X. La plus haute cime des montagnes du Forez
5($ PBRNETT&.
Enfant, je m'élançai pour adorer la Muse.
Viens, ô Musc sans nom qui fais là-haut ton miel, Muse de mon pays, mais fille aussi du ciel, Vierge au front ceint d'airelle et de bruyère rose. Muse invisible à tous et qui vois toute chose ! Ouvre à mes yeux obscurs, écartant le brouillard, Les larges horizons qu'embrasse ton regard.
Et, pour voler plus près des antiques modèles, Donne à ton faible enfant le souffle et le coup d'ailes. Le premier je t'invoque en ces chastes désens; Que ta virginité s'atteste dans mes vers.
Fais circuler, toujours, à travers ma pensée. L'air pur de la montagne et sa vertu sensée, Et la salubre odeur des pins de nos sommets Qui suscite la vie et n'enivre jamais.
D'autres iront cueillir, sous des soleils torrides. Les savoureux trésors des jardins Hespérides, En des lieux où l'aspic rampe sous les gazons. Où les frdlts éclatants cachent de vils poisons; Moi, sur le maigre sol de tes âpres domaines, Je ferai des moissons plus pauvres, mais plus saines ; Rien de bas et d'impur ne me suivra chez toi Et j'y marcherai seul et libre, comme un roi. Viens! et donne à mes vers, à mes sobres images. Un solide support fait de maximes sages; Que le parfum en fasse oublier les couleurs; Qu'on devine le roc sous le velours des fleurs; Que dans l'érable ou l'or, selon ta fantaisie. De l'antique sagesse ils cachent l'ambroisie; Qu'enfin, dans tout ce livre, honnête et bienfaisant, L'âme éclate immortelle et que Dieu soit présent ! C'est lui qui, ce jour-là, sous un ciel tout de flammes,
PIERRE ET PERNBTTB. 57
Ravivait la candeur de ces deux fraîches âmes; Et; dans ce beau désert, loin de tout œil humain. Les guidait l'un par l'autre et leur donnait la main. Ils allaient, ignorant quels radieux complices Mêlaient au doux revoir ces intimes délices, Goûtant, à leur insu, la haute volupté De se parler d'amour devant l'immensité.
Et Pernette disait :
« Sommes-nous sur la terre?
Est-ce toi que je vois, toi que j'écoute, 6 Pierre? Je t'aime en ce désert, d'un amour tout nouveau ; Jamais je ne t'ai vu si puissant et si b'au; Jamais je n'ai senti, comme sur ces bruyères. Mon cœur tout débordant d'espoir et de prières; Jamais, jusqu'à ce jour. Dieu dans notre amitié Ne m'a si bien paru s'être mis de moitié.
Par moments, je me crois à l'église : il me semble Que nous y sommes seuls, agenouillés ensemble; Que les cierges, pourtant, l'illuminent encor; Que l'encens fume au pied du tabernacle d'or; Que le prêtre est absent, et, sous la voûte antique. Que d'invisibles voix achèvent le cantique, o
Pierre lui répondait :
a Nous sommes devant Dieu Enchaînés l'un à l'autre, à jamais, en tout lieu ! Il ordonne à nos cœurs, b^'nis de sa rosée, L'éternelle union par les lois refusée.
Ici-bas, ni là-haut, quel que soit l'avenir, Rien n'aura séparé ce qu'il voulait unir.
Nous tommes mariés comme le sont les anges;