MADAME
le me presante à vne Princesse de qui la grandeur se peut plustost admirer que dire, & de qui la gloire est respandue en tant de lieux, que tout le Monde n'est qu'vn Temple où sa Majesté est adorée de tous les peuples, & chantée de toutes les langues de la Renommée. le m'adresse à vne Royne, pour qui le Ciel est ialoux de la terre, pour qui les Siècles passez enuieux du nostre, voudroyent auoir esté retardez iusques à ce temps, pour auoir l'honneur de l'auoir faict naistre, & pour qui les Aages suiuans souspireront de n'auoir esté plustost aduancez, pour voir en leurs iours vne si glorieuse Princesse, que la publique voix de la Mémoire leur fera recognoistre & désirer. Or Madame, encores qu'on me puisse accuser de presumption en vous adressant cette petite Bergère ; toutesfois puis que c'est la coustume des Escriuains de parer le front de leurs œuvres, comme d'vne Sauue- garde contre le Temps, du Nom de quelque illustre Personne, que le sang & le mérite recommandent à la Postérité ; Permettez moi que ce petit Liure ait la faueur de porter le vostre Auguste, qui par vos Vertus estant immortel, empeschera par le respect de cette qualité que les Ans n'ozeront l'attaquer quand ils luy verront cette marque sacrée sur la face. Ainsi ce que i'ai entrepris n'est qu'à fin que ceux qui me surpasseront à bien escrire, me cèdent en l'Election que i'ay faitte de vous dédier cest Ouurage, & par lui l'Ouurier, de qui (s'il vous plaist) vous excuserez l'ignorance par le désir qu'il auoit de se presanter à vous, & montrer qu'il ne souhaitte que de viure
Madame, de V. M.
Le tres-humble & obéissant seruiteur,
L DE LiNGENDES.
Xxii ŒUVRES POÉTIQUES DE JEAN DE LINGENDES
4° — Les liminaires. Douze feuillets, dont les six derniers ne sont pas chiffrés.
Les deux premiers sont pris par le frontispice et la dédicace. Nous n'avons plus à nous en occuper. Huit de ceux qui suivent, soit seize pages, contiennent les vers à la louange de l'auteur et de son livre. Ils sont placés dans cet ordre.
Au Berger Philene, Davity ; — Au Berger Philene^ Honoré d'Vrfé j — A Iris, Motin ; — A Philene sur ses Amours, Infrainville- Touvant ; — A Iris, Anonyme ; — A Philene, De Voyon ; — Pour Philene, Aube[rri] ; — A Philene, Berthelot ; — A Iris, De Corlieu ; — Au Bergère Philene, P. de Nancei.
En aucune autre des éditions la liste des liminaires n'est semblable, ni dans le même ordre. Voici ces listes :
A.C.F. — D'Vrfé ; Berthelot ; Corlieu ; Nancei ; Davity. Cinq pièces ont été sacrifiées, sur dix.
B.B2.D. — D'Vrfé ; Motin j Touvant ; Anonyme ; De Voyon ; Auberri ; Berthelot ; Davity ; De Corlieu ; P. Moysson. C'est presque la même liste que O, sauf que Davity est rejeté du premier rang au huitième, et que la pièce de P. de Nancei est remplacée par une Ode à la louange de Monsieur DelingendeSy signée P. Moysson.
E. — La même liste que B, B^, D, sauf qu'entre d'Vrfé et Motin vient s'intercaler une pièce : Au mesme Philene, par H. Fagot.
Il reste deux feuillets sur les douze qui ont été annoncés. Au recto de l'un (verso en blanc) est le sonnet de De Lingendes adressé A Elle-Mesme, c'est-à-dire à la Princesse de Conti. Dans toutes les éditions, il vient à la suite de l'Épitre à Louise de Lorraine. La place qu'il occupe ici, après les vers de P. de Nancei, adressés Au berger Philene, ce qui rend inintelligible le : A Elle Mesme, est un non sens. Ce n'est peut-être qu'un caprice du brocheur : il faudrait interchanger ce feuillet avec le feuillet, également non chiffré, qui contient les vers de Davity. L'avantage serait de rendre à Honoré d'Vrfé, sur la liste, le rang qu'il est bien plus probable (ju'il avait, et, en rejetant beaucoup plus loin Davity, de retrouver de plus près l'ordre suivi par les autres éditions.
Du dernier feuillet, le recto est blanc, le verso offre VExtraict du Privilège.
