‹ uvres poétiquesChapitre 48 sur 79 · ALCIDON PARLE · texte numérisé non relu

ALCIDON PARLE

FiLLis, auprès de cet ormeau Où paissoit son petit troupeau, Estant toute triste & pensiue, De son doit escriuoit vn iour Sur le sablon de ceste riue :

Alcidon est mon seul amour.

le ne deuois pas m'asseurer De voir sa promesse durer Par ce qu'en chose plus légère Ny plus ressemblante à sa foy.

L'ingrate & pariure Bergère Ne pouuoit se promettre à moy.

Vn petit vent qui s'esleuoit

En mesme instant qu'elle escriuoit

Ceste preuue si peu durable,

EfFacea sans plus de longueur

Sa promesse dessus le sable

Et son amour dedans son cœur.

Dans IM, cette pièce est intitulée : Imitée de l'Autheur de Diane de Montemaior, par de Lingendes. Alcidon parle, les annales poÉTiguEs, Paris, 1778-1788 {tome xv) lui donnent le titre ambigu : Epigramme imitée par l'Autheur de Diane de Montomajor.

Voir notes, pp. 232, 233.

Belle Armide, à quelle raison

Pour nous tirer en ta prison

Vses-tu de tant de caresses,

Puis qu'abusant de ces apas

Tes beaux yeux nous font des promesses

Dont ton cœur ne se souuient pas ?

Quelle erreur t'a peu faire croire Qu'on puisse acquérir de la gloire Auec tant d'infidélité.

Et que l'amour & la constance, Au pris de la légèreté, 12 Soient des idoles sans puissance ?

Cesse donc de plus inuenter Tant d'attrais pour nous arrester Et pour rauir nostre franchise.

Puis qu'au lieu de la retenir Aussy tost que tu l'as conquise i8 Tu ne t'en veux plus souuenir.

Hé ! quel honneur peux tu prétendre

De tant de cœurs qu'on te voit prendre,

Que tu quittes de iour en iour

Pour d'autres conquestes nouuelles,

Imaginant plustost l'amour

Sans des flammes que sans des aelles ?

Mais helas I ô chère beauté, le blasme ta légèreté, Sans penser que la douce amorce, Dont tu te sers pour m'engager.

Me rauit l'enuie & la force De me soustraire à ce danger.

Car voyant ma perte euidente Sur vne Mer si peu constante.

Mon cœur semble s'y préparer.

Désirant si fort son naufrage Que de peur de s'en retirer Il n'a peur que d'estre trop sage.

Helas ! Raison, pardonne moy.

Si tu vois qu'enfraignant ta loy, le fay si peu de résistance Quand on m'oste la liberté.

Et si malgré son inconstance le veux mourir pour sa beauté.

Et qui pourrait t'estre fidelle Aymant vne chose si belle ?

Ou bien en voyant seulement Ses beaux yeux, dont la douce flame Me fait haïr si doucement 48 Le défaut qu'elle a dedans Tame ?

le veux donc aymer ma prison, Et croire, pour la guerison De la douleur qui me tourmente.

Ou que ie pourray l'arrester.

Ou que son humeur inconstante 54 Me contraindra de l'imiter.

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