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DES CHANGEMENS

de la bergère Iris

La nuict brune acheuoit son tour, Quand Philene attandant le iour Vit enfin l'Aurore leuée, \

Qui dVn vaze plein de couleurs Versoit de Tesmail sur les fleurs 6 Qui naissoient à son arriuée.

L'Amour veillant auprès de luy, Pour entretenir son ennuy, Ceint de mille flèches meurtrières, Faisoit garde en cet appareil Pour empescher que le sommeil 12 Ne se coulast dans ses paupières.

Damis de mesme accoustumée De voir l'Orient allumé Des premiers regards de l'Aurore, Quand il la vit il s'habilla.

Et se leuant il resueilla i8 Daphnis qui reposoit encore.

Titre. M, Troisiesme Poème | De la Gynegyric represantée | par la; Bergère | Iris | . — 4. M, vase plain — 14. M, l'Orient enflammé — 16. M, Quand il le vit

Et sans sçauoir s'ils iroient loin, Prenans ce qui leur fit besoin, Ils remplirent leur pannetiere, Choisissant entr'eux vn lieu près Pour y pouuoir prendre le frais.

Et passer la iournee entière.

Ils sortirent ainsi tous trois Menans leurs troupeaux dans les bois, Oui pas à pas par leurs clochettes Esueilloient les oyseaux cachez Dans leurs petits licts attachez Dessus les branches plus secrettes.

Dans vn rocher entr'eux prisé, Que sans art le Temps a creusé, Se trouue vne Grotte feutrée De mousse verte tout autour, Et si couuerte qu'en plain iour Le Soleil n'en peut voir l'entrée.

A la porte vn Pin verdissant, A l'enuy du Rocher croissant, Luy donne tousiours de l'ombrage.

Et tout auprès coule vn ruisseau Qui du vif argent de son eau Enceint ceste Grotte sauuage.

19. M, E, loing — 20. M, Prirent ce qui | M, E, besoing — 21. M, leurs panetières — 22. M, vn lieu frais (sic) — 27. M, Qui par après par — 33. M, vne grotte parée — 34. M, au tourt — 36. M, Le soleil ne peut

Les Cretois tiennent que ce lieu Sert de retraite à quelque Dieu, Et qu'en ceste Grotte si belle, Europe iadis esprouua Que le Taureau qui l'enleua 48 Fut lupiter amoureux d'elle.

C'estoit dedans cest Antre esleu Qu'ils auoient tous trois résolu.

Les Cretois de venir entendre La fin du discours délaissé Que Philene auoit commencé, Ç4 Et luy venoit pour le reprendre.

Si tost qu'ils y furent assis Sur des vieux cailloux adoucis De treffles Se de mousse molle.

Les plus nets qu'ils auoient trié, Sans attandre d'estre prié, 60 II print le premier la parolle.

le vous ay (dit-il lors) promis D'acheuer le discours remis, Qui vous a fait naistre l'enuie De voir la fin de mes amours.

Plaise aux Dieux qu'auec ce discours 1

66 l'acheue ma peine, ou ma vie.

Hier nous laissâmes Iris Bien près des riuages fleuris Que laue le clair Erimante,

43. M, Les Cretois treuvent — 49. M, ce lieu cslcu — 50. M, resoulu — 52. M, discours commencé — 53. M, avait délaissé — 57. A, F, De treffle {-vers faux). Nous corrigeons ai>ec M, B, D. — 60. M, Il priât

Voyons son retour auiourd'huy, Vous taisant icy tout l'ennuy Que i*eus quant elle fut absante.

Souuent en ce mal impiteux, De ma vie estant tout honteux, Comme voyant son bel image Que l'Amour faisoit reuenir A toute heure en mon souuenir.

Mes souspirs tenoient ce langage.

C'est me monstrer bien froid amant

Que pleurer vostre esloignement.

Beaux yeux dont mon ame est attainte.

Car le mal d'en estre esloigné

Doit plustost estre tesmoigné

Par mon trespas que par ma plainte.

Ne iuge donc point mal de moy.

Ma chère Iris, si loin de toy Faisant à la mort résistance.

Mon œil est esclairé du iour, Ce n'est pas vn défaut d'Amour, Mais vn excès de patience.

le sçay qu'en l'estat oi!i ie suis,

Opiniastre en mes ennuis.

