SVR LE TRESPAS DV SIEVR DE LINGENDES
AVTHEVR DV CHANGEMENT d'IrIS
Sonnet
Pline que dittes vous ? que le Cigne n*a pas Coustume de chanter aux riues de Méandre, DVn chant doux & piteux, la mort qui le vient prendre Et quasi reclamer par sa voix son trespas.
Ce doux Cigne François qui d'vn nombreux compas Le changement d'Iris nous fit si bien entendre Nous faict par son trespas tout le contraire apprendre, Le semblant présager sous ses coulants appas.
Car ceste Iris à qui tout le monde a refuge, Pour signe que iamais on n'aura le déluge. Reçoit après sa mort vn entier changement
Qui va renouuellant noz antiques alarmes. Car elle ne veut plus paroistre au firmament Sinon pour annoncer vn déluge de larmes.
Le sievr Brvn *.
^ Anthoine Brun, écrivain et diplomate, né à Dôle en i6oo, mort k La Haye en 1654. Balzac l'appelait le « Démosthène de Dôle». Ses poésies, qu'il écrivit dans sa jeunesse, parurent dans un supplément de 18 feuillets ajoutés au Parnasse de 16 18, édition de Lyon (chez Barthélémy Ancelin), et dans les Délices de la Poésie française, dernier recueil, 1620. Le sonnet sur la mort de De Lingendes se trouve parmi les 32 pièces de Brun composant le supplément au Parnasse de 1618. On voit que l'auteur avait à peine dix-huit ans à cette époque.
Nous ne savons si le po2me figure en tête de la réimpression des Changemens de la bergère Iris que publia Barthélémy Ancelin à Lyon, en 161 8, alors que Brun se trouvait dans cette ville.
Sur Brun voir Lachèvrc, Bibliographie des Recueils collectifs^ tome I.
A IRIS
Si pour preuue de ses douleurs, Belle Iris, tu ne vis des pleurs Découler des yeux de Philenc Lors qu'insensible à la pitié Tu dedaignois son amitié, C'estoit qu'il soufFroit trop de peine.
L'excès de son mal véhément Le priuoit de tout sentiment.
Si bien que ne le pouuant dire, Ny par ses pleurs le déclarer.
Ne sçachant rien plus qu'espérer.
Il se résolut de l'escrire.
Afin que la Postérité Sceust de quelle fidélité Il auoit si long-temps seruie Vne Beauté dont les desdains, Apres mille coups inhumains, Luy rauissoient ainsi la vie.
Estimant aussi que tes yeux Pourroient estre si curieux.
Venant un jour à repentance De voir son tourment en ces vers Qui vont chantant par l'Vnivers, Et tes Beautez & sa Constance.
De Corliev ^
^ François de Corlieu, historien et poëte, est l'auteur d'un Recueil en forme d'histoire de ce qui se trowve par escrit de la 'ville et des comtes d'Engolesme (1576), divisé en trois livres et comprenant l'histoire d'Angoulême, depuis les origines jusqu'à François I®r. On ne sait à peu près rien sur la vie de cet écrivain.
Cette pièce de De Corlieu, non signée dans B, B*, D, E, où en outre il manque la dernière strophe, figure dans toutes les éditions des Changemens. O, A, C, F l'ont complète, et la font signer du nom de l'auteur.
A LVY-MESME
Stances
Berger, tous ces maux que tu peins Sont bien rigoureux, mais bien feints : Car puis que blasmant l'inhumaine, Dont le beau feu te vint saisir, Tu nous donnes tant de plaisir L'Amour te donne peu de peine.
Ou ce Dieu marry de t'oster La douceur qu'il te fit gouster, Et dont le regret te consume, Comme pitoyable vainqueur En la rauissant à ton coeur L'a voulu donner à ta plume.
Confesse-toy son obligé,
Puis qu'après t'auoir affligé
Il ne rend ta douleur muette,
Et ne veut par ce changement
Te faire mal-heureux Amant
Que pour te rendre heureux Poëte.
Quitte donc ceste affliction, Car si mesme perfection Naissoit de mesme ingratitude, Tu ferois désirer à tous.
Pour auoir vn discours si doux D'auoir vn traittement si rude.
D'ailleurs ne pense de pouuoir Par ton Iris nous esmouuoir.
