure

Et préparé ma sépulture.

Mon tombeau couronné de lauriers toujours verts Eût de Sapho peut-être obtenu quelques vers (37) , Et Lesbos , dans ma mère honorant ma mémoire , Eût charmé ses douleurs du récit de ma gloire.

Plus d'un généreux citoyen , ( Lesbos en garde encor de chers à la victoire )

igs ÉLÉGIES.

Prêterait à ses jours un fidèle soutien. Mourir proscrit ! briser son ame maternelle !... Non, je n'en croirai pas un aveugle transport; Homme , avec dignité je subirai mon sort; Elle a vécu pour moi, je dois vivre pour elle. »

Tandis que combattu par ces pensers divers ,

Il contemple les vastes mers Qui de ses ennemis favorisent la haine , Les rames à grand bruit fendent le sein des flots ; Un navire léger rase l'humide plaine , Son mât a déployé les couleurs de Lesbos !... Alcée a tressailli de crainte et d'espérance. Est-ce du fier vainqueur ou colère ou clémence ? Lui vient-on annoncer son rappel ou la mort?... Bientôt de cris joyeux a retenti le port.

Presse tes pas , illustre Alcée ;

Ta mère a fléchi Pittacus ; Ton île , désormais de carnage lassée , Impose à ses enfants l'immortel caducée (38).

Tes pénates te sont rendus ; Laisse rentrer la paix dans ton ame offensée.

ÉLÉGIES. 19a

Souveraine du monde, ô puissante Cypris, Vous, aslrcs Lumineux, divins frères d'Hélène ,

Éole, toi dont \\m\i ■<• enchaîne

Le plus indompté de tes fils , Guides ce cher vaisseau vers les coteaux fleuris

Où le cygne de Mitylène Chaulera dans ses vers , par l'Olympe applaudis ,

Bacchus , l'Amour et son pays (3g) !

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