Ce m'est vne aussi lasche enuie

73. M, B, D, E, en ce dueil — 75. D, ce bel image — 'j'j. E, A, tout heur — 78. C, tenoit ce langage : F, tenoit en ce langage : M, A, B, D, E, tenoient ce — 83. M, Doibt — 85. F, mal de toy — 86. M, D, loing — 90. M, C'est vn excès

54 i-E TROISIESME CHANT

De vouloir viure sans tes yeux Comme l'acte est prodigieux 96 De viure estant loin de sa vie.

Helas ! que diras-tu de moy ?

Car quand ie pris congé de toy, De mon mal ayant cognoissance Auant qu'en venir à Fessay, En tes mains mon cœur ie laissay, 102 Ne voulant viure en ton absence.

Peut-estre en m'estimant moqueur Tu croiras que i'ay double cœur, La crainte que i'en ay me trouble, Mais chère Iris, si tu le crois, Croy que c'est pour mourir deux fois, 108 Non pour te tromper, qu'il est double.

le vis, mais c'est que ie ne puis Sçauoir en ces tristes ennuis Comme il faut que ie m'en deliure, Et celuy ne peut pas guarir Qui ne sçait comme il faut mourir 114 Lors qu'il ne sçait comme il doit viure.

Car bien que ie sois asseuré Qu'en toy mon cœur soit demeuré.

Et que mon ame t'ait suyuie, le vis par vn contraire sort.

Et l'ennuy, cause de ma mort, 120 Luy-mesme est cause de ma vie.

96. M, loing — 10 1. M, Dans tes mains — 107. M, Crois — 112. M, guérir — 114. M, il faut vivre — 115. D, bien que ie suis — n6. M, a demeuré — 117. M, t'a suivie

Car il me sert de mouuement, De vigueur, & de sentiment.

Et d'éternel souffre à ma flame, Il me sert de Mémoire aussi Pour rendre immortel mon soucy, Et ceste Mémoire est mon ame.

Elle est bien mon ame vray'ment, Mais elle l'est tant seulement A cause qu'on t'y voit entière Comme en vn miroir presanté, Dont l'obiect en est ta beauté Et ma flame en est la lumière.

Donq sans croire mal de ma foy, En sçachant qu'esloigné de toy La clairté ne m'est point rauie, Mon cœur, sçache en ce triste Sort, Que ton Absance est bien ma mort, Mais ceste Mémoire est ma vie.

Puis d'vn autre excès transporté.

Quand ie pensois d'autre costé De revoir bien-tost ma maistresse, Oubliant tous ces desplaisirs l'oyois tout à coup mes souspirs Changez en doux chants d'alegresse.

Ce m'est (disois-ie) bien de l'heur, D'auoir receu de la douleur Pour son absance intolérable,

113. M, Souphre — 141. M, De bien tost revoir. Nous corrigeons la leçon de A, receuoir d'après M, B, C, D, E, F. — 142. M, tous mes — 144. A, F, en deux chants. Nous corrigeons diaprés M, B, D, E.

Et le Sort s'il ne m'eust osté Le bien qu'ore il m'a raporté 150 Ne pouuoit m'estre fauorable.

le vay le plaisir esprouuant î

Qu'vn aueugle iroit receuant, Sentant desserrer sa paupière, Et combien des raiz du Soleil, Apres la nuict & le sommeil, 156 Nous est plaisante la lumière.

Beau iour, sois-tu le bien venu.

Sois-tu pour iamais recogneu, Aux désirs des amants propice, Face le Ciel que tous les mois Tu retournes par tant de fois 162 Que de toy tout l'an se remplisse.

Pauure moy, las ! ie m'esioUy Ainsi que si i'auois ioUy De l'œil de mon Iris présente, Espoir toy-mesme t'abusant.

Las ! tu ressens vn bien présent 168 Qui pourtant est tout en attente.

Mon bien est encor' à venir, Et ie croy desia le tenir.

Me repaissant d'vne nouuelle :

Elle doit retourner ce iour, Mais peut-estre par son retour ly^ Elle me doit esloigner d'elle.