Car plaignant Testât de ta vie.
Et de sa volage amitié Tes maux sont dignes de pitié, Mes tes vers plus dignes d'enuie.
Ha non, plains toy de tes douleurs,
Et si tu manques de mal-heurs
Cherche des subiects de te plaindre :
Car sçachant si bien soupirer
Tu deurois tousiours désirer
Ce que les autres doyuent craindre.
D'AVITY \
^ Pierre D'Avity ou Davity, poëte, historien et héraldiste, né à Tournon en 1573, mort à Paris en 1635. On a de lui (lO) un recueil de pièces, en prose et en vers, publié en 1599 et réimprimé en 1602 et en 16 19 sous le titre : Les Tra-vaux sans tra'vail (Paris, Gilles Robinot) ; (20) un Panégyrique h M. DesdiguiereSy Maréchal de France (Lyon, Cuil. Linocier, 161 1, in-8) ; (30) le Bannissement des folles amours (Lyon, Barthélémy Vincent, 1618, in- 12) ; (4°) Les Etats^ empires^ royaumes du monde... ,, ouvrage publié à Saint- Orner en 1621-1622, et réimprimé à Paris plusieurs fois sous différents titres j (50) huit pièces de vers dans le Nou%-eau Recueil At 1609 ; et enfin (6°) de nombreuses pièces liminaires insérées dans les œuvres de ses amis.
Voir Lachèvre, Bibliographie des Recueils collectifs, t. I.
Pour cette pièce nous nous servons du texte qu'en donne le Nouueau Recueil de 1609, et qui présente moins de fautes typographiques qu'aucune des éditions des Changemens que nous avons eues entre les mains.
AV MESME PHILENE
le croi, Berger, que tes malheurs,
Que tes amoureuses douleurs.
T'ont iadis causé du martire :
Tu en as ressenty l'efFort
Philene (ce croi ie) plus fort
Mais non mieux que tu l'as sceu dire.
Celle qui causoit ton tourment, Avoit le cœur de diamant.
Ou de quelque chose plus dure, Si le premier iour qu'elle lust Tes regrets, elle ne voulust Guérir pleinement ta blesseure.
Si ce n'est qu'afin de ioiiir
Du contentement de t'oiiir
Plaindre si doucement ta peine
La fiere fist alors dessain,
Pour ne voir iamais ton cœur sain,
De t'estre tousiours inhumaine.
N'accuse plus sa cruauté.
Ne blasme sa desloyauté.
Cause du mal qui te consume.
Mais en l'excez de ta douleur.
Si tu en veux blasmer l'auteur, Blasme la douceur de ta plume.
Tu es en ton malheur heureux.
Puis que des traits plus rigoureux Oui t'ont du sein l'ame ravie.
Est nay ce qui te peut guérir, Car si ton mal t'a fait mourir Tes plaintes te rendent la vie.
H. Fagot \
Nous ne savons rien sur ce poëte. La pièce ne se trouve que dam E.
A IRIS
Des beautez la honte & la gloire Iris par l'heureuse victoire, Dont tes yeux te font renommer, le te coniure de le dire, Si ton amant sçait bien aimer Autant comme il sçait bien escrire.
S'il est vray, ta douce licence En l'amoureuse iouyssance Mille fois l'a rendu content.
Si cela n'est pas véritable, Iris il t'oblige d'autant Que moins il t'en est redeuable.
Si sa foy ses beaux vers esgale La femme au superbe fatale Eust pour lui de vouloir changé.
Sans tirer le poignard sur elle, Sinon pour n'auoir engagé Plustost vn Amant si fidelle.
Vne autre Iris qui te ressemble De mérite & d'humeur ensemble Triomphe de mon amitié.
Bien qu'elle ait suiui l'inconstance.
Mon courroux se tourne en pitié.
Comme son crime en repentance.
Ainsi d'vne belle ame & haute Ton Amant mesprise ta faute Qui veut par ses vers t'obliger, Pour luy le destin fauorable Tire d'vn subiect si léger Vne gloire à iamais durable.
MoTIN *.
^ Pierre Motin, poëte satirique et souvent licencieux, ami de Régnier
et de Nicolas Renouard. Boileau l'a pris à partie dans un passage de l'Art Poétique :
J'aime mieux Bergerac et sa burlesque audace ^ue ces vers où Motin se morfond et nous glace.
