‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 63 sur 77 · A UNE LAIDE · texte numérisé non relu

A UNE LAIDE

Pourquoi regretter de vains charmes ?

Pourquoi du matin jusqu'au soir Lever languissamment vos yeux chargés de larmes

Sur un trop fidèle miroir?

L'absence des attraits que vient nous ravir l'âge Ne doit pas nous causer une vive douleur : La beauté n'est souvent qu'un funeste avantage ; Son prestige trompeur, fatal à la plus sage , Semblable au vif éclat que prête la faveur, Donne des envieux sans donner le bonheur. Une belle , il est vrai , marchant en souveraine , Par-tout traîne à sa suite un peuple adorateur;

Mais de ceux qui portent sa chaîne

A-t-elle captivé le cœur,

La folle vanité qu'on attache à lui plaire 1!< \ et du nom d'amour un désir éphémère. Comme de faux amis , il est de faux amants : Les belles non moins que les grands , Dupes de leurs nombreux esclaves, Ne doivent quelquefois des soins trop séducteurs Qu'au besoin orgueilleux de briser des entraves

Ou de publier des faveurs.

On les aime pour soi beaucoup plus que pour elles ; Elles ne font point d'heureux Sans faire des infidèles.

Mais , avec moins d'appas , objet de moins de vœux , Une femme jamais ne voit la jalousie Troubler l'heureux asile où se cache sa vie ; Exempte , ainsi que l'indigent , Des pièges de la flatterie , Elle peut s'embellir d'un sourire obligeant Sans éveiller la calomnie :

Sa petite cour N'est jamais grossie D'amants sans amour; Les cent voix de la Renommée

Ne se fatiguent point à redire eu tous lieux L'agréable danger que fonl courir ses yeux. Le nom du cher ingrat qui l'a trop enflammée.

Forme-t-elle do tendres nœuds , .

Du modeste vainqueur dont son ame est charmée

Le bonheur est mystérieux.

Moins souvent que la belle elle se voit aimée :

Mais quand on l'aime 011 l'aime mieux.

Rendez donc grâce à la nature , Qui , prodigue pour vous de ses dons les plus chers , En ne vous refusant que ceux de la figure

Vous sauva de chagrins amers.

Sans trouble , sans dépit, laissez jouir la belle De l'hommage inconstant de mille amants divers : Le temps les verra tous se jouer de ses fers ; Vous n'aurez qu'un amant, mais il sera fidèle.

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