149. Nous corrigeons la leçon de A, aporté d^aprh les autres textes. 154. A, C, F, de raiz : B, D, des raiz : M, rays — i6i. M, retourne — 164. A porte oOy. Nous sui-vons B. — 166. A, C, F, toy-mesme abusant. Nous corrigeons a'uec M, B, D. — 167. M, tu reçois «

C'est ma peur, la crainte que i'ay, De voir son cœur pour moy change, Fait que ie crains qu'elle reuienne, Et qu'en ce seiour retournant.

De moy plus ne se souuenant Elle ne retourne plus mienne.

Son retour qui me doit guérir Me fera peut-estre mourir, Pour d'vne espérance trop vaine M'estre asseuré de son amour, Hé ! douté-ie que son retour Ne soit ma mort toute certaine ?

le mourray de contantement, Si ie voy qu'elle m'aille aymant, Et que son cœur me soit fidelle.

Ou bien ie mourray de douleur, Si comme ie crains, mon malheur Veut que ie sois desdaigné d'elle.

O iour longuement attendu.

Puisse par toy m'estre rendu Le bon-heur que de toy i'espere, Puisse-ie mourant, ou viuant.

Aller en ton cours, receuant Le dernier coup de ma misère.

Mal'heureux ie parlois ainsi.

Tremblant en ce douteux soucy, Ayant eu nouuelle asseurance Que ce iour Iris retournoit, Et par son retour r'amenoit Mon bon-heur auec sa presance.

183. M, Pour l'une — 188. M, ie vois — 192. M, esloîgné d'elle

le Tallay trouuer sur le soir, Et si tost que ie la peu voir Toute ma force fut perdue, Mais de son bel œil m'aprochant, Ma force alors en la touchant 2IO Par sa bouche me fut randue.

Ainsi ie fus voir mon Iris, Qui dans ses deux bras si chéris M'estraignit dVne douce enuie.

En fin (luy dis-ie) vn plus doux sort Veut que ie viue après ma mort, 216 Puis qu'il fait retourner ma vie.

luge, mon cœur, mon cher désir.

Combien ie sens doux le plaisir De te reuoir ainsi presante.

Et quel mal i'ay peu receuoir.

Mon seul penser, te pouuant voir 222 Quand mes yeux t'ont trouuée absante.

A ces mots Iris tout soudain.

Me dit en me serrant la main.

Toute ceste liesse est mienne En ce que mien te retrouuant, le vay quant & quant éprouuant 228 Combien ce m'est d'heur d'estre tienne.

l'ay plus de bon-heur d'estre à toy, Et que mon amour, & ma foy, A ton mérite m'ont soubmise,

219. M, De te voir I M, B, D, E, enfin présente — 222. M, treuvé

Que si d'vn grand nombre d'amants, Par mes yeux leurs feux allumans, En mes mains i'auois la franchise.

Mais ie ne te puis pas nier, Oue pour vn si beau prisonnier le ne sois geolliere peu belle.

Craignant non que ton peu de foy, Mais que peu de mérite en moy En fin ne te rende infidelle.

Hé ! pourquoy les Cieux ennemis Te faisant mien, ont-ils permis Que ma beauté fust si petite.

Et que i'eusse moins cet honneur Par mérite que par bon-heur, Mon heur estant mon seul mérite ?

L'arrestant au milieu du cours

D'vn si cher, mais flateur discours,

le luy dis. Ha ! belle rieuse,

Il est bien vray que si c'est heur

D'auoir vn constant seruiteur,

Que tu peux bien te rendre heureuse.

Mais mon cœur, ton mérite est tel,

Que si quelque amoureux mortel

Pour auoir de toy iouyssance,

Pense auoir ce bien mérité,

Il a plus de témérité

Qu'il ne doit auoir d'espérance.

248, M, mes flatteurs. Le scripteur a rayé mais et ajouté mes dans r interligne. — 250. L« éditions donnent si cet heur. La correction s'impose. — 252. B, D, E, te dire heureuse : M, Que tu te peus bien dire heureuse.

Lors Clorille (ainsi se nommoit Vne Bergère qui m'aymoit, Compagne de mon Infidelle,) Tay veu (me dit-elle) vn Berger A qui pour le mieux engager 264 Ton Iris fait bien de la belle.

La voir (dis-ie alors) sans beauté, C'est voir le Soleil sans clarté :

La lumière estant mesme chose En cet Astre qui luit aux Cieux, Que la beauté l'est en ses yeux, 270 Où tousiours on la voit éclose.

