‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 50 sur 77 · A M. DÉRANGER · texte numérisé non relu

A M. DÉRANGER

Toi qui crains la gaité , que le bonheur étonne , Mais qui reviens aux mauvais jours ,

Alors que la fortune ou l'amour m'abandonne , Plus tendre m'offrir ton secours ;

O mon luth ! si long-temps le seul bien de ma vie ,

Mêle à mes pleurs amers tes soupirs les plus doux ! Et que leur plaintive harmonie ,

Comme un léger zéphyr glisse sous les verroux.

Dans la Grèce héroïque , et d'immense mémoire ,

Les poètes ont des autels ; Mais la France aujourd'hui , veuve d'une autre gloire ,

Aux fers livre ses immortels.

Vainqueur d'Anacréon , digne émule d'Horace ,

Mélodieux captif tu languis loin de nous :

Mes vers , soupirez sa disgrâce , Comme un léger zéphyr glissez sous les verroux .

Amour qu'il célébra , fidèle à sa détresse ,

Enrichis-le de tes bienfaits ; Que tes plus doux pensers , ta plus douce promesse ,

Charment le séjour des regrets !

O divin enchanteur, ô père des prodiges , Amour! rends tous les cœurs de son malheur jaloux :

Suivi de tes riants prestiges , Comme un léger zéphyr glisse sous les verroux.

Mais je les ai franchis , ces murs où de sa lyre

On a cru souiller les honneurs.

Le poète apparut : ranimant son délire , Les Muses et l'Amour le couronnent de fleurs ; Mes yeux ont vu briller une palme nouvelle , Sur ce front à-la-fois et si fier et si doux ;

Sa gloire , plus vive et plus belle , Et condamne Thémis , et brise ses verroux.

ÉLÉGIES. ao3

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