ACCUSÉE
DoRiNDE, croiriez vous qu'en la fin violente
DVn berger incensé, Accusant ma froideur iamais ie me repente
De ce qui s'est passé ?
C'est bien iniustement que ie suis poursuyuie
De la mort d'vn Amant, Autant déraisonnable en finissant sa vie
Que vous en m'en blasmant.
Car bien qu'il l'ait finie après l'auoir traînée
Si long-temps en langueur, Il en faut accuser son amour obstinée
Et non pas ma rigueur.
Et vrayment sans raison ie me vois accusée
De l'auoir tourmenté, Quand vous dites sa peine auoir esté causée
D'auoir veu ma beauté.
Titre. P, défend — z. P, insensé — 7. P, desraisonnablc — 15. DP - 1615, 1618, R 1642, sa peine auoit esté causée
lyO STANCES
S'il a receu du mal à cause qu'il l'a veuë,
Accusez en ses yeux Et s'il en faut blasmer ceux qui m'en ont pourueuë, 20 Accusez en les Dieux.
Que s'il est mort d'amour, c'est en vain qu'on estime
Que ie deuois l'aymer, Et qu'en le dédaignant ie fisse quelque crime 24 Dont on m'ait peu blasmer.
Car si i'ay deu l'aymer par ce qu'on l'oyoit plaindre
Qu'il viuoit soubs ma loy, On m'oblige d'aymer tous ceux qui pourront faindre 28 D'auoir du mal pour moy.
Par les souspirs menteurs & par les larmes feintes
Des Bergers de ce temps, Les Belles auiourd'huy seroient toutes contraintes ,2 De les rendre contents.
Bien serois-ie coulpable & la cause certaine
De son mal aduenu, Si par quelque promesse en sa poursuitte vaine 36 le l'eusse entretenu.
Mais sçachant qu'à ses feux mon oeil seruoit d'amorcei
Lorsque ie l'auois veu, le ne le voyois plus si ce n'estoit par force 1
.Q Ou bien à l'impourueu.