PIERRE ET PERMETTE
Or, planant au-dessas des splendeurs de ce jour, Dans cet autre infini qui se nomme l'amour, Puisant l'oubli des maux à ces deux sources saintes, Ces âmes de vingt ans firent trêve à leurs craintes ; Sans nul souci des lois et des hommes pervers, Ils ne voyaient qu'eux seuls et Dieu dans l'univers. Tout leur semblait ami, tout de joj'eux présage. L'espoir se fait si vite accueillir à cet âge, Et le cœur, appuyé sur un amour certain.
Se croit si sûr de vaincre et l'homme et le destin! Les soldats menaçants et les luttes prochaines, Tout fut vite effacé par la mousse et les chênes, Par les petites fleurs qu'ils cujillaient autrefois. Par les rochers témoins de leurs jeunes exploits; Et, se livrant à Dieu sans nulle défiance.
Ils revinrent aux jours de leur paisible enfance.
Ils erraient à loisir sur les monts sinueux, Tout leur passé riait et s'éveillait en eux, Pierre disait :
« C'est comme à l'un de nos dimanches, Je te revois petite avec tes jupes blanches, Quand nous jasions tous deux, a l'abri des buissons. Parlant de nos oiseaux, des chiens, de nos leçons. Ton père nous menait visiter ses récoltes, Nous essayions, parfois, de joyeuses révoltes. Grimpant au loin, pillant, sur le bord du sentier, Et la blanche aubépine et le rouge églantier. »
Pernette poursuivait :
« Et plus tard, grande et fière, Je suivais mon chasseur des prés à la bruyère,
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Non sans un peu trembler des coups que j'admirais.
Tous ces pauvres oiseaux, comme je les pleurais !
Et nous allions ainsi, par nos deux héritages, i
Entraînés chaque jour vers de plu^t hauts étages,
Jusqu'aux bois de sapins jadis fermés pour nous
Par la vague terreur des lutins et des loups.
— Mais la douce saison est enfin commencée • Où la petite sœur devint la fiancée.
Et se promit à moi dans un aveu charmant,
— Dit Pierre, en la baisant sur le front, tristement, Et nous allions plus haut tenter nos escalades, Nos deux amis, souvent, guidaient ses promenades. Et le savant docteur, mêlant l'étude au jeu, Nous enseignait à lire au grand livre de Dieu ; Nous disait les amours et les vertus cachées Des plantes dans l'herbier avec art desséchées, Et comment on applique à mille soins divers Le bienfait de leurs sucs gardés de longs hivers.
— Quels bouquets, dit Pernette, ou plutôt quelles gerbes Nous rapportions tous deux, rameaux, fleurs, longues herbes ! C'était à qui ferait la plus ample moisson, Mêlerait plus de rire à la grave leçon ; A qui d'un œil plus vif et d'un pied plus alerte Pousserait plus avant, là-haut, sa découverte ; Et c'était souvent moi — nous avons un témoin — Qui trouvais la fleur rare et grimpais le plus loin. »
Et Pierre en souriant :
« Oui, le plus beau trophée Ornait ce front de reine et cette main de fée,
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Grâce au vainca joyeax qai s'empressait eacor D'apporter son tribut pour grossir ton trésor... Mais voici les rochers que nous ne passions guères Et nous avons franchi nos anciennes frontières. Dans mes États nouveaux entrons ; viens sans effroi, Et connais ces hauts lieux dont le proscrit est roi. »
Sous les sapins, d'abord, ils virent les retraites, Les huttes de rameaux et les grottes secrètes Où campaient sous leur chef ses libres compagnons, Tous enfants du pays, tous connus par leurs noms. Et, propice à chacun, la jeune messagère Louait les vieux parents, la promise, la mère.
Puis ils montèrent seuls à ce plateau désert Ondulant sur nos monts comme un océan vert.
Tels que de noirs clochers au-dessus des bruyères, Là, des volcans éteints surgissent les cratères, Et les blocs de basalte en leurs entassements Simulent, tout à coup, d'étranges monuments.
Là, dominant au loin la déserte étendue, Pibrre-sur-Haute^ en fleurs lève sa tête ardue. Réservoir des torrents et des ruisseaux discrets Où s'abreuvent tes fils, cher pays de Forez ! Qui montera là-haut verra tout un royaume, Tout le pays gaulois du mont Blanc au mont Dôme..
Des aigles au grand vol ce lieu reste ignoré, Mais l'alouette et moi le tenons pour sacré ; C'est vers lui qu'éveillé par l'humble cornemuse,