INTRODUCTION XXlll
Il semblera résulter sans doute de l'examen de ces liminaires que nous en avons ici une forme distincte de toutes les autres, et qu'il y a lieu de l'attribuer à l'Édition Originale.
50 — Une suite de 165 pages, donnant Les Changemens de la Bergère Iris.
C'est également une forme distincte de toutes les autres. Le nombre de pages, à 2 pages près (cette différence s'explique par des inutilisations de versos), est le même que dans A, C, F, c'està-dire qu'il y a trois stances à la page pleine. Mais A, C, F, se numérotent par feuillets, tandis que O l'est par pages, ainsi que B, B^, D, E. Dans B, B^, D, le poëme lui-même tient en 128 ou 127 pages, avec quatre strophes par page normale. Dans E, qui est de plus petit format, il occupe 142 pages.
Ce texte des Changemens est manifestement antérieur à tous les autres. Il est d'une orthographe plus archaïque. S'il échappe à certaines améliorations qui ne furent apportées que dans l'édition de Paris 1614 (A), il est également exempt de plusieurs erreurs typographiques communes au groupe A, C, F. Ainsi au Chant IV, le vers 462 :
Alors qu'au suplice il chemine, deviendra dans A, C, F :
Alors qu'on le meine au suplice.
ce qui supprime la rime avec le vers correspondant (459) : le contrefis meilleure mine.
Au contraire B, B^, D, E, gardent la bonne leçon, provenant du
Manuscrit, et de l'Édition Originale que ce serait un motif de
reconnaître ici.
60 — Le volume de Prosper Blanchemain se termine par 1 quatre feuillets, chiffrés de 93 à 96, contenant les trois pièces
Pour vn Bracelet d'Ambre & de Perles, Pour Claris, Stances
(Belle Armide), que l'on retrouve dans tout le groupe A, C, F.
Les feuillets ont été empruntés à l'édition de Paris, 1623 (F), de I même que la page de titre qui a été mentionnée. Ont-ils été mis > là pour suppléer à des pages 167-174 occupées par ces mêmes
pièces ? Ou n'est-il pas plus probable que l'édition de 1605 ne ' les connaissait pas .<' Elles n'apparaissent parmi l'œuvre de notre
poète, que dans le recueil collectif de Rosset, publié en 1609.
Il y a de fortes probabilités pour que les parties authentiques de ce volume factice, à savoir la Dédicace et le Sonnet à la princesse de Conti, les dix poëmes à la louange, et enfin les Changemens ne soient pas autre chose que l'Édition Originale de 1605. Mais en l'absence d'un exemplaire régulier, la prudence commande de faire des réserves. C'est ce qui nous a déterminé à adopter de préférence comme édition type l'édition de Paris 1614 (A), certainement établie, elle aussi, par les soins de l'auteur, non sans noter les variantes que nous procurait celle-ci.
Nous avons été insensiblement amené, dans ce qui précède, à effleurer la question des filiations. On a vu se former peu à peu deux groupes. A, C, F, d'une part, et de l'autre, B, B^, D, E.
Le groupe A, C, F, se compose des deux éditions publiées par Toussaint du Bray, en 1614 et en 161 8, auxquelles vient se joindre l'édition que Mathurin Hénault procura en 1623, à Paris, sans être couvert par un privilège. L'absence d'Extrait du Privilège est l'unique différence que l'on remarque, par rapport aux deux autres volumes, dans la composition de son livre.
Les caractéristiques communes sont : le numérotage par ■ feuillets ; les pièces liminaires réduites à cinq et toujours dans le même ordre j à la fin, les trois pièces du recueil de Rosset qui, partout ailleurs, sont remplacées soit par la Complainte de Leandre seule, soit par la Complainte de Leandre suivie de X Elégie pour Ovide.
Quant au texte, nous avons relevé, en parlant du manuscrit, une mauvaise leçon du vers I, 187, et, en décrivant l'édition présumée originale, une leçon plus défectueuse encore du vers IV, 462, qui toutes deux sont dans A, C, F. S'il faut un exemple de plus, une faute d'impression {ce iour pour seiour) au vers I, 334 ne se trouve corrigée que dans l'autre groupe B, B^, D, E.
On serait tenté de croire que l'édition de Mathurin Hénault 1623 (F), descend de l'édition de 161 8 (C), plus directement que de celle de 1614 (A), pour ce fait que le titre en 1623 comme en 161 8 porte l'indication : reueus, corrigez & augmentez par l'Autheur. Mais cela est loin d'avoir rien d'absolu. Dès 161 8, l'auteur, n'existant plus depuis deux ans, ne pouvait plus ni