A MON FILS
Déjà de s;i fraîche corbeille Flore ne verse plus les prémices touchants;
L'œillet et la rose vermeille
Cessent d'enorgueillir nos champs ,
Et depuis long-temps mon oreille De Philoméle absente appelle en vain les chants ;
Déjà de son dernier ombrage Se dépouille le chêne aux rameaux étendus ; Ces bois voluptueux , asile de Vénus ,
IN 'offrent plus qu'un morne feuillage Qui porte la tristesse en mes sens abattus.
Console-toi , riche Cybéle ,
Si tu vois tes charmes pâlir ;
Au moins dans ta vie immortelle
Chaque année un printemps aime à te rajeunir : Moi, sans regret verrai-je arriver mon automne, Présage d'un hiver que ne suit nul printemps !
La mort sans pitié nous moissonne.
Ah ! si quelque bonheur eût flatté mes beaux ans !
Les roses de mon premier âge Ont sur mon front, hélas ! brillé si peu d'instants ! Comme Tonneau qui , loin du paternel bocage ,
Fléchit sous les coups des autans ,
Loin de ma famille adorée , Aux coups de la fortune ainsi je fus livrée.
Dans la souffrance et le chagrin J'ai passé la saison aux doux plaisirs prospère.
Disparaîtrai-je de la terre
Sans qu'un sourire du Destin
N'ait charmé ma longue misère !
Dieux ! que dis-je Pet pourquoi songer à mon malheur?
Mon fils , juste orgueil de ta mère , N'es-tu pas à toi seul tous les biens pour mon cœur ? Viens, accours; ta présence a trompé ma douleur.
Oui , mon fils , oui , ma noble idole , De mon été , qui fuit, ton printemps me console.
Eh ! comment du passe garder le souvenir, Quand les mâles vertus de ton adolescence, Et tes savants travaux, suivis avec constance,
Répondent de ton avenir !
Ah ! j'ai vécu vingt ans sous un ciel trop sévère : Mais de tant de douleurs j'obtiens enfin le prix : Les dieux m'ont accordé leur faveur la plus chère ;
Ils m'ont donné mon fils !
ET