‹ uvres poétiquesChapitre 3 sur 79 · INTRODUCTION IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION IX

partenait aussi le jésuite Claude de Lingendes (i 591-1660) et le prédicateur célèbre Jean Riquetel de Lingendes (159 5-1 665), ëvêque de Sarlat en 1642, et de Maçon en 1650. Jean de Lingendes était poëte de cour, et familier des maisons du Maine et de Nevers, comme le montrent suffisamment ses pièces de circonstance.^ On ne saurait préciser davantage. Il convient toutefois de remarquer qu'une indication relevée tout dernièrement sur un registre paroissial de la ville de Moulins, introduit un élément d'obscurité dans le joli roman fort convaincant que M. Madeleine a fait du mariage de Jean de Lingendes avec Marguerite Gascon, fille de noble René Gascon, commissaire de l'artillerie de France. Le registre, appartenant à la paroisse de Saint-Pierre des Menestraux, porte que <[ le douziesme iour de mars seize cens douze» figure en qualité de marraine cette 4L Marguerite Gascon, femme de noble Pierre de Lingendes » .=^

l'histoire de la famille depuis l'année 1300, où Guillaume de Lingendes, qualifié damoysel, damoyseau, ou domicellus, « a reconnu tenir en fief lige du Comte de Clermont » les terres qu'il possédait en certaines paroisses. Une « desrogeance à noblesse » survint au milieu du XV® siècle : le père d'un certain Jean de Lingendes, « s'estant endebté et engagé par les mauvaises rencontres des guerres où il avoit continuellement servy, tout son bien fut vendu, de sorte que le dit Jean estant pauvre sans avoir aucun des fiefs de noblesse qui avoient esté possédés par ses prédécesseurs, & sans aucun bien pour soustenir sa noblesse, se retira au lieu de Chantrolle, au susdit pais de Bourbonnois, où il fut obligé d'exercer un ofiice de judicature de notaire ».

* Notamment le Sonnet pour Mademoiselle du Maine, un autre Pour •un bracelet d^ ambre ©" de perles, et les Stances Sur la naissance de M. le Duc de Rethelois (fils du Duc de Nevers). Dans r« Advertissement aux Lecteurs» qui précède les epistres d'ovide traduites en prose . . . (16 16), De Lingendes dit : « Il y a dix ans que ces Epistres furent commencées pour le contentement de deux Princesses à qui il m'eust esté bien difficile de les pouuoir refuser ...» M. Madeleine commente très justement : < L'une de ces deux Princesses ne peut être que Mademoiselle du Maine, si l'autre est ou bien la Duchesse de Nevers ou bien la Princesse de Conti ».

^ Nous devons cette communication à l'obligeance de M. Raynaud, qui, apprenant que nous préparions une édition du poëte, nous en a aussitôt fait part. M. Raynaud s'occupait lui-même d'un Mémoire sur Jean de Lingendes.

Faut-il admettre, pour une explication un peu facile, que le prénom de Pierre a été inscrit par erreur ? Que faire alors de la qualification de « noble » que nulle part dans les actes on ne voit accollé au nom du poëte ? Étant donné que la famille était fort nombreuse, on est quand même tenté de soupçonner là une distraction de greffier pas assez soucieux de ses devoirs de teneur d'archives, et qui n'aurait peut-être rédigé l'acte qu'après coup. La thèse de M. Madeleine paraît trop bien fondée pour être rejetée à la légère. Quel serait, sinon le poëte, ce « Jean de Lingendes, secrétaire de la chambre du Roy et de Monseigneur le Duc du Maine » dont Marguerite Gascon est veuve dans deux actes d'octobre 1616 et de janvier 161 7 des «Insinuations de la Sénéchaussée de Bourbonnois » ? M. G. Ascoli,^ dans son compte-rendu du petit volume publié par M. Madeleine, met en doute cette identification, mais il n'apporte aucune raison contre elle.

Au 20 octobre 161 6, Marguerite Gascon est déjà remariée. M. Madeleine part de là pour conjecturer que Jean de Lingendes est mort en 161 5, plutôt qu'en 161 6. La date de 1616 a l'avantage d'être consacrée par la tradition commune. Ce n'est d'ailleurs qu'un motif « sentimental » qui porte M. Madeleine à se rapprocher du «douziesme Aoust 1615» où Toussainct du Bray obtint Privilège pour les Epistres d'Ouide, traduites en prose par les sieurs Du Perron^ De La Brosse^ De Lingendes^ & Hedeliriy qu'on acheva d'imprimer «le trentième iour de Juillet 161 6», De Lingendes étant « decedé sur l'impression de son livre».

Si la biographie du poëte reste à peu près en le même état, il en sera autrement en ce qui est de sa bibliographie. La quotepart que nous y apportons complétera, nous osons l'espérer, le travail de nos devanciers. Grâce à des rencontres très heureuses au cours de nos recherches, nous avons été plus fortuné qu'eux, et nous sommes à même de restituer au gracieux poëte plusieurs pièces que l'ignorance ou l'oubli lui avaient dérobées.

» Dans la Revue Uni'versitaire du 15 janvier 1913.

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