‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 60 sur 77 · A DIEU · texte numérisé non relu

A DIEU

Créateur incréé , Roi des rois , guide austère , Mais juste , mais clément , que désarment les pleurs , Des trésors de ta grâce enrichis ma misère , Adoucis mes malheurs.

Rends-moi les purs élans de mon adolescence , Alors que vierge sage , amante de ta loi , Je ne cherchais , mon Dieu , que ta seule présence , Et n'adorais que toi.

Sous ton aile , Seigneur , innocents et tranquilles , Dans un repos sacré, s'écoulaient tous mes jours; Les égards importuns , et les devoirs futiles , N'en troublaient point le cours.

Rêver, prier, aimer, tel était mon partage.

Et quelquefois aussi, dans les temps solennels , De verdure et de fleurs, selon l'antique usage, Je parais tes autels.

Le sein toujours brûlant d'une céleste flamme , Soumise à tes décrets , je ne redoutais rien ; Quels revers , quels dangers peuvent abattre une ame Forte de ton soutien ?

Les succès du méchant , les triomphes du crime , Étonnaient mon esprit, sans altérer ma foi; Je contemplais les cieux ouverts à la victime , Je perdais tout effroi.

Souvent même d'Agnès l'héroïque courage (71) , M'animait tout-à-coup d'un sublime transport; Pour confesser ton nom à la fleur de son âge Elle affronte la mort.

Les juges , attendris par sa beauté touchante , Imploraient pour l'absoudre un simple désaveu ;

Inflexible à l'aspect de la fournaise ardente , Elle proclame Dieu.

Tandis qu'un peuple entier , témoin de son martyre , Pleurait , le front empreint d'un espoir immortel , Agnès voyait déjà les anges lui sourire , Et la porter au ciel.

O mort ! qui lui donnas la véritable vie , Avant qu'elle eût rêvé les terrestres amours , Que n'ai-je, chaste encor, pour ta palme chérie, Échangé mes beaux jours.

Par un vague désir, vers le monde entraînée , Ivre d'un fol encens, je connus un vainqueur; Au Souverain des cieux et de ma destinée , Il disputa mon cœur.

Ce cœur religieux , et timide , et sensible , Dans ses vœux combattu , brisa , reprit ses fers. Hélas ! dans cette lutte inégale et terrible Succombent les plus fiers.

ODES. a4g

Combien je regrettai ma pieuse indolence! A la reconquérir, je travaillai trop lard; Mes efforts expiraient contre une longue absence, Ou contre un doux regard.

Un invincible feu circulait dans mes veines ; Il troubla ma raison , il égara mes sens ; Et je n'osai, vers toi, confuse de mes peines, Élever mes accents.

Je me sentais mourir, par l'ennui consumée; Un fantôme brillant s'offrit à mes regards ; Il flatta ma tristesse , et de la renommée J'embrassai les hasards.

Quelques essais heureux me promirent la gloire ; Mais volage elle échappe au cœur enorgueilli : J'ai vu de beaux talents offerts à la mémoire, Et tombés dans l'oubli.

L'amitié me fixa ; vive , fidèle , tendre , Elle a fait ma vertu dans les adversités ;

25o ODES.

Mais les hommes formés de poussière et de cendre Sont d'un souffle emportés.

S'appuyer sur leurs jours c'est bâtir sur le sable; Le trépas m'a ravi plus d'un noble mortel. Amitié, gloire, amour, ici-bas rien n'est stable, Dieu seul est éternel.

ODES. a5i

GLOTILDE.

Dieu seul doit faire notre espoir.

J. B. R. Livre 1er, ode i4.

Sous les yeux du tyran qui massacra son père , Contrainte de traîner sa royale misère Et de voir la couronne au front de l'assassin , Clotilde, jour et nuit dans sa douleur profonde,

Au rédempteur du monde Offrait son deuil précoce et livrait son destin.

A l'autel domestique , où souvent ramenée , Aux pieds de lHomme-Dieu la vierge est prosternée, Tout-à-coup elle entend : « Pieuse en tes revers « Ne laisse point , Clotilde , abattre ta constance ,

« Et du Dieu de clémence « Les trésors éternels pour toi seront ouverts.

n52 ODES.