Le jugement sévère de Boileau n'influença point l'opinion collective des membres de l'Académie, qui estimèrent Motin r« un des auteurs sachant le mieux leur langue, et dont les exemples auraient force de loi » .
Le XXXI® volume du «Cabinet du Bibliophile» est un recueil,' des : Œwvres inédites de Pierre Motin^ publiées avec une notice et Ac^\ notes par Paul d'Estrée. Paris, Librairie des Bibliophiles (Jouaust),j' M.DCCC.LXXXIL In-i6, 6, xxxi & 117 pp.
Dans la notice sur Motin, s^ vie et ses œuvres, Paul d'Estrée fait naîtn le poëte vers 1566 à Bourges, et le fait mourir en 1610, d'après un mention des Antiquités de la ville de Bourges par l'avocat Chenu. I
Les Œuvres inédites se composent de 53 sonnets, de Stances et Ode» (16 pièces), de Chansons (5 pièces), et enfin de Poésies diverses (10 quatrains seulement).
Sur Motin voir aussi Lachèvre, op. cit. t. I®"" ; Goujet, Bibliothèque françoise^ t. XIV.
Les stances h Iris figurent parmi les pièces liminaires de O, B, B'^, D, E.
ODE A LA LOVANGE
DE MONSIEVR DeLINGENDES
Quand ie lis tes fluides vers Chantant les changemens diuers D'vne Iris par trop inconstante :
Delingendes, vn feu soudain Se vient allumer dans mon sein, Qui par trop mon esprit contente.
Et de fait tes vers ne vont pas, Suiuant du commun l'entrepas, Ce nous sont autant de merueilles :
Tes pointes, tes naifs discours, Sont des miracles de nos iours, Qui ne sortent de nos oreilles.
Qu'on vante tant que l'on sçaura, Qu'on chante tant que l'on pourra.
Du chantre de Thebes la gloire :
Pour moy ie ne puis denier, La coronne d'vn verd Laurier A Delingendes pour victoire.
Resiouy toy, peuple François, Que le pays du Bourbonnois T'ait produit vn tel personnage :
Vn du Bartas a eu renom, Ronsard a exalté son nom, Mais Delingendes d'auantage.
Aussi ces deux disant Adieu Lors qu'ils quittèrent ce bas lieu Dirent d'vn esprit Prophétique :
Nous voyons venir après nous Vn chantre qui chante plus doux Que n'a fait le chantre Delphique
la pour luy le neufuain tropeau Enlace vn verdoyant chapeau Pour luy poser dessus la teste :
Desia par tout son nom s'estend, Desia ce vers par tout s'entend, Qu'on fasse à Delingendes feste.
Car que peut-on voir de mieux fait, De plus naif, de plus parfait (Traits parfaits de son éloquence) Que de sortir ce grand Naason De sa maternelle maison, Pour en faire don à la France ?
Tant plus mon désir brusle & ard, Quand ie veux lire en Renotiard Delingendes, ton Elégie :
Plus i'admire l'inuention Plus me saisit l'affection D'admirer aussi l'industrie.
Poursuis donc, braue Champion
D'estre des François l'Amphion,
Puis que ta Muse te caresse :
Fay nous reuoir dans peu de temps
Quelques beaux fruicts de ton printemps,
Rouller sous le faix de la presse.
P. MOYSSON ^
^ Nous n'avons aucune indication sur cet admirateur zélé de notre poëte.
Les vers figurent en tête des Changemem dans B, B'*, D, E.
AV BERGER PHILENE
Stances
Chaque chose touiours engendre son semblable, Ceste ingratte vn ingrat qui ne recognoist pas Que l'honneur peut sortir dVne chose blasmable, Et l'immortalité des feintes du trespas.
Philene tu te plains à tort de ta Maistresse, De ses traicts, de ses yeux, de ses cruels desdains. Et ne t'aduises pas outré de ta détresse, Que tu te dois louer de ce que tu te plains.
Car où seroient ces vers de ta Muse diuine,
Qui naissans des plus vieux vont la gloire estoufFant,
Si tu ne ressemblois la mère en sa gesine
Qui pleure de son mal, & rit de son enfant ?
