‹ uvres poétiquesChapitre 8 sur 79 · INTRODUCTION XXV · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XXV

revoir, ni corriger, ni augmenter. Il faudrait du moins supposer une édition en date de 1615 ou 161 6, disparue. La réalité est plus probablement celle-ci : en 161 5, le privilège accordé à Toussaint du Bray le 15 octobre 1605 (et qui n'avait d'ailleurs rien empêché) pour « le temps et terme de dix ans entiers, et accomplis», allait expirer ; jour pour jour, le 15 octobre 1615, Du Bray se munit d'un autre privilège, prolongeant ses droits pour dix ans encore, dont on peut lire l'Extrait au dernier feuillet liminaire de 1618. Et il n'est pas invraisemblable que ce ne fut que pour motiver sa nouvelle demande qu'il ajouta au titre cette mention, «reueus, corrigez & augmentez», dont l'Extrait du Privilège se fait un écho fidèle. Et l'édition de 1623 est si peu augmentée qu'il y a une lacune de six stances au Premier Chant.

Le groupe B, B^, D, E, où aucune édition ne porte la marque de Toussaint du Bray, se distingue, d'une manière générale, par quatre caractères communs. L'auteur est appelé Delingendes (de Lingendes en A, C, F). La pagination ne compte plus par feuillets, mais bien par pages. Les liminaires ne se réduisent plus à cinq pièces comme dans le groupe A, C, F, mais opèrent une régression vers la liste mieux fournie de O j à ce que nous venons de noter à ce sujet, il n'y a qu'un détail à ajouter, c'est que la pièce de De Corlieu perd une de ses stances et sa signature. Le quatrième caractère commun est dans le changement déjà indiqué des petits poëmes complétant le volume.

Les exemplaires B, B^ et D soulèvent une série de problèmes bibliographiques qui comptent parmi les plus curieux et les plus ardus.

B. (Rouen, Claude Le Vilain, 1614) est un volume d'une composition fort régulière. Après les liminaires, le poëme des Changemem occupe les pages 1-128 ; il n'y a là qu'une anomalie à signaler sous ce rapport : entre le Premier Chant et le Second, les pages 23-24 forment un feuillet qui reste blanc, qui peut être enlevé ou maintenu à la fantaisie du relieur ; la pagination saute de 22 à 25. Après le poëme vient la Complainte de Leandre (pp. 129-137). — Nous avons signalé l'exemplaire de B qui est à la Bibliothèque Mazarine. La Bibliothèque de la ville de Lyon

en possède un autre, conforme, à ce que nous pouvons en juger | d'après une consultation de M. J. Baudrier, Téminent bibliographe lyonnais, qui a bien voulu examiner rapidement pour nous ce volume.

Mais B2, qui est également une édition de Rouen, du même Claude Le Vilain , et portant la même date de 1614, introduit un trouble notable. Cela commence à la page 121. La page 120 contenait, comme les précédentes, quatre stances de six vers séparées les unes des autres par un intervalle. A partir de la page 121 (feuille signée F), les blancs entre les stances sont supprimées ; cela crée un gain de trois vers par page, qui permet de terminer les Changemem en haut de la page 127 au lieu de la 128. La Complainte de Leandre commence vers le milieu de la page 128 ; la même suppression des intervalles entre les stances, cette fois de quatre vers, fait aboutir la Complainte au premier quart de la page 133 (au lieu de la 137) : et, immédiatement, débute \ Elégie pour Ovide dont les vers, sans séparation de stances, se poursuivent jusqu'au bas de la page 142® et dernière.

Il est à remarquer en passant que la hâte de ce remaniement n*a pu aller sans de graves négligences. La pagination se trouble ainsi : 128, 299, 130. A la page 131, le titre courant écrit : Leande, au lieu de Leandre. Il n'y a pas de titre courant en haut des pages consacrées à V Elégie pour 0<vide. A la fin de ce dernier poëme on lit cette signature défigurée : Delingndes. La page 142 est numérotée 140.

Quelle explication invoquer de tout ce bouleversement, sinon celle-ci : V Elégie pour O'vide était, non sans raison, l'œuvre la plus admirée de Jean de Lingendes ; l'éditeur s'avisa d'en enrichir son livre. Un nombre quelconque d'exemplaires étaient déjà sortis des presses où, sur la dernière feuille de 24 pages d'impression, 6 pages restaient inutilisées au tirage. On serra, pour faire place à V Elégie ; on serra môme trop, dans la rapidité de l'opération, puisque l'on pouvait aussi bien aller jusqu'à 144.

