‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 64 sur 77 · ELLE · texte numérisé non relu

ELLE

Comme l'astre amoureux dont la douce clarté

Dissipe au matin les ténèbres ,

De même sa douce gaîté Dégageait mon esprit de ses pensers funèbres. Les maux que j'ai soufferts , ceux que j'ai vu souffrir, Et qui plus que les miens glacèrent mon courage , Alors qu'à mes regards elle venait s'offrir, Ne me poursuivaient plus de leur cruelle image; Elle avait dans la voix , dans les yeux , dans le cœur,

Dans son souris , dans son silence , Un charme tout-puissant pour tromper ma douleur.

Près d'elle jamais le malheur

Ne m'apparut sans l'espérance.

Souvent , tandis qu'à mon côté ,

Livrée à des travaux aimables ,

Elle créait de tendres fables ,

Heureuse, j'oubliais la triste vérité.

Un souvenir d'amour me rendait au jeune âge, Je croyais le revoir à la fleur de ses ans, Près de moi, méditer un immortel ouvrage :

J'entendais encore ces chants Qui de la Grèce antique ont redit les prodiges ,

Ces chants dont les divins prestiges Agrandissaient mon ame et captivaient mes sens.

Je repoussais de ma mémoire Le temps où , trop ingrat à ma flamme , à sa gloire , La seule ambition fixa tous ses désirs.

M'échappait-il quelques soupirs ,

Ma jeune et caressante amie Me disait : Oubliez tout ce qui n'est pas nous ;

Notre amitié , c'est pour la vie !

Je vous aime à jamais, répondais-je; mais vous, Nos austères liens ne pourront vous suffire ; Tôt ou tard de l'amour vous subirez l'empire. Oh ! je ris des amants et je brave l'amour. Vous croyez échapper.. .Mais quand viendralejour!... Mais il ne viendra point, ma bouche vous le jure.

Vain serment ! atteinte à son tour

28o ÉLÉGIES.

De l'inévitable blessure, Elle aima plus qu'une autre , hélas ! et dans ses feux ,

Inquiète, jalouse, ardente, Elle oublia bientôt le plus sacré des nœuds. Je réclamai l'amie, elle n'est plus qu'amante. J'ai perdu sa présence et ses chers entretiens :

Loin d'elle l'ennui m'environne ; Mes yeux versent des pleurs , mais j e les lui pardon n < • Ses torts jadis peut-être auraient été les miens.

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