M s^ arrête ici
Et pour accroistre encor mon mal, Fauorisant à mon riual, Vous suyuez sa main qui tastonne Dedans son sein mille beautez.
Et trop curieux vous contez Tous les baisers qu'Iris luy donne.
Ayant conte tous ceux d'Iris, Vous contez ceux que son Charis Luy rend, luy donne, Se luy desrobbe, Et sans le voir, pour m'esmouuoir Vous me faictes croire de voir Ce qu'il luy touche sous la robbe.
Mais las ! pourquoy pour m'excuser Veux-ie ainsi mes yeux accuser Du mal dont seul ie les offense ?
Pourquoy suis-ie si rigoureux Apres l'auoir commis par eux D'en prendre sur eux la vengeance ?
Donc sans plus accuser mes yeux Il faut m'esloigner de ces lieux Pour ne voir plus ceste pariure.
Et de ses nœuds me deslier.
Il faut viure pour l'oublier, Ayant peu suruiure à l'iniure.
Quand mes yeux l'auront peu laisser Peut-estre après de mon penser La pourray-ie voir effacée :
Ostons donc l'obiect de nos yeux.
Et par eux nous osterons mieux De nostre cœur ceste pensée.
114 ^E CINQVIESME CHANT
Mais en vain me veux-ie efforcer D'oster Iris de mon penser Par le remède de l'absence, Car ie ne m'en puis dessaisir, Et i'en veux garder le désir, 504 En ayant perdu l'espérance.
Helas ! mais puis-ie encor' auoir Ou du désir, ou de l'espoir ?
Ha ! que i'ay bien peu de courage En vn mal si grand qu'est le mien, Luy puis-ie encor vouloir du bien 510 Apres vn si sanglant outrage ?
Et puis que son œil mensonger M'empesche de me desgager D'vn nœud qui tousiours se resserre, .1
Quittons ce pays librement.
Et puis qu'elle a changé d'Amant, C16 Pour nostre bien changeons de terre.
Quittons donc de bon cœur ce lieu, Adieu pariure Iris, adieu, Ingrate, adieu, ie t'abandonne :
Ainsi ie m'escriay soudain.
Et sans prendre d'autre dessein 522 le dressay mes pas vers Modonne.
Mais i'estois si faible, & si las.
Qu'il falloit presque à tous les pas Me reposer. Se prendre haleine :