DOCTEUR-MÉDECIN DE LA FACULTÉ DE PARIS
L'étoile du matin brille sur la montagne ; Toi , de mes jeunes ans la folâtre compagne , O ma sœur ! lève-toi; sous les acacias Où l'air pur rafraîchit ma poitrine oppressée
Guide et soutiens mes pas.
Puissé-je y retrouver le feu de la pensée !
Serait-il éteint pour toujours ?
Des Muses suis-je délaissée?
L'inflexible Atropos allait trancher mes jours , Un moderne Esculape en renoua la trame. Ce touchant souvenir émeut toute mon ame ; Et ma lyre , autrefois docile à mes transports ,
N'a point enoor pour lui modulé des accords! Ne renaîtra-t-il jkis le l'eu do ma pensée '
Dos Muses Buia-je délaissée '
Le son lugubre et sourd, antique chant du deuil (4°), Semblable au sombre cri des oiseaux de ténèbres , S'exhale1 seul au soir de ces cordes funèbres,
Et dit la plainte du cercueil.
Ah ! mon cœur déchiré vous regrette sans cesse,
Chers émules de ma jeunesse; Toi sur-tout, toi Camille ! ô mon fidèle ami , Sous la pierre insensible avant l'âge endormi !
Bon père , époux aimable et tendre ; Citoyen vertueux aux dangers affermi ,
Mes vers respecteront ta cendre.
Tu ne m'entendras point de ton dernier séjour Former des chants de joie ou des hymnes d'amour;
Moi du moins je te pleure encore !
Pourquoi ne l'as-tu pas connu Ce rival du mortel qu'adorait Épidaure , Et dont l'autel sacré trois siècles maintenu
Te retraçait*, me disais-tu ,
Un culte que le cœur honore '
Pourquoi ne l'as- tu pas connu L'élève et l'héritier de sa haute science; l'eut-être tu vivrais ! Et ta sage éloquence
Bravant la clameur des partis Éclairerait encore et servirait la France : Ta fille , vierge chaste , et tes deux jeunes fils Rayonnant de ta gloire, enivrés d'espérance,
Enflammés de reconnaissance, Voleraient sur mes pas, à ton heureux sauveur, Offrir un noble encens, le pur encens du cœur. Peut-être même aussi la ville industrieuse (4l) Que ton bras généreux et ta voix courageuse Disputèrent deux mois au régne des bourreaux , Fière de te revoir, dans ses remparts nouveaux , Élèverait un temple au moderne Esculape.
Dieux ! un son lugubre me frappe !
Il me poursuit encor l'antique chant du deuil
Il dit la plainte du cercueil.
Léve-toi . viens', 9ophie, <» ma sœur bien aimée ' Révé-je ? Les cyprès au loin ont-ils gémi?
Mes \cii\ se MHit \01lcs, j'ai tremblé, fai frémi;
J'ai cru, de colère animée, Voir l'ombre de Jordan s'échapper du tombeau Et d'un second livinen ('teindre le flambeau !
La douleur m'égarai! : sa pieuse indulgence
Ne condamnait que la vengeance ; Il pardonne à l'amour. Viens calmer mes esprits, J'invoque un air plus frais et des accents chéris,
Ne tarde plus , ô ma compagne !
L'étoile du matin brille sur la montagne.
Le suave parfum de la naissante fleur,
Qu'un zéphyr caressant entrouvre avec douceur,
Ranime par degrés ma force languissante ;
Mes pas sont moins iremhlants, ma tête moins bridante ,
Sous les acacias avançons-nous , ma sœur,
Leur voisinage est salutaire.
Assise à mes côtés , sur ce banc solitaire , Dis ce dernier malheur que me gardait le sort,
Dis les soins de Part tutélaire
Qui mont dérobée à la mort.
Je t'écoute, commence. « Ah ! dans ces temps d'alarmes ! « Moi je n'avais pour vous que des vœux et des larmes. « Votre fils succombait sous le poids de vos maux. « Jour et nuit de vos yeux s'exilait le repos. « En vain des sucs légers s'offraient à votre bouche.
« Sans aliment et sans sommeil ,
« Bannie , hélas ! de votre couche , « Vous vîtes trente fois s'éteindre le soleil !... « Vos gardes, l'amitié vous en créait d'activés,
« A vos souffrances attentives ,
« S'abandonnaient au désespoir.
« Votre docte soutien lui-même n Craignait souvent que l'art ne restât sans pouvoir.
« Cependant, jugez s'il vous aime, « En s'approchant de vous il souriait toujours. « Mais son triste regard , mais sa tête baissée « Nous révélait bientôt sa funeste pensée. « Soit que par son souris , qu'appuyaient ses discours ,
« Notre mère fût abusée, « Ou soit que sa douleur en son ame apaisée.