Elle n'est que beauté vraiment.

Pour ceux-là qui la vont aymant Comme elle l'est pour elle-mesme :

Elle est tout ce qu'on peut aimer.

Nul ne se pouuant enflammer 276 D'vne belle ardeur s'il ne l'ayme.

Vien le sçauoir icy dehors, Me respondit Clorille alors.

Me tirant à l'escart vers elle.

Et lors mon Iris s'en doutant Hé ! quoy ! (me dit-elle à l'instant), 282 Me voudrois-tu croire infidelle ?

Il n'est pas temps de s'amuser (Me dit Clorille) & s'abuser A tout ce qu'elle te peut dire,

270. M, D, esclose — 277. M, Viens — 280. M, doublant — 283. £, pas tant de

DES CHANGEMENS DE LA BERGERE IRIS 6l

Vn nouueau Berger est venu, Pour qui comme i'ay recogneu, le sçay que ton Iris souspire.

Qui plus est encor' vn bruit court, (Mais pourtant ce n'est quVn bruit sourt) Oue Ton trame son mariage Auecque ce nouueau Berger, Pour moy ie ne sçay qu'en iuger Tant elle luy fait bon visage.

A ces mots perdant la raison Vne soudaine pasmoison Suprima tout à coup ma vie, le tombay perdant mes espris, Mais de la cheute que ie pris le repris ma vigueur rauie.

l'ouuris donc l'œil qui descouuert Aux pleurs non au iour fut ouuert.

Ma bouche en après fut ouuerte Aux blasphèmes contre l'amour.

Bien heureux de perdre le iour Oyant de mes amours la perte.

Infidelle, inconstante Iris, (Dis-ie alors en laschant mes cris) Tu me quittes, esprit volage, Mesprisant mes désirs constans :

Ha ! Clorille, c'est de long temps Que ma peur m'a faict ce présage !

289. M, ^ui pis est — 290. M, Mais ce n'est pourtant — 291. M, traine son mariage — 298. M, teumbay — 300. M, reprins — 301. M, l'ouvrois — 309. M, quitte

Clorille alors pour m'asseurer, Pour de la mort me retirer, Et de ceste dure créance Me dit qu'elle auoit par ce tour Voulu voir sans plus mon Amour, 318 Et mon Amour par ma constance.

S'il est vray (luy dis-ie) à l'instant, Que mon Iris m'aille quittant, N'empesche point ma mort prochaine :

Mais s'il n'est pas vray, las ! pourquoy ^

Pour esprouuer quelle est ma foy 324 Te plais-tu de me mettre en peine ?

Ainsi vers Iris retourné Demy mourant, tout estonné.

Tout transi, tremblant Se débile, Sans couleur, pensif, &c chagrin, l'ay fait (luy dis-ie) vn grand chemin 330 Depuis que i'ay suiuy Clorille.

le viens encor' tout maintenant Pasle èc sans force, retournant De l'autre monde, ô ma chère ame.

Où i'eusse tousiours demeuré Si i'eusse esté bien asseuré 336 Q"^ ^" veux desdaigner ma flame.

Que s'il est ainsi, mon désir.

Que tu ne prennes plus plaisir Que ma foy te soit asseruie,

314. M, Et de la mort — 315. M, cette dure croyance — 317. M, Voulu voir pleus scur — 318. M, Ou mon Amour — 321. M, N'cmpeche pas — 323. M, epreuuer ] A, ¥, ma loy. Nous corrigeons avec B, C, D, E. — 333. M, ou ma — 334. Nous corrigeons la leçon de A, F, i'eu sur M, B, C, D, E. — 338. M, prenne

Pour moy ie veux ce que tu veux, Adioustant à mes premiers vœux Le sacrifice de ma vie.

le m'en doutoy bien (dit Iris, Meslant à sa honte vn sous-ris) Que Clorille seroit causeuse, Elle ne pouuoit s'en passer, Peut-estre as-tu peu t'offencer Voulant croire à ceste flateuse.

Non pas qu'il ne soit vray pourtant Que tantost Charis m'accostant Ne m'ait dit beaucoup de paroles De son amour, & de sa foy.

Paroles qu'à cause de toy, le tiens pour des contes frivoles.

