‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 62 sur 77 · A MADAME LA BARONNE DE FRÉVILLE · texte numérisé non relu

A MADAME LA BARONNE DE FRÉVILLE

Non , ce n'est pas le seul amour

Qui , soudain s'emparant dune ame , Par un mot, un regard, l'enchaîne sans retour; Il est une amitié dont la céleste flamme ,

Pour nous pénétrer fortement, N'a, comme l'autre amour, besoin que d'un moment.

A peine je vous avais vue , Que déjà votre image occupait tout mon cœur ; Je vous avais à peine une fois entendue ,

Que votre organe séducteur Retentissait toujours à mon oreille émue. Adèle , peignez-vous mon doux ravissement , Quand je sus que mon nom était aussi le vôtre ! Ce rapport fut pour moi comme un pressentiment

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Du nœud qui nous devait attacher Tune à l'autre.

Ce premier entretien touchant , Où de vos tendres maux se révéla l'histoire ,

Ne sortant plus de ma mémoire , Pour vous a loin de vous décidé mon penchant. Combien , durant le cours de mes nuits solitaires , Quand du sommeil en vain j'implorais les faveurs,

Pour m'attendrir sur vos douleurs ,

J'oubliai mes longues misères !

Seule, sans le savoir, vous aviez tous mes vœux.

Ah ! si par un instinct heureux

Je vous aimai sans vous connaître , Quel sentiment profond dans mon cœur devait naître Alors que j'ai joui, vous voyant de plus près, De cet esprit, naïve et modeste parure Dont vous ornez sans art les dons de la nature ! Belle de vos talents , ce premier des attraits , Vous me représentez Minerve , Terpsichore ;

Nulle que vous jamais encore Ne sut lire , parler, écrire tour-à-tour Avec moins de travail , et pourtant plus de grâce , Les langues de Milton , de Caldéron , du Tasse ,

Et celle que Racine ;i conquise à L'amour; Nulle encor comme voua n'a sous sa main brillante Trouvé le tendre accord qui va chercher le cœur, Sous sa plume le mot qui touche une aine aimante,

Ni sous son pinceau créateur

Enrichi la toile savante I l'un site où l'œil séduit entrevoit le bonheur.

Mais, ô tant douce enchanteresse !

Ce qui vous rend sur-tout sans égale à mes veux

C'est cet abandon précieux ,

Cette exquise délicatesse

Dont s'embellit votre amitié.

Celle que je vous porte est presque de l'ivresse : Oui , depuis qu'à mon cœur votre cœur est lié ,

Je suis bien plus vous que moi-même; Mes goûts, mes sentiments vous sont subordonnés Je condamne d'abord ce que vous condamnez;

Ce qui vous plaît, d'abord je l'aime:

De mes malheurs passés le cruel souvenir,

Les nouveaux où je suis en proie, Ceux que m'apprête encor l'incertain avenir, Rien ne peut près de vous troubler ma pure joie ,

Me coûter de pleurs que vos pleurs.

Un charme impérieux à vos côtés m'enchaîne ; J'y goûte chaque jour des plaisirs plus flatteurs :

Vous quitter est toute ma peine.

Suis-je seule , je rêve à vous ; Suis-je au milieu du monde, où me suit votre image,

Votre nom , si cher et si doux , Vient animer ma voix , qui vous cherche un suffrage. Je voudrais en tribut à vos pieds apporter De l'univers épris le respect et l'hommage. L'homme dont la tendresse aurait pu vous flatter, S'il prodiguait pour vous son amour et sa vie ,

Je l'aimerais à la folie ;

Mais , je vous l'avoûrai, je croi Que la femme après vous de moi la plus chérie ,

Si vous la préfériez à moi ,

Serait un peu moins mon amie.

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