‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 52 sur 77 · M. LE COMTE )>K SÉGUR · texte numérisé non relu

M. LE COMTE )>K SÉGUR

Non, d'un premier amour la première laveur, El d'un fils premier-né la première caresse, Et le premier laurier cueilli sur le Pennesse,

Ne portent pas au fond du cœur Une plus vive joie, une plus douce ivresse, Que le premier bienfait, terme d'un long malheur.

O combien de pures délices Inondèrent mon aine en ce jour de bonheur Où vos soins généreux, où vos bontés propices, Ont d'un sort ennemi désarmé la rigueur! Combien alors , combien j'ai béni l'indigence Qui devait éveiller votre zélé puissant !

Combien j'adorai ma souffrance,

Source d'un charme ravissant!

ao6 ÉLÉGIES.

Dans le tendre et brûlant délire

Que légitimait ma raison ,

Toujours mon cœur, ma voix, ma lyre

Balbutiait le même nom :

Ségur, ah ! ce nom seul est toute l'harmonie ;

Seul il présente à mes regards La valeur, la vertu, le talent, le génie, Et la grâce parfaite et les touchants égards.

Oui , ce nom des siècles antiques Redit la loyauté , les fidèles amours , Les nobles dévoûments, les exploits héroïques, Et les charmants accords des galants troubadours. Ah ! que ne puis-je , au prix du reste de ma vie,

Livrée à mon enchantement,

Un jour, une heure seulement, Toucher le luth vainqueur des vierges d'Aonie !

Amour, je ne chanterais plus Ton espoir décevant, tes maux remplis de charmes, Tes désirs , tes transports , tes soupirs assidus , Et tes plaisirs , hélas ! payés de tant de larmes ! Je n'attendrirais plus l'écho de mes alarmes , Ni des pleurs où long-temps mes yeux se sont noyés,

ÉLÉGIES. io7

Ségur les a tous essuyés Au sentiment sacré de la reconnaissance

Je voudrais enchaîner les coeurs ;

Ses devoirs ont tant de douceurs !

O triomphe de l'éloquence !

Le monde a répété les sublimes concerts

De ma lyre mélodieuse :

Et l'ingratitude odieuse

Cesse d'attrister l'univers !

ao8 ÉLÉGIES.

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