Si la priorité de la forme B n'était pas évidente de soi, on en aurait la preuve dans ce fait que, sur les titres B et B^, la Complainte de Leandre est bien annoncée, mais que V Elégie pour O'vide ne l'est pas sur le titre B^. Si la forme B^ était la première, et que l'on eût retranché après coup le poCme final, dans le but

INTRODUCTION XXVll

Jïtablir un meilleur ordre, l'un des deux titres, sinon les deux

;\it ce qu'est le titre d'une édition que nous n'avons pas portée

.1 ivi Bibliographie, n'en ayant connaissance que par un catalogue

de vente : Les Changemens de la Bergère Iris. A la Princesse

de Conti. Diuisez en cinq Chants. Et augmentez de nouveau

la Complainte de Leandre. Ensemble vne Elégie sur l'exil

. Ouide. A Lyon, Jouxte la copie imprimée à Rouen. 1618. In-12.

— Dans quelle mesure ce volume suit-il les errements de B^, de

. i il avoue sa filiation ? Il faudrait l'avoir vu pour en juger.

Quant à D, il dérive également de B^. Cette édition, ignorée de tous les bibliographes, nous est connue par un exemplaire que M. L. Grégoire, libraire à Moulins, a bien voulu communiquer à M. Madeleine. Le titre, simplifié : Les Changemens de la Bergère Iris. Par I. Delingendes. A Paris, chez lacques Le Gras. M.DC.XVIII. Auec Priuilege du Roy, — a été fabriqué à la main, d'une écriture professionnelle récente. Le nom du libraire, le lieu, la date, sont-ils bien exacts ? Comment les aurait-on inventés de toutes pièces ? Les Le Gras sont notoires sur les rôles des libraires parisiens de cette époque. Il y a tout lieu de croire que l'on a calqué un titre imprimé, qui s'est trouvé en trop mauvais état pour que le relieur ait cru pouvoir l'utiliser lorsqu'il a splendidement habillé cet exemplaire d'un maroquin lavallière, orné de rinceaux au petit fer et incrusté de pièces bleues et vertes. On a de plus ajouté le titre-frontispice de 1605, mais seulement du tirage moderne dont il a été parlé. Ce titrefrontispice ne suffisait-il pas, si l'on avait le moins du monde agi dans un esprit de fraude ?

D'ailleurs, que Jacques Le Gras soit ou non le véritable éditeur, cela n'a pas une importance absolue, si nous voyons par la suite que D a bien son individualité propre.

Les pages 1 21-142 de D concordent au plus petit détail près avec les correspondantes de B^. — Mais il importe d'examiner ensemble les trois formes B, B^, D, afin d'arriver à des conclusions plus exactes.

La typographie, y compris fleurons et lettres ornées fourniraient ici des renseignements décisifs, mais pour les produire il faudrait des fac-similés. Force est donc de se restreindre aux fautes d'impression survenues, corrigées ou reproduites.

XXVIll ŒUVRES POETIQUES DE JEAN DE LINGENDES

Un relevé de cette espèce, exécuté sur le Chant premier, lequel tient toute la première feuille (pages 1-22, les pages 23-24 restant partout en blanc), conduit à cette conviction que cette partie du livre a, comme la dernière feuille, été réimprimée pour le passage de B à B^ et D. Il serait chimérique de chercher à savoir pourquoi ni comment. Mais le fait est qu'en toute occasion B est d'un côté, quand B^ et D sont de l'autre. On admettra que, pour éviter d'être fastidieux plus qu'il n'est tolérable, nous ne donnions qu'un ou deux exemples sur dix.

lO Fautes de B, corrigées en B^-D :

Vers 73 : B. D'njue main sur son bras prisse ; — B^-D. plissé Vers 158 : B. Fous eussiez toas deux ; — B^-D. tous deux Vers 429 : B. t'en en cognoissance ; — B^-D. i*en eu Page 6, titre courant : B. Premifr ; — B^-D. Premier

20 Fautes introduites en B^-D :

Vers 40 : B. Pourquoy t'en offencer ois-tu ; — B^-D. ej^orcerois

Vers 159 : B. Mo?t malheur^ mon mal, mon enuie ; — B^-D. non en=vie

Vers 229 : B. De là ie cognois que mes pleurs ; — B^-D. ie recognois

Vers 346-347 : B. Fn si grand renom m*appella. Et mon père m'enuoya là ; — B^-D. En si grand renom rnappella^ Vt mon père tnenuoya là

Vers 416 : B. Par Cilize, ie me trouuay ; — B^-D. Par CiliXy ie

Vers 464 : B. Indigne d'auoir eu cet heur ; — B^-D. d'auoir eut

La proportion des fautes en B^ et D est la plus forte, et elles sont plus graves, puisque l'on en voit qui faussent le vers. Ce n'est pas pour indiquer que la réimpression fut une amélioration.

Nous nous laisserons moins entraîner pour la suite. Au surplus, un petit nombre d'observations suffira à établir que, s'il s'agit de toute la partie du milieu du volume, soit quatre feuilles d'impression (pages 25 à 120), la parité cette fois est entre B et B^, et que D corrige le plus souvent, gâte quelquefois, en tout cas diffère, ce qui ne permet pas qu'on le considère comme une simple repétition de B^.

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