Non, ie croy balançant ton loz, & ton martire, L'vn qui vit dans le Ciel, l'autre qui meurt icy. Que nous choisirions tous sous le hazard du pire, D'estre ainsi mal-traittez, & de nous plaindre ainsi.
P. De NANCEL^
^ Pierre de Nancel, poëte et dramaturge, né à Tours en 1570, mort vers 1641. Fils de l'érudit Nicolas de Nancel. Il a publié un Théâtre Sacré (Paris, 1606, in- 12) qui contient trois tragédies, représentées avec grand succès dans l'amphithéâtre romain de Doué en Anjou : (i") Dina, ou le rapt, (2^) J orné ou le sac de Jéricho^ (3*^) Debora ou la deli'vrance. De Nancel se targuait évidemment de la facilité avec laquelle il composait ses œuvres, car on lit, dans la préface, que ces tragédies ont été écrites <L en si peu de temps qu'il n'est pas quasi vraisemblable, la plus longue et la plus forte n'ayant pas passé dix-sept jours et sans grand eflFbrt d'esprit ».
En 1610 De Nancel occupait les fonctions de suppléant au procureur du roi à Paris.
Voir plus loin notes, p. 256.
Les stances au berger Philene figurent aux pièces liminaires de O, A, C, F.
A PHILENE SVR SES AMOVRS
Tu peins si bien l'humeur légère
D'Iris ceste aymable Bergère,
Que ie croy que tu fis l'amour
A la Cour plustost qu'au bocage, Car vous n'eussiez apris autre part qu'en la Cour
A mettre tous deux en vsage.
Elle ceste inconstance, & toy ce doux langage.
Mais puis que c'est ton doux martire
Oui te fait ainsi bien escrire
Ne te plains plus de la rigueur
Ni des ctiangemens de ta belle.
Elle te fait mourir pour vn temps en langueur,
Mais ceste morte cruelle Fera viure ton nom d'vne vie éternelle.
Que tu fais renommer l'adresse
De la belle main qui te blesse :
Diomede naurant vn iour
Son cri qui préside à la guerre, Son cri ne fust ouy qu'au pays d'alentour.
Mais la belle main qui t'enferre Fera voler tes cris iusqu'aux bouts de la terre.
Quelle ame ne seroit attainte
Des traits amoureux de ta plainte ?
Ainsi qu'Orphec auec sa voix.
Par vne merueille infinie Attiroit après soy les animaux des bois.
Tes beaux vers par leur harmonie Captiueroient le cœur d'vn Tigre d'Hircanie.
Or puis que les morts peuuent viure
Par la mémoire de ton Hure,
Et que tes vers peuuent toucher
Le cœur d'vn Tigre inexorable, le meurs pour aimer trop vne dame de rocher,
Helas par ton Liure admirable Redonne moi la vie, ou la rends pitoyable.
le m'arresterois d'auantage
A discourir de ton ouurage
Et du bien que nous va donnant
Iris par l'efFect de son change, Mais vn plus beau subiect me force maintenant
Par vne passion estrange, A chanter sa beauté, plustost que ta louange.
Infrainville Tovvant '.
^ Charles de Pyard, sieur d'Infrainville et de Touvant, écolier de Malherbe, suivant l'expression de Racan. Nous ne possédons sur sa vie aucun détail, sauf qu'il est mort avant 1615, puisque des poésies de lui figurent avec cette mention : « de feu Ch. de Pyard » dans les Délices de 16 15, dont le privilège est du 27 novembre, 1614.
Voir Lachèvre, op. cit. t. I, p. 319.
Ses poésies, non compris les vers épars dans les œuvres de ses amis, se trouvent, au nombre de dix-sept pièces, dans les Fleurs des plus excellents poètes^ 1601, dans les deux volumes du Parnasse^ 1607, ^^ dans les Délices de 1615 et de 1620 (dernier recueil).
Les stances à Philene se trouvent dans O, B, B^, D, E.
AV BERGER PHILENE
Stances
Amant qui d'vne Iris regrettes l'inconstance, Et qui de son erreur vas les autres blasmant, Ayes ou plus de cœur, ou moins de sentiment, Te seruant du despit, ou de la patience.