Aussi tu ne te dois fascher, Et moy ie ne puis l'empescher D'estre par d'autres recherchée.

Car en cela ie ne puis rien, Seulement ie t'asseure bien Que ie n'en seray pas touchée.

Il est en vous ma belle Iris, (Luy dis-ie alors) d'aymer Charis, Et d'estre constante ou volage.

De rien ie ne m'ose asseurer, le pourroy bien plus espérer.

Mais non mériter d'auantage.

349. B, D, qui ne soit — 350. M, Que Charis tantost — 355. M, doibs — 358. M, ne peux rien — 365. Noui corrigeom la leçon de A, F, le ne pourroy d'après M, B, D.

Tay vescu tant qu'il vous a pieu, le suis à la mort résolu, Si mes feux cessent de vous plaire :

Car le trespas en vous aymant Me tiendra lieu de chastiment 372 S'il ne me tient lieu de salaire.

Voicy ce qu'elle respondit :

Tu t'affliges trop à crédit, Croyant la feinte comme Histoire, le voudrois sçauoir quelle loy M'oblige plus de croire à toy 378 Qu'elle ne t'oblige à me croire.

Puis que tu veux bien qu'en t'oyant A tes discours i'aille croyant Tu dois bien croire aux miens de mesme. Car à l'esgal tu peux penser.

Et sans ton amour oftencer 384 Que ie t'aime autant que tu m'aimes.

Iris ainsi m'ayant promis Que Charis à sa loy sousmis L'éprouueroit dure maistresse.

On ne m'en ouyt plus parler.

Car l'eusse creu la quereller 390 De mettre en doute sa promesse.

Mais toutes fois vn bruit couroit.

Qui de iour en iour m'asseuroit Qu'il ne se falloit pas attendre

368. M, rcsoulu — 371. M, Me servira de — 381. M, doibs — 387. M, L'csprouueroit — 393. M, se failloit

A ce qu'elle m'auoit promis, Mesmes plusieurs de mes amis Vindrent pour me le faire entelidre.

le craignoy tout, & maints glaçons.

Glissez dans moy par ces soupçons, Me donnoient vne fleure lente.

Que le despit qui me troubloit Par excez nouueau redoubloit, Et rendoit bien plus violente.

En fin ie vis (helas ! mes yeux, Que ma peur vous fit curieux) Iris vn peu trop ententiue Aux veux de ce nouueau Berger, Qui pour sa douleur alléger L'émouuoit de sa voix plaintiue.

Ils estoient tous deux dans vn pré, De mille fleurons diapré.

Fleurons qui m'estoient des orties.

Toutes les fleurs de mon espoir Voyant ce que ie n'osoy voir Furent en soucis conuerties.

A ce qui me parut. Iris Sembloit se plaire auec Charis, le ne sçay si la ialousie Me fit voir ce qui n'estoit point.

Pour le moins Iris en tel point Sembloit estre d'amour saisie.

397. M, glassons — 401. M, Par axcés — 405. M, trop attentive — ■408. M, Tesmoignoit de — 411. M, horties — 415-450. Ces six strophes manquent dans M. — 416. B, D, se plaindre

le me sentis soudain trembler, Et mon soupçon se redoubler, Voyant mon malheur si notoire, Ce que ie vis me pressa fort.

Et me fit croire à cet abord 426 Pour vray ce que i'osoy moins croire.

Ce soupçon fut tel que ma foy Ne le peut pas oster de moy :

Bien souuent aussi l'apparence Enuers vn cœur d'amour attaint, Et sur tout à l'heure qu'il craint 432 Le rend de facile créance.

le veux hardiment confesser Que pour autre chose penser Ma perte me sembloit trop vraye : Las ! où suis-ie ? (dis-ie tout bas), le voy mon bien entre les bras 438 Du plus grand ennemy que i'aye.

Bergers, l'on cognoist aisément.

Si l'on n'est en aueuglement La pensée ingrate, & légère De celle qui veut oublier.

Et de l'amour se deslier, 444 le le cogneus en ma Bergère.

Iris me regardant venir.

Ne peut sa honte retenir Qui s'espandoit sur son visage, Sçachant que i'auois trop d'amour Pour cognoistre vn si lasche tour, 450 Sans la croire aussi-tost volage.

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