‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 65 sur 77 · A MON FILS · texte numérisé non relu

A MON FILS

Déjà de s;i fraîche corbeille Flore ne verse plus les prémices touchants;

L'œillet et la rose vermeille

Cessent d'enorgueillir nos champs ,

Et depuis long-temps mon oreille De Philoméle absente appelle en vain les chants ;

Déjà de son dernier ombrage Se dépouille le chêne aux rameaux étendus ; Ces bois voluptueux , asile de Vénus ,

IN 'offrent plus qu'un morne feuillage Qui porte la tristesse en mes sens abattus.

Console-toi , riche Cybéle ,

Si tu vois tes charmes pâlir ;

Au moins dans ta vie immortelle

Chaque année un printemps aime à te rajeunir : Moi, sans regret verrai-je arriver mon automne, Présage d'un hiver que ne suit nul printemps !

La mort sans pitié nous moissonne.

Ah ! si quelque bonheur eût flatté mes beaux ans !

Les roses de mon premier âge Ont sur mon front, hélas ! brillé si peu d'instants ! Comme Tonneau qui , loin du paternel bocage ,

Fléchit sous les coups des autans ,

Loin de ma famille adorée , Aux coups de la fortune ainsi je fus livrée.

Dans la souffrance et le chagrin J'ai passé la saison aux doux plaisirs prospère.

Disparaîtrai-je de la terre

Sans qu'un sourire du Destin

N'ait charmé ma longue misère !

Dieux ! que dis-je Pet pourquoi songer à mon malheur?

Mon fils , juste orgueil de ta mère , N'es-tu pas à toi seul tous les biens pour mon cœur ? Viens, accours; ta présence a trompé ma douleur.

Oui , mon fils , oui , ma noble idole , De mon été , qui fuit, ton printemps me console.

Eh ! comment du passe garder le souvenir, Quand les mâles vertus de ton adolescence, Et tes savants travaux, suivis avec constance,

Répondent de ton avenir !

Ah ! j'ai vécu vingt ans sous un ciel trop sévère : Mais de tant de douleurs j'obtiens enfin le prix : Les dieux m'ont accordé leur faveur la plus chère ;

Ils m'ont donné mon fils !

ET

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