Oublie ton Amour, ou souffre son outrage, L'vn est de vray Amant, l'autre de généreux. Si tu n'es courageux, sois au moins amoureux. Et si tu n'es Amant, sois homme de courage.
Profonde dans ton cœur ne fut onq ta blessure, Car dés lors que d'Iris tu sentis le desdain, Si vray'ment tu l'aimois deuois tu pas soudain Ou guarir de despit, ou mourir de l'iniure ?
Cet insensible Amour t'a rendu plus coupable En Amour, que n'est pas l'inconstance d'Iris, N'es-tu point, ô Amant, encor' assez apris Le change estre accident du sexe inséparable ?
Mais d'amour ofFencé ne chercher la vengeance. C'est estre par ses Loix complice du forfait, Et qui s'estonnera si cet Amour t'a fait Partager à la peine aussi bien qu'à l'offence ?
Cesse donc, ô Berger, cesse donc de te plaindre. Soit pour iamais ton feu dans le despit estaint. Si tu plains toutesfois, plains-toy de t'estre plaint, Et d'allumer ton feu quand tu le dois estaindre.
Honoré Dvrfé '.
^ Sur les rapports entre D'Urfé et De Lingendes voir à l'Introducticn. Les stances laudatives de D'Urfé sur les Changemens figurent dans toutes les éditions du poëme.
A PHILENE
Pourquoy te plains tu si souuent Que tu meurs pour vne Cruelle ?
Tu n'as iamais esté viuant Que lors que tu mourus pour elle.
Heureux Philene à qui le sort T'eslcuant pardessus l'enuie, Fit esprouuer si belle mort, Pour ioiiir de si belle vie.
Heureux de mourir par les yeux Qui te font immortel renaistre, Et qui ne tuent que les Dieux, Ou ceux qui ont le cœur de l'estre.
Ainsi mourut de tels flambeaux Icare que tu voulus suiure, Car vous viuez par vos tombeaux Luy par la mer, toy par ton Liure.
De Voyon '.
Nous ne savons rien sur ce poëte. Les vers à Philene figurent dans
O, B, BS D, E.
A IRIS
Que i'aime ces vers & ces yeux Où l'amour tant de feux assemble Qu'ils seruent d'attraits pour les Dieux Et de traits pour les vaincre ensemble, Capables mesme d'allumer Ce qui n'a point de cœur, ny d'ame pour aimer.
Tes yeux Iris ont peu brusler Cest esprit qui passe la nue, Mais ta rigueur l'a fait parler, Pour rendre ta beauté cognile.
Qui ne s'anime que des cris Dont sa plume diserte enrichit ses escrits.
Ainsi tout l'vniuers sçaura )}
Que tu fus belle sur les belles, Û
Et sous ses plaintes redira t.
Qu'amour de qui tu prins les aisles '" Te fît comme vn portrait viuant, Que la folle inconstance émeut au premier vent.
S'il fust pris de si doux appas Son erreur est digne de grâce.
Amour ne s'en garantit pas.
Bien qu'il eust crayonné ta face.
Et blessé de son mesme traict Deuot il adora l'oenure qu'il auoit fait.
^ Nous n'avons pas pu découvrir l'auteur de ces vers, non signés dan? les quatre éditions des C hangemcns où ils figurent : O, B, D, E.
Tes souspirs IVnique plaisir Qui le faisoit mourir & viure, Sont estoufFez dans son désir.
Pour respirer dedans son liurc, Qui se plaint au destin, pourquoi Tu vins si belle au monde auec si peu de foi.
Non, tu l'aimes fidellement, S'il ne le dit c'est qu'il est sage. Son mal n'est qu'vn feint sentiment, Et sa douleur vn doux langage, Qui porte dans l'éternité Ses flammes qui n'ont rien d'égal que ta beauté.
Pièces insérées en tête de : Les Epistres d'Ovide traduites en prose par les sieurs Dv Perron, De La Brosse, De Lingendes ... (1616).
IN PRiEMATVRVM AVCTORIS VERE VT QU ON- DAM SIC ^TERNVM AMICI SVI ABITVM
N. P. Epig.^ m
Si non perpétues vitam produxit in annos Et quse debuerat tempora, Musa, negat,
Ipsa tui saltem melior pars viuet, amorque, Quo tibi iunctus eram nesciet vsque mori.