A M. DÉRANGER
Toi qui crains la gaité , que le bonheur étonne , Mais qui reviens aux mauvais jours ,
Alors que la fortune ou l'amour m'abandonne , Plus tendre m'offrir ton secours ;
O mon luth ! si long-temps le seul bien de ma vie ,
Mêle à mes pleurs amers tes soupirs les plus doux ! Et que leur plaintive harmonie ,
Comme un léger zéphyr glisse sous les verroux.
Dans la Grèce héroïque , et d'immense mémoire ,
Les poètes ont des autels ; Mais la France aujourd'hui , veuve d'une autre gloire ,
Aux fers livre ses immortels.
Vainqueur d'Anacréon , digne émule d'Horace ,
Mélodieux captif tu languis loin de nous :
Mes vers , soupirez sa disgrâce , Comme un léger zéphyr glissez sous les verroux .
Amour qu'il célébra , fidèle à sa détresse ,
Enrichis-le de tes bienfaits ; Que tes plus doux pensers , ta plus douce promesse ,
Charment le séjour des regrets !
O divin enchanteur, ô père des prodiges , Amour! rends tous les cœurs de son malheur jaloux :
Suivi de tes riants prestiges , Comme un léger zéphyr glisse sous les verroux.
Mais je les ai franchis , ces murs où de sa lyre
On a cru souiller les honneurs.
Le poète apparut : ranimant son délire , Les Muses et l'Amour le couronnent de fleurs ; Mes yeux ont vu briller une palme nouvelle , Sur ce front à-la-fois et si fier et si doux ;
Sa gloire , plus vive et plus belle , Et condamne Thémis , et brise ses verroux.
ÉLÉGIES. ao3