« Vois la Gaule arrachée aux légions romaines « D'un monarque idolâtre agrandir les domaines ; « Sous le joug des faux dieux vois gémir ses enfants. « Vierge pure et sans tache , au sein de l'hérésie

« Le Seigneur t'a choisie , « Va porter aux Germains ses dogmes triomphants.

« Aux mondaines grandeurs humblement résignée , « Accepte sans orgueil le superbe hyménée « Qui doit unir ton sort au sort du grand Clovïs. « Vainement Gondebaut de ruses t'environne;

« Dieu lui-même l'ordonne , « Cours semer chez les Francs le germe heureux des lis. »

Ces mots que prononçait une voix prophétique Ont retenti trois fois sous le sacré portique ; Une flamme éclatante a couronné l'autel : Du Tout-Puissant Clotilde a senti la présence ;

Et des pleurs d'espérance Inondent ses beaux yeux élevés vers le ciel.

Bientôt du fier Sicambre un messager fidèle.

l'i;iM(liiss;inl les p;il;iis, s'int roduil ailffrès (Telle.

Chrétien,, il peint Les maux des chrétiens asservis; Et devant Gondebaut que L'effroi détermine

La vierge alors s'incline , Et reçoit la promesse et Panneau de Clovis.

Sur les rives de l'Aisne , une foule empressée Accueille avec transport l'auguste fiancée. Clovis , brillant d'espoir et beau de ses exploits, Comme un vengeur armé par une main divine ,

Se montre à l'orpheline Qui s'applaudit tout bas d'avoir fixé son choix.

Le roi fait préparer la pompe nuptiale ; Et de Clotilde alors la pâleur virginale Trouble l'altier Sicambre ; il pâlit à son tour : Mais de tant de grandeurs l'épouse environnée ,

A la croix enchaînée , Ne brûle dans l'hymen que du céleste amour.

L'ange mystérieux qui préside à sa vie A de nouveaux efforts en secret la convie :

Elle dit au héros : « Par tes faits immortels , « Et par le chaste feu dont je suis animée,

« Jure à ta bien-aimée « De quitter des faux dieux les coupables autels. »

Dans leurs longs entretiens attentive à lui plaire , C'est en charmant Clovis que la reine l'éclairé. Prêt à fuir des païens l'autel fallacieux , Il cherche, il veut saisir la vérité suprême,

Et l'épouse qui l'aime Appelle à son secours un prodige des cieux.

Ta piété , que semble accroître les obstacles , A son aide , Clotilde , invoquait les miracles Pour subjuguer un cœur dans ses vœux indécis. Aux champs de Tolbiac a triomphé ton zèle ;

Le Seigneur s'y révèle , Il parle hautement à l'incertain Clovis.

Parmi les fiers guerriers qui soutiennent ses armes L'Allemand a semé la mort et les alarmes. Clovis près de périr éprouve un vague effroi :

ODES. i55

« Dieu, seul Dieu, (lontClolililciiiinc à vaiilor la {;1< lire.

« Donne-moi la victoire , « Je ne servirai plus un autre dieu que toi. »

Il dit : dans la mêlée , aussi prompt que terrible f Il s'élance , tout cède à son bras invincible ; L'ennemi terrassé périt en furieux.

Le vrai Dieu du héros touche enfin la grande ame ,

Et Clovis le proclame En courbant sous la croix son front victorieux.

Reims aux coteaux fleuris , des Francs antique fille , Possède dans ses murs la royale famille : Son prélat vertueux ne maudit point l'erreur; Il dévoile à Clovis l'attrait d'un Dieu suprême;

L'eau sainte du baptême De tout levain impur a dégagé son cœur.

A ses côtés la reine et prie et le surveille. O mystère sublime ! ô sublime merveille ! Saluez la colombe au plumage immortel ; Elle arrive , elle apporte un trésor ineffable ;

Et Thuilc intarissable Empreint au front du roi le sceau de l'Éternel.

Qui l'aurait dit alors , qu'après ces longs orages , Dont le choc ébranla les plus fermes courages , Le vieux temple de Reims dans ses sacrés parvis . Quinze siècles passés , verrait un roi de France ,

Inclinant sa puissance , Chercher à ses autels les traces de Clovis !

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